
Le miroir déformant des Reagan eighties…
Verdict d’entrée
Le Clochard de Beverly Hills (1986) est une comédie de mœurs féroce qui s’amuse à dynamiter le confort bourgeois à grands coups de cynisme et de bons sentiments détournés. C’est une œuvre qui, sous ses airs de divertissement léger, dresse un portrait peu complaisant de l’hypocrisie californienne. Découvrons à travers cette critique du film comment un intrus peut devenir le révélateur d’une société en pleine crise existentielle.
Note : 7/10
Synopsis
Jerry Baskin, un clochard au bout du rouleau, tente de se noyer dans la piscine des Whiteman, une famille de Beverly Hills richissime mais dysfonctionnelle. Sauvé par le patriarche, un fabricant de cintres complexé par sa fortune, Jerry s’installe chez eux. En un rien de temps, il devient le gourou de la maison, séduisant tout le monde, du chien dépressif à la maîtresse de maison névrosée.
Les atouts majeurs
Le trio d’acteurs est une pure merveille. Nick Nolte est impérial dans ce rôle de clochard philosophe, sale mais charismatique, qui observe ses hôtes comme des insectes sous un microscope. Richard Dreyfuss excelle dans le rôle du parvenu culpabilisé, et Bette Midler est hilarante en femme riche obsédée par ses thérapies ridicules. La mise en scène de Paul Mazursky capte parfaitement l’esthétique outrancière de l’époque : les villas trop grandes, les couleurs pastels et le vide sidéral des conversations de salon. C’est drôle, mais ça grince juste là où il faut.
Les faiblesses et limites
Le film souffre parfois des travers du cinéma hollywoodien de l’époque : une tendance à arrondir les angles dans le dernier acte pour ne pas trop froisser le public. Là où le film original (Boudu sauvé des eaux) de Jean Renoir en 1932 était radicalement anarchiste, la version de Paul Mazursky finit par être un peu plus consensuelle sur la fin. Certains gags ont un peu vieilli et le rythme traîne parfois en longueur dans la deuxième moitié du récit, perdant un peu de la verve satirique du début.
Le saviez-vous ?
Le chien de la famille, Mike, un Colley atteint de dépression, était en réalité un acteur canin très célèbre nommé Mike the Dog. Il a reçu de meilleures critiques que certains de ses partenaires humains à la sortie du film ! Pour l’anecdote, Little Richard (la légende du Rock ‘n’ Roll) joue un rôle de voisin excentrique et livre une performance mémorable, prouvant que Paul Mazursky n’avait pas peur des mélanges improbables.
Conclusion et recommandation
C’est une comédie intelligente qui se regarde avec un plaisir non dissimulé. Elle complète parfaitement une soirée 1986, offrant un contrepoint social aux blockbusters d’action de l’époque. Si vous aimez voir les riches se faire bousculer par la réalité, c’est le film idéal. Il montre que Paul Mazursky était un fin observateur des travers humains avant que la comédie américaine ne devienne trop aseptisée.
- Source d’autorité : Fiche complète de Down and Out in Beverly Hills sur IMDb.
- Contexte additionnel : Comparatif entre le film de Mazursky et l’original de Jean Renoir sur Criterion.
Pistes de réflexion
Le film pose la question de l’altérité : Jerry est-il vraiment sauvé par les Whiteman, ou est-ce lui qui les sauve de leur propre vacuité ? C’est une critique acerbe de la charité spectacle, où l’on aide son prochain pour se donner bonne conscience tout en l’utilisant comme un accessoire de mode pour pimenter sa vie morose.
À vous de juger
Jerry Baskin est-il un sage ou un opportuniste génial ? Cette immersion dans les piscines de Beverly Hills n’a rien perdu de sa pertinence aujourd’hui. Et vous, accueilleriez-vous un Nick Nolte hirsute dans votre salon ?
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