
Le K.O. technique de la franchise…
Verdict d’entrée
Cinquième round, et on frôle sérieusement l’abandon. Les tentatives de ce volet pour retrouver l’authenticité crasse et le réalisme du premier opus de 1976 sonnent désespérément faux. Englué dans des rebondissements prévisibles, le film plonge la saga dans un marasme indigne du champion. Découvrons à travers cette critique de Rocky V (1990) comment le retour aux sources s’est transformé en véritable chemin de croix cinématographique.
Note : 2/5.
Le pitch
De retour victorieux mais physiquement brisé d’URSS, Rocky Balboa découvre que son comptable l’a ruiné. Contraint de retourner vivre dans les bas-fonds de Philadelphie, l’ancien champion doit raccrocher les gants. Il trouve un nouveau souffle en entraînant Tommy Gunn, un jeune loup ambitieux. Mais les sirènes d’un promoteur véreux menacent rapidement de briser cette fragile dynamique de substitution.
Notre avis sur ROCKY V
Il y a quelque chose de tragique à voir une icône s’effondrer sous le poids de ses propres clichés. Suite directe de Rocky IV (1985) et cinquième itération d’une machine jadis bien huilée, le film tente un virage dramatique qui se prend le mur à pleine vitesse. Notre avis sur Rocky V est sans appel : c’est une œuvre malade, coincée entre le désir sincère de clore la saga (le développement a débuté en 1989 avec l’intention de tuer le personnage) et les exigences frileuses des studios. Le retour de John G. Avildsen, réalisateur oscarisé du premier opus, devait garantir un retour aux sources urbain et viscéral. Au lieu de cela, on assiste à un mélodrame de comptoir, artificiel et lourd, qui tente maladroitement d’effacer les outrances jouissives des années 80 pour faire dans le « social » en carton-pâte.
Les atouts majeurs
Paradoxalement, l’échec du film n’empêche pas quelques rares fulgurances. On retiendra surtout l’émotion sincère qui se dégage de la relation complexe entre Rocky et son fils Robert, interprété par un Sage Stallone touchant et fragile. Sylvester Stallone, lorsqu’il ne force pas le trait du boxeur diminué, parvient encore à insuffler une humanité poignante à ce héros vieillissant, dépassé par une époque cynique qu’incarne parfaitement le promoteur George Washington Duke (un ersatz tapageur de Don King). Enfin, la présence de Burgess Meredith dans un flashback fantomatique agit comme une indispensable et poignante bouffée de nostalgie.
Les faiblesses et limites
Le reste du métrage est un naufrage scénaristique. L’écriture cumule les incohérences béantes et les grossières erreurs médicales (les fameuses lésions cérébrales traitées par-dessus la jambe). Mais le véritable point mort, c’est Tommy Morrison. S’il est un vrai boxeur dans la vie, son interprétation de Tommy Gunn manque cruellement de l’envergure et du charisme d’un Apollo Creed ou d’un Clubber Lang. Le conflit final, une simple bagarre de rue mal chorégraphiée, vient achever la crédibilité d’un long-métrage qui confond drame intime et misérabilisme de pacotille.

La mise en scène / Le jeu
John G. Avildsen filme les rues de Philadelphie (où le tournage s’est déroulé en janvier 1990) sans aucune véritable inspiration. La mise en scène est fonctionnelle, souvent télévisuelle, incapable de retranscrire la rage viscérale des débuts. Devant la caméra, Talia Shire fait ce qu’elle peut avec un personnage d’Adrian réduit à la caution morale larmoyante, tandis que Burt Young (Paulie) recycle ses grimaces habituelles jusqu’à l’usure.
Le saviez-vous ?
- Le scénario original de Sylvester Stallone prévoyait la mort de Rocky Balboa à l’issue de son combat de rue, succombant à ses blessures dans les bras d’Adrian. Les pontes de United Artists s’y sont fermement opposés, jugeant qu’on ne pouvait pas « tuer l’icône », imposant ainsi une fin plus optimiste.
- Sorti le 16 novembre 1990 aux États-Unis, le film fut une déception critique majeure.
- Bien qu’il ait rapporté 120 millions de dollars dans le monde (pour un budget estimé entre 30 et 42 millions), il reste à ce jour le volet le moins rentable de la franchise historique. Il faudra attendre 2006 pour que Sylvester Stallone lave cet affront avec le magistral Rocky Balboa.
Conclusion et recommandation
Uniquement réservé aux complétistes de la saga. Rocky V est une conclusion initialement ratée, sauvée de justesse par l’oubli grâce au volet de 2006. D’ailleurs, si tu veux resituer ce faux pas dans le contexte d’une époque charnière pour le cinéma américain, je t’invite grandement à lire notre dossier 1990 : L’ANNÉE DU BASCULEMENT.
Pistes de réflexion
Peut-on réellement offrir une fin digne à un héros prolétaire quand la franchise est devenue une industrie hollywoodienne ultra-lucrative ? Le compromis artistique est-il le véritable adversaire que Rocky n’a pas su vaincre ici ?
À vous de juger
Et toi, tu penses quoi de ce cinquième round ? Accident industriel ou tentative incomprise ? Lâche ton avis dans les commentaires, on en débat (sans gants de boxe, promis).

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