
Le malaise à l’état pur…
Verdict d’entrée
Henry est une œuvre frontale qui refuse tout spectacle pour filmer le meurtre comme une corvée domestique. John McNaughton signe un film d’une noirceur abyssale, porté par un Michael Rooker d’une froideur spectrale. Découvrons à travers cette critique du film Henry, Portrait d’un Serial Killer (1986) comment le cinéma d’horreur peut atteindre une vérité sociologique terrifiante en évacuant tout artifice hollywoodien.
Note : 8/10
Synopsis
Henry, un vagabond solitaire et meurtrier de sang-froid, s’installe chez un ancien codétenu, Otis, dans les bas-fonds de Chicago. Entre deux massacres aléatoires, il initie son ami à sa dérive sanglante sous les yeux de la sœur d’Otis, Becky. Une plongée sans retour dans le quotidien d’un prédateur humain.
Les atouts majeurs
La force du film réside dans son dépouillement. La mise en scène de John McNaughton adopte un style quasi documentaire, capturant la crasse des appartements et la grisaille urbaine sans jamais styliser la violence. Le génie (macabre) réside dans l’utilisation de la vidéo : la scène où Henry et Otis visionnent le massacre d’une famille qu’ils ont eux-mêmes filmé est l’un des moments les plus insoutenables de l’histoire du cinéma.
Michael Rooker livre une performance monumentale. Il n’est pas un monstre de foire à la Freddy Krueger ; il est l’homme que vous croisez au supermarché sans le voir. Cette absence totale d’empathie, couplée à une banalité effrayante, constitue le véritable moteur de l’effroi. Le film évite le piège du « slasher » pour devenir une étude clinique sur la vacuité de l’âme humaine.
Les faiblesses et limites
Le budget famélique se ressent parfois dans la qualité technique de la pellicule (16mm gonflé en 35mm), donnant un aspect très granuleux qui, s’il sert l’ambiance, pourra rebuter les amateurs d’images léchées. Le rythme est volontairement lent, calqué sur la léthargie de ses protagonistes, ce qui peut provoquer un sentiment de surplace. Enfin, la psychologie de Becky est parfois un peu sous-écrite, servant davantage de contraste moral que de véritable personnage tridimensionnel.
Le saviez-vous ?
Le film est resté « sur l’étagère » pendant trois ans avant de trouver un distributeur courageux. La MPAA (le comité de censure US) voulait lui infliger un classement « X » (réservé au porno) non pas pour son gore, mais pour son « ton moralement dévastateur« . C’est l’un des rares films à avoir été censuré non pas pour ce qu’il montrait, mais pour ce qu’il faisait ressentir.
Conclusion et recommandation
Ce film est un choc nécessaire, une purge pour quiconque pense que l’horreur doit être « amusante« . C’est le chef-d’œuvre de John McNaughton, une pièce maîtresse du cinéma indépendant qui a redéfini les limites de la représentation de la violence. À voir absolument pour comprendre d’où vient le réalisme de certains thrillers modernes, mais à proscrire après un dîner en famille.
- Source d’autorité : Fiche IMDb de Henry: Portrait of a Serial Killer.
- Contexte additionnel : Analyse de la controverse sur la censure du film sur le site de l’American Film Institute.
Pistes de réflexion
Le film interroge notre propre voyeurisme. En nous forçant à regarder à travers l’objectif de la caméra de Henry, John McNaughton nous rend complices. Le tueur n’est plus seulement celui qui agit, c’est aussi celui qui regarde. Est-ce que le cinéma d’horreur, par essence, ne nous transforme pas tous en Otis, spectateurs passifs et fascinés par l’atrocité ?
À vous de juger
Réalisme radical ou voyeurisme gratuit ? Henry continue de diviser par sa sécheresse et son refus de punir son protagoniste par une morale classique. Et vous, avez-vous eu le courage de rester jusqu’au générique de fin ?
La discussion est ouverte en commentaire.

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Très bon celui-ci 🙂 !
Publié par Oriana | 13/02/2026, 16h12Merci !
Publié par Olivier Demangeon | 15/02/2026, 15h00