Drame, Judiciaire, Thriller

RAMPAGE (1986) ★★★✮☆

Temps de lecture : 5 minutes
Michael Biehn en procureur sérieux dans une scène de tribunal du film Le Sang du Châtiment.

Friedkin face au chaos de l’âme…

Le Sang du Châtiment est un film hanté, une œuvre clinique et brutale qui dissèque la mécanique du meurtre de masse. William Friedkin délaisse le spectaculaire pour une réflexion ardue sur la justice et la responsabilité pénale. Découvrons à travers cette critique du film Le Sang du Châtiment (1986) comment un maître du thriller transforme un fait divers sordide en un dilemme moral insoutenable.
Note : 7/10

Anthony Fraser (Michael Biehn), un procureur libéral et opposé à la peine de mort, doit requérir contre Charlie Reece (Alex McArthur), un tueur déséquilibré ayant commis des meurtres d’une sauvagerie inouïe. Confronté à l’horreur des faits et à la douleur des familles, Fraser voit ses convictions vaciller : la monstruosité peut-elle être excusée par la folie ?

William Friedkin n’a pas son pareil pour filmer le « vrai« . La première partie du film, qui dépeint les agissements de Reece, est d’une sécheresse terrifiante. Pas de musique pour souligner l’effroi, juste une caméra qui observe froidement l’horreur. Le réalisateur excelle à instaurer un climat de tension permanente, même au sein d’un tribunal. L’interprétation d’Alex McArthur dans le rôle du tueur est fascinante : il dégage une absence de remords si profonde qu’elle en devient surnaturelle. William Friedkin réussit ici à filmer le vide psychiatrique sans jamais tomber dans la caricature du « fou de cinéma ».

Le film souffre visiblement de ses déboires de production. Le montage semble parfois haché et la transition entre le thriller pur et le drame judiciaire est parfois brutale. On sent que William Friedkin hésite sur le message final (le film a d’ailleurs connu deux fins différentes selon les versions, l’une plus « pro-peine de mort » que l’autre). Cette indécision thématique, si elle sert l’ambiguïté, affaiblit parfois l’impact émotionnel du récit. De plus, les personnages secondaires, notamment la défense, manquent de relief face à la figure imposante du procureur tourmenté.

Le film est inspiré de l’histoire vraie de Richard Chase, le « Vampire de Sacramento« . William Friedkin a d’ailleurs poussé le réalisme jusqu’à utiliser de véritables scanners du cerveau du tueur pour les scènes du procès. Initialement produit en 1986 par Dino De Laurentiis, le film ne sortira qu’en 1992 aux USA après la faillite du studio, avec un montage modifié par Friedkin pour refléter son changement d’opinion personnel sur la peine capitale.

L’imbroglio Dino De Laurentiis : Le film est l’une des victimes collatérales de l’effondrement financier de la DEG (De Laurentiis Entertainment Group), la société du légendaire et mégalomane producteur Dino De Laurentiis. Tourné en 1986, le film est resté prisonnier des tribunaux de commerce après la faillite de Dino en 1988, ce qui explique pourquoi il n’est sorti en salles que six ans plus tard, racheté par Miramax.

Le dilemme moral de Friedkin (1987 vs 1992) : C’est ici que la précision historique devient fascinante. Il existe deux versions radicalement différentes du Sang du Châtiment (1987/1992).

  • Dans la version originale de 1987 (présentée à Boston), le tueur Reece se suicide en cellule, laissant le spectateur sur une note d’impuissance de la justice.
  • Dans la version de 1992, William Friedkin, dont les convictions avaient évolué vers une position pro-peine de mort, a remonté le film : Reece survit, mais le procureur découvre une lettre du tueur prouvant qu’il a simulé sa folie. Un revirement idéologique rare dans l’histoire du cinéma, qui transforme une œuvre sur l’ambiguïté en un réquisitoire implacable.

Ce n’est peut-être pas le William Friedkin le plus abouti techniquement, mais c’est l’un de ses plus personnels et courageux. C’est un film qui refuse les réponses simples. Je le recommande vivement à ceux qui aiment les polars qui font réfléchir longtemps après le générique. Il s’insère parfaitement dans la filmographie d’un cinéaste obsédé par la mince frontière entre le Bien et le Mal.

Le film pose une question toujours d’actualité : la justice doit-elle être un instrument de vengeance ou de réhabilitation ? En nous montrant des scanners cérébraux pour expliquer la folie de Reece, William Friedkin nous confronte à la science face à la morale. Si le mal est biologique, le châtiment a-t-il encore un sens ?

Chef-d’œuvre méconnu ou plaidoyer maladroit ? Le débat sur la peine de mort et la folie criminelle est loin d’être clos, et le film de William Friedkin reste une pièce à conviction majeure dans ce dossier.
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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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