Action, Arts Martiaux, Ciné-Asia, Hong-Kong, Romance

HOUSE OF FLYING DAGGERS (2004) ★★★★☆

Temps de lecture : 5 minutes
Zhang Ziyi en tenue traditionnelle tenant un poignard dans une forêt de bambous, film Le Secret des poignards volants.
La beauté plastique au service du drame : Zhang Ziyi, impériale.

La poésie du sang et de la soie…

Un festin visuel absolument indécent qui frôle l’overdose chromatique. Zhang Yimou sacrifie la logique sur l’autel de la beauté pure, transformant chaque duel en un ballet de calligraphie mortelle. Découvrons à travers cette critique de House of Flying Daggers (2004) comment le Wuxia devient ici une fresque romantique aussi sublime qu’improbable.
Note : 4/5 (★★★★☆)

En 859, la dynastie Tang décline. Le groupe rebelle des « Poignards Volants » harcèle le pouvoir. Deux capitaines, Jin et Leo, montent un stratagème pour infiltrer l’organisation : Jin libère la belle et aveugle Mei, soupçonnée d’être la fille du chef défunt, pour qu’elle le mène à leur repaire. Entre manipulation, trahison et passion interdite, les masques vont tomber sous une pluie de lames.

Notre avis sur HOUSE OF FLYING DAGGERS

Proposer un House of Flying Daggers, c’est accepter de mettre son cerveau cartésien en pause pour laisser ses rétines exploser. On est loin de la rigueur historique ou de la cohérence narrative d’un polar hongkongais nerveux. Ici, tout est symbole. Le film est une succession de tableaux de maître où Zhang Yimou prouve qu’il est avant tout un immense chef opérateur de l’âme, quitte à malmener un scénario qui finit par ressembler à un gruyère scénaristique de luxe.

La primauté de l’esthétique n’est pas qu’un choix, c’est l’ADN même du film. Chaque scène est pensée comme une estampe : la danse des échos dans la maison de plaisir, la forêt de bambous vert émeraude qui devient un piège vertical, ou cette bataille finale sous la neige qui vire à l’abstraction. Par ailleurs, la gestion des couleurs par Zhang Yimou sert de moteur émotionnel : on ne regarde pas une scène d’action, on contemple une émotion chromatique. La chorégraphie des combats, supervisée par le regretté Tony Ching Siu-tung, atteint des sommets de lyrisme, notamment l’usage des percussions et des manches de soie qui transforment la violence en une parade nuptiale funeste.

Soyons directs : la vraisemblance a été oubliée au vestiaire. Bien que le genre Wuxia autorise une certaine dose de fantastique, le scénario s’enfonce ici dans des retournements de situation qui défient toute logique humaine. Les blessures mortelles qui ne tuent pas, les motivations qui changent au gré du vent… On finit par décrocher de l’intrigue pure pour ne plus se concentrer que sur la forme. Si tu cherches un récit bétonné, tu vas grincer des dents devant tant d’illogisme.

Zhang Ziyi et Takeshi Kaneshiro dans House of Flying Daggers (2004)
Zhang Ziyi et Takeshi Kaneshiro dans House of Flying Daggers (2004)

Zhang Yimou filme avec une précision chirurgicale, utilisant la nature comme un personnage à part entière. Devant la caméra, Zhang Ziyi est impériale, alliant une grâce fragile à une force redoutable. Takeshi Kaneshiro et Andy Lau forment un duo de rivaux charismatiques, même si la profondeur psychologique de leurs personnages reste assez superficielle. Ils sont des archétypes, des pions sur l’échiquier d’une tragédie grecque version chinoise, mais leur présence magnétique sauve le film d’un vide émotionnel qui le guette parfois.

La scène finale mémorable sous la neige n’était absolument pas prévue au scénario. Lors du tournage en Ukraine, une tempête de neige précoce a tout recouvert. Zhang Yimou, au lieu d’attendre, a décidé de réécrire la scène pour intégrer ce manteau blanc, ce qui donne au final ce contraste saisissant avec le sang rouge vif. Quant à la danse des échos, Zhang Ziyi s’est entraînée pendant des mois pour manipuler ces manches d’eau géantes lestées, une prouesse physique réelle malgré les câbles.

C’est le film parfait pour ceux qui considèrent le cinéma comme une expérience sensorielle avant tout. Il clôt magnifiquement la trilogie officieuse de Zhang Yimou après Hero (2002). En effet, malgré ses errances narratives, il reste une pièce maîtresse du cinéma asiatique moderne par sa splendeur plastique.

Le sacrifice de la narration au profit de l’image est-il une trahison du spectateur ou l’aboutissement de l’art cinématographique ? Dans ce film, Zhang Yimou semble dire que la beauté est la seule vérité qui vaille la peine d’être filmée, quitte à sacrifier la raison.

Alors, chef-d’œuvre esthétique ou coquille vide trop colorée ?
On attend vos avis en commentaires.


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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