
L’expérience génétique qui a fait sauter le box-office : TWINS (1988)
Verdict d’entrée
Ivan Reitman signe une comédie au pitch improbable qui repose presque intégralement sur le contraste physique de son duo vedette. Si l’on s’amuse un temps des pitreries d’Arnold Schwarzenegger et Danny DeVito, le scénario, lui, frôle l’anorexie créative pour nous servir une soupe convenue et mollassonne. Découvrons à travers cette critique du film comment l’excentricité d’un concept tente de masquer le vide narratif d’une comédie culte mais profondément bancale.
Note : 2.5/5
Le pitch
Résultat d’une expérience génétique ambitieuse, Julius, un colosse candide et surdoué élevé sur une île, découvre l’existence de son frère jumeau. Débarquant à Los Angeles, il retrouve Vincent, un petit escroc cynique qui lui ressemble aussi peu que possible. Ensemble, ils entament un road-trip loufoque pour retrouver leur mère biologique, poursuivis par d’étranges tueurs.
Notre avis sur Twins (1988)
Donner un avis sur Twins, c’est avant tout juger une brillante note d’intention commerciale bien plus qu’une véritable œuvre cinématographique. Le postulat de départ est d’une absurdité délicieuse, mais il s’essouffle bien trop vite. Ivan Reitman s’assoit sur son concept en or – faire de Schwarzy et Danny DeVito de parfaits jumeaux – et oublie en cours de route de construire une intrigue qui tienne la route au-delà de la blague visuelle. C’est un pur produit de consommation des années 80 : modérément sympathique, incontestablement divertissant par instants, mais dramatiquement paresseux.

Les atouts majeurs
La véritable, et unique, force de l’œuvre réside dans l’alchimie indéniable de ses deux têtes d’affiche. Le comique de situation fonctionne grâce à l’autodérision fantastique d’un Arnold Schwarzenegger qui casse son image de cyborg impitoyable (Terminator, Predator) pour endosser le costume XXL d’un puceau candide et surdiplômé. Face à lui, Danny DeVito excelle dans son registre de prédilection, celui de la crapule attachante, vénale et volubile. Le rythme est suffisamment soutenu dans le premier acte pour faire passer la pilule d’un récit cousu de fil blanc, et quelques joutes verbales font mouche grâce au timing comique irréprochable du duo.
Les faiblesses et limites
Cependant, passé l’effet de surprise du gag initial, le film s’embourbe dans une intrigue criminelle d’une platitude affligeante. Le macGuffin du vol industriel n’intéresse personne, et encore moins le réalisateur. La narration empile les poncifs de la comédie familiale sans jamais chercher à les transcender. Quant à la charge émotionnelle autour de la recherche de la mère, elle est forcée, dégoulinante de bons sentiments artificiels, à des années-lumière du cynisme réjouissant que laissait espérer le début du métrage. Bien sûr, même une comédie française actuelle ferait probablement pire avec un budget doublé en nous balançant le casting de la Bande à Fifi, mais cette médiocrité contemporaine n’excuse pas les facilités scénaristiques de Twins.
La mise en scène / Le jeu
Ivan Reitman emballe le tout avec le professionnalisme d’un artisan hollywoodien qui sait exactement où placer sa caméra pour flatter ses stars, mais sans la moindre once de fulgurance visuelle. C’est de la mise en scène utilitaire, du prêt-à-porter filmique. Côté casting, si Arnold Schwarzenegger et Danny DeVito portent vaillamment le film sur leurs épaules dépareillées, les rôles secondaires (Kelly Preston, Chloe Webb) sont scandaleusement relégués au rang de faire-valoir fonctionnels, enfermés dans des partitions sous-écrites de petites amies dociles.
Le saviez-vous ?
- Le casse du siècle au guichet : Le film a été un succès commercial absolu, rapportant la bagatelle de 216 millions de dollars dans le monde. Sentant le bon coup, Arnold Schwarzenegger, Danny DeVito et Ivan Reitman avaient renoncé à leurs salaires habituels pour s’octroyer 40 % des recettes globales. Résultat ? Ils ont touché les plus gros cachets de toute leur carrière cinématographique.
- On prend les mêmes et on recommence : Cette rentabilité hors norme a soudé l’équipe. Ivan Reitman et Arnold Schwarzenegger ont remis le couvert pour l’excellent Un flic à la maternelle (1990), avant de reformer le trio initial avec Danny DeVito pour Junior (1994), poussant l’absurde jusqu’à faire tomber l’imposant Autrichien « enceinte ».
Conclusion et recommandation
Twins est une anomalie sympathique, à réserver avant tout aux nostalgiques des 80s et aux spectateurs peu exigeants en quête d’un plaisir coupable pour un dimanche soir pluvieux. C’est inoffensif, parfois amusant, mais fondamentalement dispensable. D’ailleurs, si tu veux replonger dans cette époque foisonnante où Hollywood osait absolument tout, je t’invite ardemment à consulter notre grand dossier 1988 : L’ANNÉE DE LA DÉFLAGRATION pour parfaire ton érudition cinéphilique.
Pistes de réflexion
La comédie américaine des années 80 reposait souvent sur des « high concepts » farfelus portés uniquement par le charisme de stars au sommet de leur gloire. Aujourd’hui, face à l’aseptisation des productions, un grand studio oserait-il encore miser une telle somme sur un pitch aussi absurde sans le noyer sous des tonnes d’effets numériques ?
À vous de juger
Et toi, es-tu client de cette ère où Schwarzy s’essayait avec candeur à la comédie, ou préfères-tu le voir dessouder froidement des mercenaires dans la jungle ?
Lâche-toi dans les commentaires, j’attends tes arguments !

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