Crime - Policier, Drame

LE PACHA (1968) ★★★★☆

Temps de lecture : 5 minutes

Affiche officielle du film Le Pacha en noir et blanc avec le profil stylisé de l'acteur Jean Gabin.
L’affiche originale de Christian Rau, chef-d’œuvre de contraste qui annonce un polar d’une noirceur radicale.

Gabin flingue la fin des sixties…

Note & Verdict d’entrée

Voici le chant du cygne d’un certain cinéma à la papa qui se frotte, non sans une féroce ironie, à la modernité des années 1960. Le Pacha (1968) n’est pas un polar de plus, c’est l’exécution méthodique des vieux codes du milieu par un Georges Lautner au sommet de son efficacité technique et un Jean Gabin impérial en flic fatigué. Découvrons à travers cette critique du film l’impact de ce choc des cultures cinématographiques.

Note : 4/5 (★★★★☆)

Le Pitch

Le commissaire divisionnaire Joss, alias le Pacha, est à six mois de la retraite lorsqu’un de ses collègues et ami d’enfance est abattu lors d’un hold-up sanglant. Refusant de laisser ce crime impuni, Joss décide de s’affranchir des règles de la procédure légale. Il va alors manipuler les différentes bandes du milieu parisien pour les pousser à s’exterminer mutuellement.

Notre avis sur LE PACHA

Ce long-métrage demeure une œuvre charnière particulièrement fascinante. Si notre avis sur Le Pacha (1968) reste hautement positif, c’est parce que Georges Lautner réussit le pari de greffer la silhouette massive et rassurante de Jean Gabin sur une esthétique résolument pop, violente et crépusculaire. On quitte définitivement l’ambiance feutrée des polars des années cinquante pour plonger dans une brutalité urbaine presque pré-giallo, où la mort est sèche, froide et graphique.

Les atouts majeurs

La force brute du film réside d’abord dans sa mise en scène nerveuse. Georges Lautner utilise des cadres audacieux, des zooms dynamiques et une superbe photographie aux contrastes saisissants signée Maurice Fellous. Par ailleurs, la bande originale mythique composée par Serge Gainsbourg insuffle une modernité absolue à cette atmosphère de fin de règne, transformant un polar classique en trip psychédélique et vénéneux.

Les faiblesses et limites

Bien que le film soit mémorable, ses limites narratives sont réelles. Le scénario de Albert Simonin, revu par Michel Audiard, peine parfois à dépasser les figures imposées de l’époque. Les personnages secondaires, à l’exception du terrifiant Quinquin joué par André Pousse, manquent cruellement de profondeur et restent à l’état de silhouettes fonctionnelles. La progression narrative subit également quelques baisses de régime dans son deuxième acte, s’appuyant sur des ficelles un peu trop familières du cinéma policier de série de ces années-là.

La mise en scène / Le jeu

La réalisation de Georges Lautner s’avère chirurgicale, orchestrant des morceaux de bravoure mémorables comme l’attaque du fourgon. Côté jeu, Jean Gabin livre une performance magistrale en flic désabusé mais inflexible. Il n’a plus rien à prouver, sa lassitude feinte cache une autorité de fer. Face à lui, André Pousse impose sa trogne de sadique avec une présence magnétique indéniable.

Jean Gabin en costume sombre observe Dany Carrel de profil, vêtue d'une robe métallique de style années soixante.
La confrontation feutrée mais intense entre le commissaire Joss (Jean Gabin) et Nathalie (Dany Carrel).

Le saviez-vous ?

La célèbre scène où Jean Gabin débarque dans le studio d’enregistrement face à Serge Gainsbourg n’était pas initialement prévue sous cette forme. C’est Georges Lautner, désireux d’ancrer son polar dans la modernité absolue de la fin des années soixante, qui a insisté pour inclure le musicien à l’écran en train de chanter le mythique Requiem pour un con.

Par ailleurs, pour coller à l’esthétique brute et réaliste du film, le chef décorateur Jean Mandaroux a délaissé les traditionnels studios de cinéma pour privilégier de véritables décors naturels parisiens. Les scènes de braquage et les séquences de filatures ont ainsi été capturées dans un Paris désert et nocturne, renforçant magistralement l’atmosphère crépusculaire et la tension de ce thriller unique.

Conclusion et recommandation

Le Pacha (1968) s’adresse autant aux amoureux du polar français traditionnel qu’aux amateurs de polars stylisés des sixties. Il marque une transition essentielle dans le genre. Finalement, c’est un classique indispensable qui prouve que l’ancien monde savait encore mordre avec une incroyable férocité. Rejoins la chaîne WhatsApp CritiKs MoviZ : c’est gratuit, 100 % anonyme et tu reçois mes derniers verdicts ciné direct sur ton smartphone !

Pistes de réflexion

Ce portrait d’un flic qui choisit l’illégalité pour faire justice pose la question de la légitimité des méthodes policières face à une criminalité de plus en plus sauvage. Un débat qui résonne encore fortement aujourd’hui.

À vous de juger

Qu’as-tu pensé de la confrontation entre le style d’Audiard et l’univers pop de Lautner ?
Donne ton avis en commentaire !


En savoir plus sur CritiKs MoviZ

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Avatar de Inconnu

À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Nombres de Visites

  • 576 974 visiteurs ont fréquenté ce blog. Merci à tous !

S'abonner au blog via e-mail

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Archives

En savoir plus sur CritiKs MoviZ

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture