
Shark movie ou thriller aveugle ?
Note & Verdict d’entrée
Après avoir fait pleuvoir des squales pendant des années avec sa saga Sharknado, Anthony C. Ferrante tente de se racheter une conduite en signant un suspense maritime plus sérieux. Le résultat ressemble hélas à un grand huit rouillé : les intentions de départ sont honnêtes, mais les coutures du scénario craquent de partout face au manque de rigueur technique. On se retrouve coincé entre deux films qui s’annulent mutuellement, réduisant une idée pourtant intrigante à une série B bancale. Découvrons à travers cette critique du film « Blind Waters » (2023) si ce grand requin blanc parvient à masquer les lacunes béantes d’une survie mal dégrossie.
Note : 2/5 (★★☆☆☆)
Le Pitch
En vacances de plongée au large des côtes mexicaines, Valentina et Weston voient leur séjour tourner au cauchemar lorsqu’un prédateur marin fait chavirer leur bateau. Gravement touchée à la tête, la jeune femme perd brutalement une grande partie de sa vision tandis que son compagnon agonise. Réfugiés sur un îlot rocheux, ils pensent être sauvés par un inconnu providentiel, ignorant que ce dernier est un psychopathe en cavale bien plus dangereux que les profondeurs.
Notre avis sur BLIND WATERS
Dans cette tentative de greffer le concept anxiogène de Wait Until Dark sur le schéma classique d’Open Water (2003), le long-métrage cherche à s’extirper des clichés du pur nanar de squales. En effet, la production The Asylum tente ici d’adopter un ton plus premier degré, en misant sur un affrontement psychologique plutôt que sur la farce outrancière. Cependant, le film souffre d’un tiraillement permanent entre ses deux intrigues : d’un côté la terreur sourde d’une cécité soudaine en milieu hostile, de l’autre une traque sanglante aux ficelles trop grosses pour convaincre pleinement.
Les atouts majeurs
Les atouts majeurs résident paradoxalement loin de l’eau. Lorsque l’histoire s’ancre sur la terre ferme et choisit la tension psychologique, le récit retrouve un second souffle. La présence toxique et brutale de Gabe insuffle une réelle menace, bien plus viscérale que les apparitions d’un monstre marin pénalisé par des CGI approximatifs. La confrontation finale, où Valentina est contrainte d’exploiter ses perceptions défaillantes pour survivre face à un prédateur à double visage, ménage des montées d’adrénaline bienvenues. Par ailleurs, la photographie de Jeffrey Carolan surprend agréablement grâce à des prises de vue aériennes au drone et une gestion de la lumière naturelle qui apportent un cadre étouffant et sauvage.
Les faiblesses et limites
Les faiblesses et limites sautent toutefois aux yeux avec la force d’un coup de nageoire. L’exploitation inégale du handicap visuel constitue la plus grosse déception de l’entreprise : promise comme le cœur battant du suspense, cette cécité partielle devient un simple artifice intermittent. L’héroïne semble recouvrer miraculeusement ses repères dès que l’action exige une esquive millimétrée, brisant net l’empathie et la suspension d’incrédulité. De plus, la cohérence des choix de survie frôle le grotesque. Entre l’oubli aberrant d’un smartphone utilisable pendant près d’une heure, des cordages noués en défiant toute logique physique et une gestion fantaisiste des marées, l’écriture accumule les facilités qui désamorcent l’impact dramatique.
La mise en scène / Le jeu
La mise en scène d’Anthony C. Ferrante alterne entre quelques cadrages oppressants et des scènes d’action montées à la hâte. Côté jeu, Meghan Carrasquillo fait ce qu’elle peut pour donner du poids à la détresse de Valentina, bien que ses réactions soient bridées par les incohérences du script. C’est Francisco Angelini qui tire véritablement son épingle du jeu dans le rôle de Gabe : son magnétisme inquiétant et son imprévisibilité offrent au film ses seules véritables minutes de tension palpable, reléguant le requin au rang de simple figurant numérique.

Le saviez-vous ?
- Le film a été produit sous la bannière The Asylum spécifiquement pour le service de streaming gratuit Tubi, dans le cadre de leur ligne de contenus exclusifs « Tubi Originals ».
- Anthony C. Ferrante, réalisateur des six volets de la franchise culte Sharknado, a cherché avec ce projet à réaliser un film de requin au ton résolument sérieux, tranchant avec l’absurdité parodique qui a fait sa notoriété.
- Le tournage a tiré parti de décors naturels côtiers et maritimes réels afin de limiter les fonds verts pour les interactions humaines, confiant l’essentiel des plans larges marins au travail de caméra de Jeffrey Carolan.
- Le compositeur Christopher Cano, collaborateur régulier des productions The Asylum, a conçu une partition minimaliste privilégiant les textures sourdes et les montées de cordes grinçantes pour appuyer le trouble sensoriel de la protagoniste.
Conclusion et recommandation
Pour les amateurs inconditionnels de sharksploitation ou les curieux d’hybrides bis, le visionnage se laisse suivre sans déplaisir pour sa confrontation humaine, même si les amateurs d’angoisse sous-marine réaliste resteront sur leur faim. Pour ne rater aucune de nos analyses affûtées et recevoir nos recommandations sans filtre, rejoins gratuitement et anonymement ma chaîne WhatsApp, directement sur ton smartphone !
Pistes de réflexion
Le mélange des genres au sein du cinéma de genre à petit budget est-il un levier de renouveau ou un piège qui disperse la tension ? En tentant de marier le slasher humain et le survival aquatique, le film pose la question de l’équilibre narratif : la terreur psychologique gagne-t-elle à s’encombrer d’un monstre numérique ?
À vous de juger
La tentative de série B sérieuse d’Anthony C. Ferrante fonctionne-t-elle sur vous, ou la gestion aléatoire de la cécité vous a-t-elle totalement sortis du récit ? Venez déposer votre avis dans l’espace commentaires ci-dessous !

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