
La métamorphose sans filtre…
Note & Verdict d’entrée
Eddie Murphy s’offre un véritable numéro de transformiste qui sauve cette relecture d’un classique des griffes de la vulgarité gratuite. Si la surcharge d’humour en dessous de la ceinture désamorce trop souvent la tendresse du récit, la performance reste incontournable. Découvrons à travers cette critique du film comment le talent pur d’un acteur combat la lourdeur d’une écriture taillée pour les années 90.
Note : 3/5 (★★★☆☆)
Le Pitch
Sherman Klump, un professeur de chimie brillant mais souffrant d’obésité morbide, tombe éperdument amoureux d’Carla Purty, une nouvelle collègue. Désespéré à l’idée de ne pas lui plaire, il teste sur lui-même un sérum génétique expérimental. La formule le transforme instantanément en Buddy Love, un séducteur mince, arrogant et hyperactif, mais aux effets secondaires rapidement incontrôlables.
Notre avis sur THE NUTTY PROFESSOR
Trente ans après la version légendaire de Jerry Lewis, s’attaquer à ce monument de la comédie américaine relevait du piège tendu. Tom Shadyac choisit la voie du blockbuster comique taillé sur mesure pour la superstar de l’époque. Notre avis sur The Nutty Professor (1996) s’avère donc partagé : le film oscille sans cesse entre un cœur immense porté par un personnage profondément attachant et une surenchère de gags gras qui manquent singulièrement de finesse.
Les atouts majeurs
Le long-métrage tient intégralement sur un tour de force actoral et technique exceptionnel. Les maquillages prothétiques conçus par Rick Baker confèrent une humanité saisissante à Sherman Klump, permettant à Eddie Murphy d’injecter une vulnérabilité troublante sous les couches de latex. L’acteur ne se contente pas de faire le pitre ; il habite littéralement sept personnages différents, dont l’ensemble de la famille Klump lors de scènes de dîner devenues cultes. L’alchimie sincère entre Sherman et Carla, incarnée par Jada Pinkett, offre une fable morale pertinente sur l’acceptation de soi et la tyrannie du regard des autres.
Les faiblesses et limites
Le problème majeur du métrage réside dans ce grand écart tonal entre son propos touchant sur l’estime de soi et sa dépendance maladive à un humour scatologique appuyé. Les pêts à répétition et les gags faciles désamorcent la crédibilité émotionnelle que le scénario tente péniblement de bâtir. Par ailleurs, la caractérisation de Buddy Love souffre de la comparaison avec l’original de Jerry Lewis. Là où Buddy Love version 1963 était une critique acerbe de l’arrogance du show-business, la version 1996 s’enferme dans les clichés du séducteur insupportable des années 90, alourdissant le rythme global.
La mise en scène / Le jeu
La réalisation de Tom Shadyac reste purement fonctionnelle, s’effaçant totalement derrière le show d’Eddie Murphy. C’est la direction artistique et le travail d’incarnation de l’acteur principal qui créent l’impact visuel. Face au cyclone Eddie Murphy, Jada Pinkett apporte une douceur indispensable pour équilibrer la charge émotionnelle, tandis que Larry Miller excelle en supérieur cynique et détestable à souhait.

Le saviez-vous ?
Le légendaire Rick Baker a remporté l’Oscar des meilleurs maquillages pour son travail titanesque sur le film. Eddie Murphy devait passer plus de trois heures sur la chaise de maquillage chaque matin avant le tournage. En effet, pour la célèbre scène du dîner de famille où il joue cinq rôles à la même table, l’équipe a dû utiliser des techniques de contrôle de mouvement de caméra combinées à un calage audio au millimètre près pour permettre aux différentes versions de l’acteur d’interagir naturellement.
Conclusion et recommandation
Comédie marquante de la fin des années 90, The Nutty Professor (1996) vaut principalement pour la démonstration de force artistique de son comédien principal. C’est une œuvre bancale mais attachante, qui conserve une place à part dans la filmographie de son auteur. Pour replacer ce succès dans son contexte d’époque, jetez un œil à notre rétrospective 1996 : L’ANNÉE DE L’EFFICACITÉ.
Pour prolonger votre lecture sur les comédies à transformations des années 90, découvrez également notre analyse de The Mask (1994). Rejoins la chaîne WhatsApp officielle de CritiKs MoviZ pour ne rater aucune critique : c’est 100 % gratuit, totalement anonyme et livré directement sur ton smartphone !
Pistes de réflexion
Le film pose une question toujours actuelle : jusqu’où sommes-nous prêts à dénaturer notre identité pour répondre aux canons de beauté dictés par la société ?
À vous de juger
Et vous, quelle version préférez-vous entre celle de Jerry Lewis et celle d’Eddie Murphy ?
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