Dossier, Les genres ciné

GENRE CINÉ : Action

Temps de lecture : 7 minutes
Affiche illustrée du cinéma d’action avec un héros armé au cœur d’une ville nocturne ravagée par les explosions, des voitures lancées dans une course-poursuite et un combattant en plein coup de pied. Logo CritiKs MoviZ en bas de l’image.
Le cinéma d’action : le corps, le rythme, l’adrénaline. Un voyage au cœur d’un genre spectaculaire qui a redéfini l’art du mouvement sur grand écran.

Quand le cinéma fait corps avec le mouvement…

Il y a des films qu’on regarde assis. Et il y a des films qu’on regarde presque debout, le corps tendu, le souffle retenu, comme si l’on participait soi-même à la course-poursuite ou au combat. L’action est ce genre qui transforme le spectateur en témoin physique. Elle ne se contente pas de raconter une histoire : elle la fait vivre à travers le mouvement, le danger et l’adrénaline.

Premier dossier de notre série consacrée aux genres cinématographiques, l’action mérite d’ouvrir le bal. Parce qu’elle est spectaculaire. Parce qu’elle est populaire. Et parce qu’elle révèle, plus clairement que d’autres, la capacité du cinéma à capturer le corps en mouvement.

L’action n’est pas née d’un manifeste théorique. Elle est née de la nature même du cinéma. Dès les premiers films, le mouvement fascine. Les courses-poursuites des Keystone Cops, les serials à épisodes des années 1910-1920, les films de cape et d’épée, les westerns… tout cela contient déjà l’ADN du genre.

Dans les années 1920 et 1930, Douglas Fairbanks et Errol Flynn incarnent une action élégante, acrobatique, presque théâtrale. Après la Seconde Guerre mondiale, le genre se durcit. Les films de guerre, les thrillers d’espionnage et les polars plus physiques préparent le terrain. Mais c’est vraiment à partir des années 1960-1970 que l’action moderne prend forme.

Steve McQueen dans Bullitt (1968) invente presque la course-poursuite moderne. Les films de James Bond popularisent un héros indestructible capable d’enchaîner cascades et séduction. Puis viennent les années 1980, âge d’or du genre hollywoodien : Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger, Bruce Willis. Des corps musclés, des répliques percutantes, des explosions en série. Parallèlement, le cinéma de Hong Kong, avec Jackie Chan, John Woo ou Tsui Hark, apporte une chorégraphie du combat d’une inventivité fulgurante. L’influence asiatique transformera durablement le genre occidental.

Un film d’action digne de ce nom repose sur quelques piliers solides.

D’abord, le héros (ou l’héroïne). Souvent solitaire ou entouré d’une équipe réduite, il possède des compétences physiques exceptionnelles. Il n’est pas forcément invulnérable, mais il survit à ce qui tuerait n’importe qui d’autre. Sa motivation est claire : sauver quelqu’un, se venger, empêcher une catastrophe, accomplir une mission.

Ensuite, l’escalade. Un bon film d’action construit sa tension par paliers. Chaque set-piece (poursuite, combat, explosion, évasion) doit surpasser le précédent en intensité ou en inventivité. Le spectateur doit sentir que les enjeux grandissent.

Le rythme est crucial. Le montage, le son, la musique travaillent ensemble pour maintenir une pression constante. Les moments de calme existent, mais ils servent surtout à faire respirer le spectateur avant la prochaine secousse.

Enfin, le corps. L’action est un genre profondément physique. Même à l’ère du numérique, les films qui marquent le plus sont souvent ceux où l’on sent la présence réelle des acteurs, la dangerosité des cascades, le poids des chocs. C’est pourquoi les performances de cascadeurs et le travail des chorégraphes de combat sont aussi importants que le scénario.

Silhouette en mouvement dans une rue urbaine nocturne avec traînées de lumière orangées et fumée, illustrant la chorégraphie et l'adrénaline du cinéma d'action.
Le corps en mouvement : au cœur du cinéma d’action, la chorégraphie et la physique priment sur tout le reste.

L’action n’est pas monolithique. Elle se décline en plusieurs familles :

  • L’action pure / le film de combat : centré sur les confrontations physiques. John Wick en est l’exemple contemporain le plus abouti.
  • Le film d’espionnage et de mission : James Bond, Mission: Impossible, Jason Bourne. L’action y est au service d’une intrigue internationale.
  • Le buddy-cop et le film de duo : deux personnages aux tempéraments opposés forcés de collaborer (Lethal Weapon, Bad Boys).
  • L’action martiale : fortement influencée par le cinéma asiatique. Jackie Chan, Jet Li, et plus récemment les films de Donnie Yen ou les productions de la Warner avec Keanu Reeves.
  • Le film catastrophe et l’action spectaculaire : quand la nature ou une menace de grande ampleur devient l’antagoniste (Twister, Dante’s Peak, ou certains blockbusters modernes).
  • Le super-héros : souvent rattaché à l’action, même s’il emprunte aussi à la science-fiction et au fantastique. Depuis les années 2000, il domine le box-office.

Ces catégories se chevauchent fréquemment. Un film comme The Matrix (1999) mêle action, science-fiction et philosophie. Mad Max: Fury Road (2015) est à la fois un film d’action, un road movie post-apocalyptique et une œuvre purement visuelle.

Impossible d’être exhaustif, mais certains titres font figure de repères.

Die Hard (1988) de John McTiernan reste un modèle de construction : un homme ordinaire (ou presque) coincé dans un lieu clos, face à des adversaires mieux armés. Bruce Willis y invente le héros vulnérable et sarcastique.

The Matrix a révolutionné la chorégraphie de combat et l’utilisation des effets numériques, tout en offrant une dimension conceptuelle rare dans le genre.

Mad Max: Fury Road a prouvé qu’on pouvait faire un film d’action quasi-muet, porté par le montage, le design et l’énergie pure.

La saga John Wick a relancé l’intérêt pour l’action « groundée », chorégraphiée avec une précision quasi-dansée, tout en construisant un univers mythologique autour de son protagoniste.

On peut aussi citer Oldboy (2003) de Park Chan-wook pour son fameux plan-séquence de combat dans le couloir, Police Story (1985) de Jackie Chan pour l’audace des cascades, ou encore Heat (1995) de Michael Mann, qui élève le braquage et la confrontation policière au rang de tragédie moderne.

Composition cinématographique opposant l'action pratique avec débris et étincelles à l'action numérique avec néons futuristes, une silhouette en mouvement faisant la transition entre les deux époques du cinéma d'action.
De la cascade pratique à la chorégraphie numérique : l’action contemporaine navigue en permanence entre la recherche du réel et la virtuosité visuelle.

Le genre action traverse actuellement une période intéressante. D’un côté, les grandes franchises (Marvel, Mission: Impossible, Fast & Furious) continuent de dominer le marché avec des budgets colossaux et une surenchère d’effets. De l’autre, un courant plus réaliste et chorégraphié a regagné en prestige grâce à John Wick, The Raid, Nobody ou les films de Chad Stahelski.

Le numérique a changé la donne. Il permet des scènes impossibles à tourner autrement, mais il a aussi parfois éloigné le spectateur de la sensation de danger réel. C’est pourquoi les films qui réussissent encore à faire croire à la présence physique des corps (même avec des filets de sécurité et des doublures) marquent davantage les esprits.

Le genre s’est aussi diversifié. Les héroïnes d’action sont devenues plus nombreuses et plus complexes (Atomic Blonde, Promising Young Woman dans une certaine mesure, ou les personnages féminins de la saga Mission: Impossible). Les influences internationales (Corée du Sud, Indonésie, Chine, France avec des films comme Le Transporteur ou plus récemment certaines productions Netflix) enrichissent le paysage.

Enfin, l’action contemporaine dialogue de plus en plus avec d’autres genres. Elle se teinte de comédie, de drame, de science-fiction ou même d’horreur. Cette porosité est peut-être sa plus grande force actuelle.

L’action n’est pas un genre « bête et méchant ». Quand elle est bien faite, elle est une forme d’écriture purement cinématographique : un langage de corps, de rythme, d’espace et de collision. Elle exige une maîtrise technique extrême et une intelligence du spectacle.

Elle peut être pure adrénaline ou servir un propos plus large. Elle peut être grandiloquente ou d’une précision chirurgicale. Mais dans tous les cas, elle rappelle une vérité simple : le cinéma est d’abord un art du mouvement.

Dans quinze jours, nous changerons de registre pour explorer un genre qui, en apparence, semble l’exact opposé : la comédie. Parce qu’après avoir couru et combattu, il est bon de savoir rire.

À très bientôt sur Critiks Moviz.


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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