Comédie, Crime - Policier

101 DALMATIANS (1996) ★★✮☆☆

Temps de lecture : 6 minutes
Glenn Close incarnant Cruella de Vil avec son manteau noir et blanc dans 101 Dalmatians (1996).
Glenn Close offre une performance iconique qui porte le film sur ses épaules.

Cruella règne, le reste s’ennuie…

Le 101 Dalmatiens (1996) de Stephen Herek est l’archétype du divertissement familial à deux vitesses, totalement vampirisé par la prestation monstrueuse d’une Glenn Close en liberté conditionnelle. Si l’exploit technique canin force le respect, la vacuité du scénario et l’affadissement général des héros humains laissent un sérieux goût de formol. Découvrons à travers cette critique du film comment le charisme théâtral d’une méchante légendaire suffit à sauver un blockbuster en prise de vues réelles de la noyade artistique.

Note : 2.5/5 (★★✮☆☆)

À Londres, le concepteur de jeux vidéo Roger et la styliste Anita se rencontrent grâce à leurs dalmatiens respectifs, Pongo et Perdita. Mais le bonheur conjugal est menacé par l’excentrique et tyrannique patronne d’Anita : Cruella de Vil. Vouant une obsession maladive aux fourrures, elle orchestre l’enlèvement des 15 chiots du couple et de dizaines d’autres pour se confectionner l’ultime manteau tacheté.

Notre avis sur 101 DALMATIANS (1996)

Quand notre avis sur 101 Dalmatians (1996) doit se former sur la balance de l’exigence cinématographique, le constat est sans appel : nous sommes face à un film qui ne tient debout que par un seul pilier. Stephen Herek, artisan honnête du divertissement populaire, exécute ici une commande Disney où l’audace narrative est sacrifiée sur l’autel de l’efficacité visuelle et de la marchandisation. En effet, l’œuvre se contente de décalquer la structure du classique animé sans lui apporter la moindre rugosité d’écriture. Pourtant, le long-métrage conserve une place étrange dans notre mémoire collective. Par ailleurs, il faut admettre que le métrage déploie une énergie visuelle et une direction artistique qui compensent en partie la paresse de sa dramaturgie, offrant un objet étrange, mi-haute couture, mi-slapstick pataud.

La véritable prouesse de cette adaptation réside dans la matérialisation d’un univers où le luxe outrancier côtoie l’authenticité organique. Le travail de dressage animalier tient du miracle technique : coordonner des dizaines de dalmatiens bien réels, sans recourir à l’illusion numérique à outrance, confère au film une physicalité et un charme authentique. C’est précis, fluide, et cela témoigne d’un savoir-faire hollywoodien aujourd’hui disparu. Bien que l’intrigue soit balisée, l’écrin visuel est rehaussé par les costumes pharaoniques d’Anthony Powell, qui transforment chaque apparition de la méchante en défilé de mode sadique et excentrique, appuyé par une mise en images soignée de Londres et des paysages britanniques.

Toutefois, dès que la caméra s’éloigne de son antagoniste ou de ses chiens, le film s’effondre dans une superficialité affligeante. Le scénario signé John Hughes est squelettique et ne cherche jamais à étoffer ses enjeux. Le deuxième acte patine sévèrement, englué dans un humour slapstick lourdingue et enfantin — notamment lors des scènes avec les hommes de main — qui rappelle les heures les moins glorieuses de Maman, j’ai raté l’avion (1990). La narration manque cruellement de profondeur et de mordant, réduisant un sujet pourtant grinçant (l’abattage de chiots pour la mode) à une inoffensive comédie burlesque où le danger ne se fait jamais réellement sentir.

Stephen Herek emballe l’ensemble avec un classicisme sans bavure mais sans génie, laissant le champ libre à ses comédiens. Et c’est là que réside le déséquilibre absolu du film : Glenn Close pulvérise l’écran. Son jeu théâtral, féroce, sadique et iconique transcende littéralement le matériau de base. Elle est le moteur comique, esthétique et émotionnel du métrage, dévorant chaque décor avec une jubilation contagieuse. Face à ce cyclone, les pauvres Jeff Daniels et Joely Richardson évoluent en pilote automatique absolu. Étonnamment fades, ils manquent de relief et ne servent que de faire-valoir sympathiques mais transparents, reléguant de facto le film au rang de simple véhicule pour sa star féminine. Finalement, même Hugh Laurie et Mark Williams, pourtant taillés pour la comédie, sont réduits à des caricatures d’idiots de service.

Pongo, Perdita et une meute de chiots dalmatiens assis attentivement dans 101 Dalmatians (1996).
Un véritable exploit technique de dressage réunissant des dizaines de dalmatiens bien réels à l’écran.
  • Des costumes armés : Pour composer l’allure agressive de Cruella, le créateur de costumes Anthony Powell a utilisé de la vraie fourrure pour certains détails, mais surtout des matériaux rigides comme du cuir verni clouté et des plastiques acérés, faisant de chaque robe une véritable armure intimidante.
  • Un cheptel titanesque : La production a mobilisé près de 230 chiots dalmatiens et 20 chiens adultes pour les besoins du tournage. La croissance rapide des chiots obligeait l’équipe à en changer régulièrement pour maintenir une continuité visuelle à l’écran.
  • Une symphonie canine : Le compositeur Michael Kamen a utilisé des sonorités cuivrées très sèches pour accompagner les mouvements de Cruella, imitant presque le bruit agressif de ses talons et de son moteur de voiture, par opposition aux cordes plus douces associées au foyer de Roger et Anita.

Ce long-métrage s’adresse avant tout à un public familial indulgent et aux adorateurs inconditionnels de performances d’actrices en roue libre assumée. Dans la longue liste des remakes en prises de vues réelles du studio, il reste un divertissement inégal, sauvé in extremis par le génie de sa vilaine et sa rigueur esthétique, mais trahi par sa paresse d’écriture. Pour repositionner ce film dans l’évolution des productions hollywoodiennes de cette décennie, je te conseille de jeter un œil à notre dossier 1996 : L’ANNÉE DE L’EFFICACITÉ, une époque où le concept visuel primait souvent sur la densité du propos.

Comment expliquer que le cinéma grand public des années 90, même lorsqu’il est techniquement irréprochable sur le plan des effets visuels pratiques et du dressage, échoue si souvent à accorder autant de soin à l’écriture de ses protagonistes positifs qu’à celle de ses antagonistes ?

Et toi, penses-tu que la performance titanesque de Glenn Close suffit à justifier le visionnage de cette adaptation, ou trouves-tu que l’humour potache et la fadeur du couple principal gâchent irrémédiablement l’expérience ? Laisse-moi ton avis dans les commentaires !


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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