
Schwarzenegger, maman d’un soir…
Note & Verdict d’entrée
Un concept de série B transformé en « feel-good movie » un peu trop lisse pour vraiment convaincre. Le trio d’acteurs s’amuse, mais le film accouche finalement d’une comédie familiale aux enjeux bien trop balisés. Découvrons à travers cette critique de Junior (1994) l’étrange métamorphose utérine du Chêne Autrichien.
Note : 2.5/5 (★★✮☆☆)
Le Pitch
Le Dr Alex Hesse et le Dr Larry Arbogast travaillent sur un nouveau traitement révolutionnaire pour prévenir les fausses couches. Privés de budget et de cobayes humains, ils décident de tester leur sérum, l’Expectane, sur Alex Hesse lui-même. Grâce à une implantation d’embryon, le colosse devient le premier homme enceinte de l’histoire, devant gérer les hormones et le secret de sa grossesse.
Notre avis sur JUNIOR
Proposer un avis sur Junior aujourd’hui, c’est se replonger dans cette étrange période des années 90 où Hollywood tentait désespérément de casser l’image de brute épaisse d’Arnold Schwarzenegger. Bien que le point de départ soit radicalement absurde, le film évite étonnamment le piège de la farce grasse. En effet, Ivan Reitman traite son sujet avec une bienveillance presque déconcertante, préférant la tendresse au burlesque pur. Le problème, c’est que cette douceur étouffe la satire potentielle. Le film reste coincé dans un entre-deux tiède : trop sage pour être une vraie comédie de mœurs subversive, et trop loufoque pour être pris au sérieux comme drame humain.
Les atouts majeurs
La force tranquille du film réside sans conteste dans son trio de tête. L’alchimie entre Arnold Schwarzenegger et Danny DeVito, déjà éprouvée dans Jumeaux (1988), fonctionne à plein régime. On sent une complicité réelle qui permet de faire passer les moments les plus improbables. Par ailleurs, Emma Thompson apporte une touche de loufoquerie britannique délicieuse, évitant au film de sombrer dans la mièvrerie totale. Le traitement de la grossesse masculine, s’il reste superficiel, offre un miroir amusant aux normes de genre de l’époque. Voir Arnold s’émouvoir devant des publicités pour bébés ou se plaindre de ses seins douloureux est un contre-emploi qui, techniquement, reste une curiosité fascinante de sa filmographie.
Les faiblesses et limites
Là où le bât blesse, c’est dans l’incapacité du scénario à sortir des sentiers battus de la comédie familiale. Le rythme est inégal, avec des tunnels de dialogues qui sentent le sitcom à plein nez. Finalement, les péripéties sont hautement prévisibles et le méchant de l’histoire, incarné par Frank Langella, est d’une platitude désolante. On regrette que le film n’ait pas osé pousser le curseur de la science-fiction ou de la critique sociale plus loin, se contentant de gags visuels un peu faciles sur les envies de fraises du colosse autrichien.

La mise en scène / Le jeu
Ivan Reitman livre une copie propre mais sans génie. Sa mise en scène est fluide, typique des grosses productions de l’époque, mais elle manque singulièrement de personnalité. Côté interprétation, Arnold Schwarzenegger s’en sort avec les honneurs dans un rôle de composition physique exigeant. Il parvient à rendre crédible la détresse hormonale de son personnage sans jamais basculer dans la parodie de femme. Danny DeVito est égal à lui-même : nerveux, efficace et parfait faire-valoir comique.
Le saviez-vous ?
Pour préparer son rôle, Arnold Schwarzenegger a passé beaucoup de temps dans des salles d’attente d’obstétriciens pour observer les comportements des femmes enceintes. Côté musique, James Newton Howard livre une partition légère, bien loin de ses futures envolées épiques pour les blockbusters d’action. Enfin, les effets de maquillage pour le ventre d’Arnold Schwarzenegger ont été conçus pour être aussi réalistes que possible, évitant l’aspect « prothèse de comédie » habituel.
Conclusion et recommandation
Junior est une capsule temporelle des années 90. C’est un film qui se regarde sans déplaisir mais qui s’oublie aussitôt le générique de fin terminé. Il plaira aux nostalgiques de l’ère Reitman/Schwarzenegger ou à ceux qui cherchent une comédie inoffensive pour un dimanche après-midi. On est loin des sommets du genre, mais l’humanité qui s’en dégage sauve les meubles. Si tu aimes voir Arnold sortir de sa zone de confort, jette un œil à notre critique de Un Flic à la Maternelle (1990).
Pistes de réflexion
Au-delà du rire, le film pose la question de l’appropriation du corps féminin par la science masculine. Bien que traité avec légèreté, le fait qu’un homme « vole » l’expérience de la maternité pour valider ses recherches aurait pu donner lieu à un débat beaucoup plus acerbe sur l’éthique médicale et le patriarcat.
À vous de juger
Arnold en maman, génie comique ou erreur de parcours ?
On attend vos avis dans les commentaires !

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