Action, Ciné-Asia, Hong-Kong, Horreur, Science fiction

THE WICKED CITY (1992) ★★★✬☆

Temps de lecture : 5 minutes
Affiche du film The Wicked City (1992) montrant plusieurs personnages, des visages d'acteurs et une main aux ongles rouges.
L’esthétique saturée de The Wicked City, pur produit de la Film Workshop.

Quand l’enfer de Hong Kong s’éveille…

Une décharge d’adrénaline visuelle qui sacrifie la cohérence sur l’autel de l’imaginaire débridé. Tsui Hark et Peter Mak livrent un cauchemar urbain où le latex et le néon fusionnent dans un chaos fascinant. Découvrons à travers cette critique de The Wicked City (1992) comment le génie visuel hongkongais parvient à transcender un script parfois aussi lisible qu’un brouillard de pollution.
Note : 3.5/5 (★★★✬☆)

À Hong Kong, juste avant la rétrocession, des agents d’une unité d’élite traquent les « Rapters« , des métamorphes démoniaques venus d’un autre monde. Taki et Ken, deux flics aux passés troubles, se retrouvent au milieu d’une guerre de succession entre démons. Entre drogues synthétiques neutralisant les pouvoirs et amours impossibles entre espèces, la frontière entre humains et monstres s’efface dans un déluge de mutations organiques.

Notre avis sur THE WICKED CITY

L’avis sur The Wicked City ne peut être que celui d’un spectateur bousculé par une générosité technique qui compense largement les errances de son écriture. En effet, ce long-métrage est un pur produit de son époque : une œuvre mutante, hybride, qui tente de traduire l’énergie viscérale de l’anime original en prises de vues réelles. Si le récit se prend parfois les pieds dans le tapis de sa propre mythologie, l’audace formelle est telle qu’on lui pardonne ses raccourcis narratifs. C’est un film qui se ressent plus qu’il ne s’analyse froidement, une expérience sensorielle brute et poisseuse.

Le véritable tour de force réside dans ses effets pratiques. Dans ce Hong Kong de 1992, l’inventivité est partout : des transformations corporelles grotesques aux combats utilisant le décor urbain comme une extension des pouvoirs surnaturels. L’esthétique « biopunk » est magnifiée par une photographie aux tons saturés qui capture parfaitement cette angoisse pré-1997. Par ailleurs, la capacité du film à mélanger les genres — horreur graphique, action pure et romance lyrique — crée une atmosphère unique, typique du savoir-faire de la Film Workshop de Tsui Hark. On ne regarde pas simplement un film de SF, on observe un organisme vivant qui mute à l’écran.

Soyons lucides : le scénario est un joyeux bordel. La gestion des « Rapters » et les enjeux politiques entre les factions de démons manquent cruellement de clarté. Bien que l’ambiance soit immersive, les sauts de ton entre le drame romantique et certaines envolées comiques typiques du HK des années 90 peuvent déstabiliser ceux qui cherchent une rigueur narrative à l’occidentale. La mythologie est balancée à la figure du spectateur sans véritable mode d’emploi, laissant parfois un sentiment de confusion devant certains rebondissements.

Peter Mak, sous l’œil omniprésent de Tsui Hark, privilégie le mouvement perpétuel. La mise en scène est nerveuse, presque épileptique par moments. Côté casting, Leon Lai et Jacky Cheung apportent un charisme indéniable qui permet d’ancrer l’aspect émotionnel du film. Mention spéciale à Tatsuya Nakadai qui, avec sa présence impériale, donne une épaisseur bienvenue au personnage de Daishu. Michelle Reis, quant à elle, incarne parfaitement cette beauté mélancolique et surnaturelle qui sert de cœur battant au récit.

  • Le film est une adaptation du roman de Hideyuki Kikuchi, qui avait déjà donné lieu à un film d’animation culte réalisé par Yoshiaki Kawajiri.

  • Yuen Woo-ping, le futur chorégraphe de Matrix, joue ici un rôle devant la caméra, rappelant que la famille du cinéma de HK est un petit monde interconnecté.

  • Les effets spéciaux ont été réalisés avec des budgets bien inférieurs aux standards hollywoodiens, misant sur l’ingéniosité des maquillages et des trucages optiques plutôt que sur le numérique alors balbutiant.

The Wicked City est un must pour les amateurs de SF baroque et de curiosités asiatiques. Il incarne une liberté créative qu’on ne retrouve plus aujourd’hui. Finalement, c’est une pièce maîtresse du cinéma fantastique hongkongais qui mérite d’être vue pour son audace visuelle pure.

Si tu as aimé cette ambiance urbaine fantastique, je te suggère de jeter un œil à ma critique de Full Contact (1992) pour une autre dose de HK pur jus. Pour aller plus loin dans cette période charnière, ne manque pas notre dossier spécial : 1992 : L’ANNÉE DE LA TENSION.

Le film utilise la figure du métamorphe pour parler d’identité et de peur de l’autre. Dans un contexte de rétrocession imminente, cette « ville méchante » est-elle une métaphore d’un Hong Kong qui ne sait plus à quel monde il appartient ?

Qu’avez-vous pensé de cette adaptation ?
Le chaos visuel compense-t-il le scénario ?
On en débat en commentaires !


En savoir plus sur CritiKs MoviZ

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Avatar de Inconnu

À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Nombres de Visites

  • 576 991 visiteurs ont fréquenté ce blog. Merci à tous !

S'abonner au blog via e-mail

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Archives

En savoir plus sur CritiKs MoviZ

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture