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NEWS : By Any Means

Temps de lecture : 4 minutes
Yahya Abdul-Mateen II dans le rôle de l'agent Wayne Strider, debout dans un bureau décati du Mississippi des années 1960, costume gris anthracite, éclairage dramatique à travers les persiennes, atmosphère de polar noir.
L’ombre de la loi. Entre clairs-obscurs et atmosphère étouffante, l’agent Strider fait face aux fantômes institutionnels du Mississippi de 1966.

By Any Means : tension fédérale et alliance morbide dans le Mississippi des sixties…

Porté par un Yahya Abdul-Mateen II magnétique et un Mark Wahlberg en force brute, By Any Means vient de débarquer sur les écrans américains. Réalisé par Elegance Bratton, ce polar historique inspiré de faits réels plonge un jeune agent noir du FBI au cœur d’une enquête périlleuse aux côtés d’un hitman de la mafia. Entre procédure judiciaire à haut risque et radiographie d’une violence institutionnelle étouffante, le film promet de secouer les codes du genre, à condition de ne pas se perdre dans ses propres contradictions morales.

L’intrigue se noue en 1966, dans un Mississippi où la ségrégation et les exactions du Ku Klux Klan font office de loi non écrite. Wayne Strider (Yahya Abdul-Mateen II), agent idéaliste du FBI, se voit imposer une collaboration aussi improbable qu’explosive avec Gregory Scarpa (Mark Wahlberg), un tueur à gages de Brooklyn devenu informateur. Leur mission : élucider les meurtres ciblant les leaders des droits civiques, dont celui incarné par un Giancarlo Esposito aussi charismatique que bref.

Côté technique, le projet s’entoure de noms solides. La direction de la photographie est confiée à Ante Cheng, tandis que le vétéran Terence Blanchard signe une partition jazz fumante, promettant une immersion sonore et atmosphérique de premier ordre. Le scénario de Sascha Penn, issu de la célèbre Black List, tente de marier les beats familiers du thriller criminel à une toile de fond historique lourde de sens.

C’est ici que le bât pourrait blesser, et où ma plume, de retour après une parenthèse forcée, se doit d’être particulièrement vigilante. Si la prémisse d’un duo « flic et voyou » n’est pas nouvelle, le contexte des droits civiques exige une rigueur narrative absolue, loin des facilités scénaristiques. Les premiers échos de la critique pointent un écueil majeur : la tentation d’un « reverse Green Book« , où l’agent noir, d’abord intègre et respectueux des règles, se verrait « éduqué » à la violence par le brute blanc, cette dernière étant présentée comme la seule réponse efficace à l’inhumanité du système.

En tant qu’amateur de polar exigeant, je reste sur mes gardes face à ce type de raccourci qui risque d’aplatir la complexité morale du personnage. On est en droit d’attendre d’Elegance Bratton (révélé par la justesse et la tension de The Inspection) une mise en scène qui ne se contente pas de chorégraphier des affrontements avec une belle image, mais qui interroge véritablement le coût psychologique de cette descente aux enfers.

Yahya Abdul-Mateen II, dont on connaît la capacité à habiter des rôles tourmentés avec une intensité rare, parviendra-t-il à insuffler une véritable ambiguïté à son personnage, ou sera-t-il réduit à faire valoir l’efficacité brutale de son acolyte ? J’espère sincèrement que le film emprunte davantage à la tension paranoïaque et à la complexité des grands thrillers coréens (pensons à la dualité morale de Memories of Murder de Bong Joon-ho) qu’à un manichéisme hollywoodien confortable. La direction artistique et le design sonore de Terence Blanchard devront alors faire le travail de subversion que le scénario pourrait négliger.

By Any Means est sorti sur les écrans américains ce 4 septembre 2026 sous la bannière de Paramount Pictures, et son arrivée en France est à surveiller de très près. Si le casting et l’ancrage historique sont des atouts indéniables, ce polar ne sera jugé que sur sa capacité à traiter son sujet avec la nuance et la colère froide qu’il mérite. On y va avec l’espoir d’une claque cinématographique, mais avec le doigt sur la gâchette de notre esprit critique.


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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