
Satire mordante, horreur en sourdine…
Verdict d’entrée
Joe Dante revient dynamiter sa propre création avec une suite qui préfère la farce métatextuelle au frisson pur. Si l’effet de surprise horrifique du premier opus s’est évaporé, le cinéaste compense par une avalanche de gags visuels jubilatoires et cyniques. Découvrons à travers cette critique de Gremlins 2: The New Batch (1990) comment le petit monstre vert est devenu le roi incontesté de la parodie.
Le pitch
Des années après le cauchemar de Kingston Falls, Billy et Kate travaillent désormais à New York, au sein du gratte-ciel ultra-moderne d’un excentrique milliardaire. Lorsqu’un laboratoire génétique du bâtiment récupère par hasard le gentil Mogwai Gizmo, l’inévitable se produit : exposé à l’eau, il libère une nouvelle horde de créatures prêtes à semer un chaos technologique absolu.

Notre avis sur GREMLINS 2: THE NEW BATCH
Donner notre avis sur Gremlins 2: The New Batch implique d’accepter un changement de cap radical assumé par son créateur. Le film délaisse sciemment le suspense haletant et l’ambiance de conte horrifique de son prédécesseur au profit d’une satire déjantée de l’Amérique corporatiste. On est loin de la tension viscérale d’un grand thriller, et heureusement, à des années-lumière de la vacuité inoffensive du cinéma comique français contemporain. Ici, Joe Dante livre un véritable cartoon live, offrant une succession de gags souvent astucieux qui redonnent un peu de piquant à une intrigue fondamentalement recyclée.
Les atouts majeurs
La véritable force de cette suite réside dans son audace irrévérencieuse. Le film n’hésite pas à se moquer ouvertement de lui-même, de l’industrie hollywoodienne et de la culture populaire. On jubile devant ces créatures anarchiques rejouant avec férocité des scènes de Rambo, pastichant allègrement Le Magicien d’Oz, Marathon Man ou encore Le Fantôme de l’Opéra. Cette dimension méta, poussée à son paroxysme lorsque les monstres s’en prennent directement à la pellicule dans la cabine de projection, transforme une simple commande de studio en un joyeux foutoir transgressif.
Les faiblesses et limites
En choisissant d’abattre quasi exclusivement la carte de la comédie potache, l’œuvre y perd inévitablement en tension dramatique. L’aspect horrifique, qui faisait tout le sel et l’identité du film original en jouant habilement sur nos peurs d’enfants, est ici sacrifié sur l’autel de la caricature permanente. De plus, la trame narrative ne fait que calquer grossièrement les enjeux du premier volet dans un nouveau décor urbain, donnant parfois l’impression d’assister à une redite moins inspirée émotionnellement.

La mise en scène / Le jeu
Joe Dante orchestre ce chaos avec la maestria d’un sale gosse lâché dans un laboratoire. Sa mise en scène capte l’anarchie avec une énergie folle, multipliant les clins d’œil frénétiques à l’âge d’or de l’animation de Chuck Jones. Côté casting, Zach Galligan et Phoebe Cates reprennent leurs rôles avec un sérieux rafraîchissant face au délire ambiant. Mention spéciale à Christopher Lee, impérial en savant fou généticien, et à John Glover, hilarant en magnat de l’immobilier faussement naïf, qui apportent une caution théâtrale indispensable à ce cirque monstrueux.
Le saviez-vous ?
Distribué par Warner Bros. Pictures, le film a connu un destin paradoxal en salles. Sorti le 15 juin 1990, il n’a rapporté que 42 millions de dollars au box-office américain pour un budget confortable estimé entre 30 et 50 millions. Le public de l’époque a probablement été dérouté par ce ton résolument cartoon. Pourtant, le temps lui a donné raison : il a depuis acquis un solide statut d’œuvre culte. Preuve que la licence n’est pas morte, un troisième volet est officiellement en développement, prévu pour le 19 novembre 2027.
Conclusion et recommandation
Gremlins 2 est une anomalie hollywoodienne fascinante, une superproduction qui mord violemment la main qui la nourrit. À réserver aux amateurs de comédies fantastiques qui chérissent l’impertinence et ne cherchent pas l’angoisse à tout prix. C’est d’ailleurs l’occasion parfaite de replonger dans cette décennie fondatrice : n’hésite pas à consulter notre dossier spécial sur 1990 : L’ANNÉE DU BASCULEMENT pour contextualiser cette sortie atypique au sein d’une année riche en chefs-d’œuvre.
Pistes de réflexion
Faut-il toujours qu’une suite cherche à surpasser son aîné sur son propre terrain, ou la rupture de ton totale (de l’horreur à la farce absolue) est-elle la seule façon d’éviter une suite insipide ?
À vous de juger
Et toi, tu es plutôt team conte horrifique du premier, ou grand n’importe quoi cartoonesque du second ?
Lâche-toi dans les commentaires, on veut savoir.

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