Action, Casse - Braquage, Crime - Policier, Thriller

RESERVOIR DOGS (1992) ★★★★✬

Temps de lecture : 5 minutes
Affiche du film Reservoir Dogs montrant les portraits des acteurs principaux et le titre en rouge.
Let’s go to work : le premier coup d’éclat de Quentin Tarantino.

Six chiens, un rat, l’enfer…

Quentin Tarantino déboule dans le cinoche de genre comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, fusil à pompe en main et verbe haut. C’est sec, violent, bavard au possible et d’une intelligence narrative qui renvoie la concurrence à ses études. Découvrons à travers cette critique de Reservoir Dogs (1992) l’acte de naissance d’un maître du cool et de la paranoïa.
Note : 4.5/5 (★★★★✬)

Six criminels qui ne se connaissent pas, identifiés par des noms de couleurs, sont engagés par le vieux truand Joe Cabot pour un braquage de diamants. L’opération tourne au carnage sanglant. Les survivants se retrouvent dans un entrepôt, persuadés qu’une taupe se cache parmi eux. La suspicion s’installe, les flingues sortent, et le passé ressurgit par morceaux.

Notre avis sur RESERVOIR DOGS

Mon avis sur Reservoir Dogs (1992) n’a pas bougé d’un iota depuis sa sortie : c’est un séisme. Quentin Tarantino ne filme pas un braquage, il filme l’après, la décomposition d’un groupe sous pression et l’échec d’une fraternité de façade. En effet, le génie du film réside dans son économie de moyens au service d’une tension psychologique constante, transformant un film de gangsters en un huis clos théâtral où la parole est une arme de destruction massive. On est loin des polars français mollassons ; ici, chaque mot pèse une tonne de plomb.

La narration non linéaire est ici une pièce maîtresse. Elle ne se contente pas de faire « style » ; elle déconstruit la chronologie pour nous forcer à scruter la psychologie des personnages avant de comprendre leurs actes. Bien que l’action soit quasi absente de l’écran (on ne voit jamais le braquage), la tension est à son comble grâce à des dialogues ciselés qui remplacent les balles. Cette dynamique de groupe, portée par une paranoïa galopante, révèle les trahisons internes avec une précision chirurgicale. La bande-son seventies, en contrepoint total avec l’horreur des situations, finit d’asseoir l’identité pop du métrage.

Certains pourront reprocher au film sa violence graphique, notamment la célèbre scène de l’oreille, qui frise parfois le choc gratuit pour le plaisir de la provocation. Par ailleurs, l’absence totale de figures féminines et un scénario qui assume ses zones d’ombre peuvent frustrer les amateurs de récits policiers plus conventionnels. C’est un film de mecs, toxique et fier de l’être, ce qui limite forcément son spectre émotionnel.

Steve Buscemi et Harvey Keitel dans Reservoir Dogs (1992)
Steve Buscemi et Harvey Keitel dans Reservoir Dogs (1992)

La mise en scène de Quentin Tarantino est un modèle de minimalisme efficace. L’utilisation du format Scope dans cet entrepôt poisseux accentue l’isolement des protagonistes. Côté casting, c’est un sans-faute. Harvey Keitel apporte une humanité tragique face à un Tim Roth à vif, tandis que Michael Madsen livre une performance de psychopathe absolument dantesque. Ils ne jouent pas, ils habitent leurs costumes noirs et leurs cravates fines.

  • Budget de poche : Le film a été tourné avec un budget minuscule de 1,2 million de dollars. Pour économiser, les acteurs portaient souvent leurs propres vêtements.

  • L’oreille de la discorde : Lors de la première projection au festival de Sundance, plusieurs spectateurs (dont le réalisateur Wes Craven !) ont quitté la salle pendant la scène de torture.

  • Casting : Quentin Tarantino voulait initialement jouer le rôle de Mr. Pink, mais il a finalement laissé le rôle à Steve Buscemi après une audition mémorable de ce dernier.

C’est le chaînon manquant entre le film noir classique et la pop culture moderne. Reservoir Dogs s’adresse à ceux qui aiment le cinéma qui a du répondant, du style et du cran. Finalement, il reste l’acte de naissance d’un auteur majeur qui n’a jamais eu peur de salir son cadre. Pour replacer ce choc dans son contexte, n’hésite pas à consulter notre dossier 1992 : L’ANNÉE DE LA TENSION. Si tu as aimé ce huis clos sous haute tension, je te conseille vivement de redécouvrir The Hateful Eight (2015) du même réalisateur.

La parole peut-elle être plus violente qu’un coup de feu ? Le film pose la question de la loyauté dans un monde dépourvu de morale.

Et toi, tu es plutôt Mr. White ou Mr. Blonde ?
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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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