
L’immortalité vous va si mal…
Note & Verdict d’entrée
Robert Zemeckis signe ici une farce grotesque et jubilatoire sur le culte du paraître, portée par un trio d’acteurs en roue libre totale. Bien que le récit s’égare parfois dans l’excès, la charge satirique contre la vanité hollywoodienne reste d’une efficacité redoutable. Découvrons à travers cette critique de Death Becomes Her (1992) comment le numérique a servi la décomposition morale de deux divas prêtes à tout.
Note : 3.5/5 (★★★✬☆)
Le Pitch
Madeline Ashton (Meryl Streep) et Helen Sharp (Goldie Hawn) se vouent une haine féroce depuis des décennies. En effet, leur rivalité atteint un point de non-retour lorsqu’elles absorbent une potion d’immortalité fournie par une mystérieuse comtesse. Mais l’éternité a un prix : si leurs corps deviennent indestructibles, ils ne s’auto-réparent pas, transformant leur duel en une joute macabre et hautement inflammable.
Notre avis sur DEATH BECOMES HER
Mon avis sur ce long-métrage est qu’il représente une étape charnière du cinéma de genre des années 90. En effet, Robert Zemeckis utilise les effets spéciaux non pas comme un simple vernis, mais comme le prolongement direct de la psychologie déformée de ses protagonistes. C’est une œuvre visuellement audacieuse qui, malgré ses trente ans au compteur, conserve une morgue et une acidité que le cinéma français actuel, souvent trop frileux ou nombriliste, ferait bien d’envier.
Les atouts majeurs
Le génie de l’œuvre réside dans l’utilisation pionnière des CGI par ILM. Ici, les prouesses techniques ne sont pas de simples gadgets ; elles incarnent littéralement la décomposition morale des personnages. Un cou brisé ou un trou béant dans l’estomac deviennent les métaphores physiques de la vacuité de Madeline et Helen. Par ailleurs, la chimie entre Meryl Streep et Goldie Hawn est un délice de méchanceté pure. Elles s’auto-parodient avec une générosité rare, tandis qu’un Bruce Willis à contre-emploi en chirurgien lâche apporte une touche de pathétique bienvenue à ce cirque grand-guignolesque.
Les faiblesses et limites
Bien que l’énergie soit constante, le scénario peine parfois à maintenir l’équilibre entre la comédie noire et l’horreur pure. On ressent quelques irrégularités tonales, notamment dans un troisième acte qui sacrifie un peu trop la profondeur psychologique au profit du pur spectacle visuel. Finalement, l’intrigue peut sembler s’étirer une fois le concept initial de l’immortalité posé, tombant parfois dans une répétitivité de gags physiques un brin excessifs.

La mise en scène / Le jeu
Robert Zemeckis, en maître du rythme, orchestre cette fable avec une dynamique cartoonesque assumée. Sa caméra est mobile, nerveuse, et sublime l’esthétique gothique flamboyante des décors. Quant à l’interprétation, Meryl Streep livre une partition d’une ironie glaciale absolument savoureuse, prouvant qu’elle peut briller dans le registre du camp le plus total. Le trio fonctionne car chacun accepte de se ridiculiser pour servir la charge acerbe du réalisateur.
Le saviez-vous ?
Le film a marqué l’histoire en remportant l’Oscar des meilleurs effets visuels, devançant des blockbusters plus « sérieux ». Pour les scènes où le corps de Goldie Hawn est percé d’un trou, l’actrice devait porter un plastron bleu, une technique de pointe à l’époque. Par ailleurs, la partition d’Alan Silvestri accentue merveilleusement le côté macabre et sautillant de cette course à la jeunesse.
Conclusion et recommandation
C’est un divertissement audacieux qui ravira les amateurs d’humour noir et de fantastique inventif. Ce film occupe une place unique dans la filmographie de Robert Zemeckis, à la croisée du cartoon et du conte philosophique. Pour ceux qui veulent explorer davantage cette époque charnière, je vous renvoie vers notre dossier spécial 1992 : L’ANNÉE DE LA TENSION, une année où Hollywood osait encore l’originalité corrosive.
Pistes de réflexion
Le film pose une question toujours d’actualité : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour nier le temps qui passe ? À l’heure des filtres Instagram et de la chirurgie esthétique généralisée, la vision de Robert Zemeckis semble presque prophétique.
À vous de juger
Et vous, seriez-vous prêts à boire la potion de Lisle von Rhuman ?
On attend vos avis dans les commentaires.

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