
Le chrome commence à s’écailler…
Verdict d’entrée
Prendre la suite de Paul Verhoeven est un cadeau empoisonné que même Irvin Kershner n’a pas su déballer proprement. Si le spectacle reste généreux en tôle froissée, l’âme satirique du premier opus s’évapore au profit d’une surenchère un peu vaine. Découvrons à travers cette critique du film comment Detroit sombre dans le chaos, emportant avec elle une partie de notre enthousiasme.
Le Pitch
Dans une ville de Detroit au bord de la faillite, la multinationale OCP tente de remplacer le service de police par une armée privée. RoboCop doit faire face à une nouvelle drogue dévastatrice, le Nuke, orchestrée par le gourou mystique Cain. Pour l’éliminer, l’OCP conçoit un successeur cybernétique encore plus puissant, instable et dopé à la drogue : RoboCop 2.
Notre avis sur ROBOCOP 21
Soyons directs : cet avis sur RoboCop 2 ne sera pas aussi clément que pour l’œuvre séminale de 1987. On sent que le scénario, pourtant co-signé par Frank Miller, a subi les foudres des réécritures et du montage. Le film hésite constamment entre la farce grotesque, la violence graphique décomplexée et une émotion mal dégrossie autour des restes d’humanité d’Alex Murphy. Là où Paul Verhoeven maniait le scalpel, Irvin Kershner utilise une masse : ça tape fort, mais ce n’est pas très précis.
Les atouts majeurs
Visuellement, le film tient encore la route grâce au travail titanesque de Phil Tippett sur l’animation en volume (stop-motion). Le duel final entre RoboCop et la brute d’acier qu’est Cain possède une physicalité organique qu’aucun CGI moderne ne saurait égaler. C’est sale, c’est lourd, et on ressent chaque impact de métal. La satire des publicités et des JT, bien que moins fine que dans le premier, offre quelques moments de cynisme pur savoureux, illustrant une société américaine qui s’auto-dévore sans vergogne.
Les faiblesses et limites
Le principal défaut réside dans son ton schizophrène. L’introduction d’un gamin de 12 ans en chef de gang ultra-violent est une idée typique de Frank Miller qui peine à s’intégrer à l’écran, frôlant parfois le ridicule. De plus, le film multiplie les intrigues secondaires (la grève des flics, les directives absurdes programmées dans Murphy) sans jamais les conclure de manière satisfaisante. On finit par s’épuiser devant cette accumulation de bruit et de fureur qui manque cruellement d’un fil conducteur solide.

La mise en scène / Le jeu
Irvin Kershner, l’homme derrière L’Empire contre-attaque, livre une réalisation carrée mais étrangement impersonnelle. Il semble dépassé par la noirceur du sujet. Peter Weller, quant à lui, reste impérial sous le casque, parvenant à faire passer une mélancolie déchirante par un simple mouvement de menton. C’est d’ailleurs sa dernière prestation dans le rôle avant une longue absence cinématographique. Face à lui, Tom Noonan campe un méchant mystique intéressant mais sous-exploité.
Le saviez-vous ?
- Le tournage fut un calvaire technique, notamment à cause du nouveau costume en fibre de verre, plus bleuté, qui était extrêmement lourd et inconfortable pour Peter Weller.
- C’est le dernier long-métrage d’Irvin Kershner, qui s’éteindra en 2010. Un baroud d’honneur musclé pour un réalisateur qui aura marqué les sagas cultes.
- Le film a récolté trois nominations aux Saturn Awards, saluant notamment les effets spéciaux de l’équipe Tippett / Bottin, véritables magiciens de l’époque pré-numérique.
Conclusion et recommandation
RoboCop 2 s’adresse avant tout aux complétistes et aux nostalgiques des effets spéciaux « à l’ancienne ». S’il reste un divertissement d’action honnête, il échoue à égaler la profondeur philosophique de son prédécesseur. Il marque le début de la fin pour la franchise au cinéma, avant le naufrage du troisième volet. Pour mieux comprendre la place de ce film dans l’histoire, jette un œil à notre dossier 1990 : L’ANNÉE DU BASCULEMENT.
Pistes de réflexion
Peut-on réellement réussir une suite sans le réalisateur original lorsque celui-ci a imposé une vision aussi singulière ? Le passage de témoin entre Paul Verhoeven et Irvin Kershner montre qu’une esthétique similaire ne suffit pas à capturer l’essence d’une œuvre.
À vous de juger
Alors, suite culte ou simple produit dérivé un peu bruyant ?
Ton avis m’intéresse en commentaire !

- Si tu aimes l’action cybernétique plus épurée, replonge-toi dans le chef-d’œuvre original de 1987. ↩︎
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