
JAWS (1975) : le chef-d’œuvre qui a inventé la peur bleue et le blockbuster
Verdict d’entrée
Oublie les CGI baveux et le cinéma français contemporain qui s’écoute parler : ici, on touche au sacré. Steven Spielberg ne réalise pas seulement un film de monstre, il accouche d’une leçon de cinéma pure où l’invisible terrifie plus que l’organique. Découvrons à travers cette critique de Jaws (1975) comment un tournage apocalyptique a donné naissance au prédateur le plus iconique du septième art.
Note : 5/5
Le pitch
Sur l’île touristique d’Amity, un grand requin blanc sème la terreur. Le chef de la police locale, Brody, s’allie à un océanographe arrogant et à un vieux loup de mer excentrique pour traquer la bête en haute mer. Ce qui commence comme une chasse sécuritaire vire à la lutte primitive pour la survie, opposant trois hommes brisés à une force de la nature implacable.
Notre avis sur JAWS (1975)
Donner son avis1 sur Jaws en 2026, c’est comme commenter la Bible : on s’attaque à un monument. Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est l’incroyable économie de moyens visuels au profit d’une tension psychologique insoutenable. Contrairement aux thrillers modernes qui surchargent l’image, Steven Spielberg utilise l’espace, le vide et l’attente pour transformer l’océan en une entité maléfique. C’est un film d’action sensationnellement efficace, mais c’est surtout un thriller profondément humain.

Les atouts majeurs
La force du film réside dans sa structure en deux actes parfaitement équilibrés : l’angoisse paranoïaque sur la terre ferme, suivie de l’aventure épique sur l’Orca. La gestion du hors-champ est un cas d’école. À cause des dysfonctionnements chroniques des requins mécaniques, Steven Spielberg a été forcé de suggérer la bête plutôt que de la montrer. Ce choix, sublimé par le thème minimaliste de John Williams (deux notes qui suffisent à glacer le sang), crée une menace omniprésente. La photographie de Bill Butler capture la mer non pas comme un décor de carte postale, mais comme un désert liquide hostile où l’homme n’est plus au sommet de la chaîne alimentaire.
Les faiblesses et limites
Honnêtement ? Il faut être sacrément de mauvaise foi pour en trouver. Si l’on pinaille, certains effets de transparence lors des scènes maritimes trahissent leur âge, et le requin « Bruce« , quand il finit par apparaître de plein pied, accuse un aspect un peu rigide. Mais ces détails s’effacent devant la puissance narrative globale.
La mise en scène / Le jeu
Steven Spielberg réinvente le langage cinématographique. Son utilisation des travelings compensés (le célèbre « Dolly Zoom » sur Brody sur la plage) est restée légendaire. Côté casting, le trio Roy Scheider, Robert Shaw et Richard Dreyfuss est une anomalie miraculeuse de chimie à l’écran. Robert Shaw, en particulier, livre avec le monologue de l’USS Indianapolis l’un des moments les plus intenses de l’histoire du cinéma, prouvant qu’une simple histoire racontée peut être plus effrayante que n’importe quelle attaque de prédateur.
Le saviez-vous ?
- Le film est adapté du roman éponyme de Peter Benchley publié en 1974. Benchley fait d’ailleurs un caméo dans le film en tant que journaliste sur la plage.
- Ce fut le premier long métrage tourné en pleine mer, une décision qui a transformé la production en enfer, faisant exploser le budget et les délais.
- En 2001, la Bibliothèque du Congrès l’a sélectionné pour être conservé au National Film Registry pour son importance culturelle.
Conclusion et recommandation
Jaws est le prototype même du blockbuster estival. Il a défini le modèle économique hollywoodien moderne : un concept simple, une sortie massive et une efficacité redoutable. C’est un film pour tous, des amateurs de thrillers aux étudiants en cinéma. Un indispensable absolu.
Pistes de réflexion
Le film explore la tension entre la cupidité économique (le maire refusant de fermer les plages) et la sécurité publique. Une thématique qui, plus de 50 ans après, résonne encore singulièrement avec nos crises contemporaines. Le requin n’est-il pas, au fond, le révélateur de la lâcheté politique ?
À vous de juger
Et toi, la première fois que tu as vu l’aileron fendre l’eau, as-tu osé retourner te baigner ?
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- Si tu cherches un autre sommet de tension, consulte notre avis sur The Thing (1982), un autre monstre sacré du cinéma de genre. Note également que si tu aimes les chocs cinématographiques historiques, ne manque pas notre dossier spécial 1988 : L’ANNÉE DE LA DÉFLAGRATION. ↩︎
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Belle analyse, qui va à l’essentiel, à l’efficacité. Et c’est peu dire que ce film de Spielberg n’en manque pas pour être toujours aussi carnassier et véhicule de fantasmes aujourd’hui.
Avec « Les dents de la mer », Spielberg applique ce qu’il a expérimenté sur « Duel » et qu’il magnifiera dans « E.T. » puis « Jurassik Park » et « la Guerre des Mondes », l’effet de sidération face au monstre, ce contrechamp qui finalement rend toute image suivante terriblement effrayante ou stupéfiante. Un effet de mise en scène qui devient presque une signature.
Avec Jaws, on peut dire qu’il ravit les cinéphiles, mais les 🦈 ne lui disent pas merci. 😁
Publié par princecranoir | 24/02/2026, 8h27Analyse impeccable, mon cher Prince. Tu pointes exactement ce qui manque au cinéma d’action jetable de ces dernières années : le sens du cadre. Steven Spielberg a compris très tôt que le cinéma est l’art de la réaction avant d’être celui de l’action.
Quant aux requins, c’est le paradoxe tragique de ce film : un chef-d’œuvre technique qui a involontairement signé l’arrêt de mort de millions de squales à cause d’une paranoïa collective. Benchley lui-même a passé le reste de sa vie à essayer de réparer les dégâts avec ses engagements écologiques. Comme quoi, un grand film peut aussi être une arme de destruction massive… pour le meilleur (le box-office) et pour le pire (l’écosystème). 🦈
Publié par Olivier Demangeon | 24/02/2026, 13h15Ah, encore un véritable chef-d’oeuvre incontournable 😍
Publié par Vampilou fait son Cinéma | 25/02/2026, 11h35On ne discute pas les évidences ! Jaws, c’est le patron. Content de voir qu’il y a encore des puristes qui savent reconnaître un vrai monument.
Publié par Olivier Demangeon | 25/02/2026, 13h15