Ciné-Asia, Drame, Historique, Japon, Thriller

GOBANGIRI (2024) ★★★✮☆

Temps de lecture : 5 minutes
Profil serré de l'acteur Tsuyoshi Kusanagi, visage marqué et barbu, sur l'affiche du film Gobangiri de Kazuya Shiraishi.
Un regard hanté par l’honneur et la stratégie : Tsuyoshi Kusanagi dans Gobangiri (2024).

La stratégie du sang immobile…

Kazuya Shiraishi délaisse la fureur de ses polars yakuzas pour la rigueur glaciale du plateau de Go, signant un chanbara psychologique d’une beauté plastique indéniable. C’est un film qui demande de la patience, loin de la vacuité agitée des productions hexagonales actuelles. Découvrons à travers cette critique de Gobangiri (2024) comment le réalisateur de The Blood of Wolves (2018) réinvente la vengeance par l’épée et le plateau de bois.

Note : 3.5/5 (★★★✮☆)

Yanagida Kakushin, un samouraï déchu vivant dans la pauvreté avec sa fille, est un expert du jeu de Go dont l’intégrité est sa seule richesse. Accusé à tort d’un vol qu’il n’a pas commis, il voit son honneur piétiné une fois de plus. Pour laver son nom, il devra s’engager dans une partie mortelle où chaque pion posé appelle une goutte de sang.

Notre avis sur GOBANGIRI

En proposant son avis sur Gobangiri (2024), on ne peut qu’être frappé par la mutation de Shiraishi. Bien que le cinéaste conserve son goût pour les hommes aux prises avec des codes moraux rigides, il livre ici une œuvre d’une austérité presque religieuse. Le film ne cherche pas l’efficacité immédiate, mais construit une tension sourde qui finit par exploser. C’est un pari risqué sur le temps long, une respiration bienvenue dans un paysage cinématographique souvent trop pressé de conclure.

Le génie de Kazuya Shiraishi réside dans sa capacité à calquer la narration sur la logique même du Go. Le montage n’est pas simplement un enchaînement de scènes, mais une succession de coups stratégiques où l’anticipation et le contrôle de l’espace dictent le cadre. La photographie, jouant sur des contrastes profonds entre l’obscurité des intérieurs et l’éclat soudain des lames, renforce cette atmosphère d’oppression. Par ailleurs, la manière dont le cinéaste utilise le silence pour traduire la menace est exemplaire : chaque placement de pion résonne comme un arrêt de mort. En effet, la force du film réside dans cette structure mentale qui transforme une simple partie en un champ de bataille métaphysique.

Le métrage n’évite pas certains écueils du jidaigeki classique. On déplore un académisme qui pointe le bout de son nez lors de transitions un peu trop soulignées. Quelques personnages secondaires, notamment du côté des antagonistes, manquent cruellement d’épaisseur et se contentent de remplir leur fonction de « méchants » archétypaux. De plus, le récit s’étire par moments, diluant l’impact émotionnel de certaines révélations au profit d’une contemplation qui frise parfois l’autosatisfaction esthétique.

Deux hommes en kimono traditionnel assis face à face devant un plateau de jeu de Go dans un intérieur japonais classique.
La tension silencieuse d’une partie de Go : une métaphore du destin dans Gobangiri.

Tsuyoshi Kusanagi livre une performance habitée, toute en retenue explosive. Son visage, masque de douleur contenue, est le centre de gravité du film. Kazuya Shiraishi le filme avec une rigueur géométrique, isolant son héros dans des cadres épurés qui soulignent sa solitude. La direction d’acteurs est précise, évitant le surjeu théâtral souvent lié au genre historique pour privilégier une intensité intérieure palpable, notamment lors des confrontations muettes au-dessus du plateau.

Le titre Gobangiri fait référence à l’action de trancher un plateau de Go. Pour assurer l’authenticité des gestes, les acteurs ont suivi une formation intensive sur la manière traditionnelle de poser les pierres, un art nommé « tesuji« . Umitarô Abe a conçu une bande-son discrète mais organique, utilisant des instruments traditionnels pour souligner le craquement du bois et le frottement de la soie.

Gobangiri s’adresse aux amateurs de cinéma de sabre exigeant, ceux qui préfèrent la tension du regard à la multiplication des chorégraphies. C’est une œuvre qui modernise les archétypes du samouraï en questionnant la valeur de l’honneur dans un monde de faux-semblants.

Le film interroge la place du sacrifice personnel face à l’injustice systémique. En plaçant le jeu au centre de la morale, Kazuya Shiraishi demande : la vie humaine n’est-elle qu’un pion dans une stratégie qui nous dépasse ? Une réflexion qui résonne étrangement avec nos sociétés modernes.

La lenteur du film vous a-t-elle captivée ou égarée ?
Venez en débattre dans les commentaires.


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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