
Le carnaval des monstres tristes…
Note & Verdict d’entrée
Tim Burton signe ici un blockbuster d’auteur somptueux et profondément déviant, où le super-héros n’est plus qu’un spectateur de sa propre tragédie. C’est une œuvre gothique radicale qui sacrifie l’action pure sur l’autel de la psychanalyse freudienne. Découvrons à travers cette critique de Batman Returns (1992) comment le réalisateur a transformé Gotham en un cauchemar expressionniste inoubliable.
Note : 4/5 (★★★★☆)
Le Pitch
Alors que Gotham City s’apprête à fêter Noël, un mystérieux « Pingouin« , abandonné à la naissance et élevé dans les égouts, s’allie à l’industriel corrompu Max Shreck pour prendre le contrôle de la ville. Entre eux surgit Selina Kyle, une secrétaire timide transformée en une Catwoman vengeresse après une tentative de meurtre. Bruce Wayne doit alors affronter ces reflets brisés de sa propre solitude.
Notre avis sur BATMAN RETURNS
Proposer un avis sur Batman Returns, c’est accepter de plonger dans une œuvre qui déteste son propre statut de produit commercial. En effet, Tim Burton profite d’une liberté totale après le succès du premier opus pour livrer un film de monstres où Batman devient presque secondaire. Par ailleurs, le récit délaisse l’efficacité narrative pour une succession de tableaux mélancoliques et baroques. Bien que le rythme puisse paraître fragmenté, la puissance évocatrice de chaque scène compense largement les errances d’un scénario parfois obscur. Finalement, c’est ce déséquilibre qui rend le film si fascinant : il ne cherche pas à plaire, il cherche à hanter.
Les atouts majeurs
L’esthétique gothique-expressionniste est ici portée à son paroxysme. La direction artistique ne se contente pas de décorer Gotham ; elle façonne une prison de béton et de neige où chaque angle de caméra rappelle le cinéma allemand des années 20. La profondeur psychologique des vilains est le véritable cœur du réacteur. Michelle Pfeiffer livre une performance iconique, transformant Catwoman en une figure féministe complexe et tragique, tandis que Danny DeVito incarne un Pingouin grotesque, mélange de pitié et de dégoût. La musique de Danny Elfman, plus lyrique que jamais, achève de transformer ce cirque macabre en une messe noire inoubliable.

Les faiblesses et limites
Le film souffre d’une dissonance majeure entre son ton viscéralement sombre et le marketing « familial » de l’époque. Le scénario de Daniel Waters, truffé de doubles sens sexuels et de cynisme politique, égare parfois le spectateur en cours de route. Le personnage de Bruce Wayne semble d’ailleurs s’effacer derrière la folie de ses adversaires, rendant le justicier presque passif dans son propre film.
La mise en scène / Le jeu
Tim Burton filme ses créatures avec une empathie évidente, préférant les plans iconiques aux chorégraphies de combat souvent rigides (le costume de Batman ne permettant toujours pas de tourner la tête). Michael Keaton excelle pourtant dans la retenue, opposant son calme stoïque à l’exubérance vénéneuse de Christopher Walken, génial en méchant de « col blanc ».
Le saviez-vous ?
- Le costume de Catwoman était si serré que Michelle Pfeiffer ne pouvait le porter que quelques heures par jour et devait être saupoudrée de talc pour y entrer.
- Danny DeVito passait plus de trois heures par jour au maquillage pour devenir Oswald Cobblepot, et il restait dans son personnage même entre les prises, terrifiant certains membres de l’équipe.
Le choc des Happy Meals : quand l’Art mord le Marketing
Batman Returns nous offre l’une des anecdotes les plus savoureuses (et ironiques) de l’histoire du marketing hollywoodien. En 1992, on est en plein dans l’ère du « blockbuster produit dérivé ». Warner Bros. avait signé un contrat colossal avec McDonald’s pour une promotion mondiale via les fameux Happy Meals. Le problème ? Personne chez McDo n’avait vu le film avant de signer.
Le choc thermique

Quand le film est sorti, les parents américains ont manqué de s’étouffer avec leur Big Mac. Au lieu du film d’action héroïque attendu pour vendre des jouets en plastique, ils ont découvert :
Une ambiance de film d’horreur gothique totalement inadaptée aux bambins de 6 ans.
Un Pingouin dégoûtant qui crache du sang noir et veut noyer des premiers-nés dans les égouts.
Une Catwoman ultra-sexualisée en latex, adepte du fouet et du bondage suggéré.
La débâcle marketing
La polémique a été immédiate. Des associations de parents ont boycotté McDonald’s, accusant la chaîne de promouvoir un film « pervers » et « violent » auprès des enfants. Paniqué par le « bad buzz« , le géant du fast-food a dû retirer les jouets prématurément et a juré qu’on ne l’y reprendrait plus.
La conséquence pour Tim Burton
C’est précisément cet incident qui a coûté sa place à Tim Burton pour le troisième volet. Warner, échaudée par la perte de revenus sur le merchandising (les jouets ne se vendaient pas car le film faisait peur aux gosses), a poliment poussé le réalisateur vers la sortie pour engager Joel Schumacher.
L’objectif était clair : revenir à un Batman « fluo » et familial pour vendre des figurines. On connaît la suite… un désastre artistique pour nous, mais une mine d’or pour les marchands de jouets. Finalement, Batman Returns reste le dernier grand blockbuster de super-héros à avoir osé mordre la main qui le nourrissait.
Conclusion et recommandation
Batman Returns est un ovni, un film de super-héros qui n’en est pas un. Il s’adresse aux amoureux du cinéma de genre qui préfèrent l’atmosphère à l’adrénaline. Il reste, trente ans plus tard, l’une des visions les plus singulières et audacieuses du Chevalier Noir.
Pistes de réflexion
Le film pose une question troublante : Batman est-il le protecteur de Gotham ou simplement le monstre le plus « civilisé » d’une ménagerie de parias ? La frontière entre le héros et ses ennemis n’a jamais été aussi ténue que sous la neige de 1992. Pour prolonger cette ambiance de fin de règne, ne manque pas notre dossier 1992 : L’ANNÉE DE LA TENSION.
À vous de juger
Et toi, Burtonien convaincu ou allergique à ce Gotham trop sombre ?
Viens défendre ton avis en commentaire !

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