Action, Crime - Policier, Thriller

CONSPIRACY THEORY (1997) ★★★✮☆

Temps de lecture : 6 minutes
Affiche du film Conspiracy Theory avec les visages de Mel Gibson et Julia Roberts.
Mel Gibson et Julia Roberts au cœur du complot.

Paranoïa, taxi et complots d’État…

Mel Gibson en roue libre porte sur ses épaules ce thriller qui fonce à cent à l’heure avant de trébucher sur ses propres conventions. Loin de la mollesse soporifique de certains polars français actuels, on tient là un pur produit des nineties, électrisant mais terriblement imparfait. Découvrons à travers cette critique du film Conspiracy Theory (1997), diffusé en France sous le titre de « Complots« , comment le thriller politique des années 90 a fini par se noyer dans la romance hollywoodienne.

Note : 3.5/5 (★★★✮☆)

Jerry Fletcher, un chauffeur de taxi new-yorkais paranoïaque, inonde ses passagers et son entourage de théories du complot toutes plus absurdes les unes que les autres. Jusqu’au jour où l’une d’entre elles s’avère mortellement exacte. Pourchassé par une organisation gouvernementale obscure, il entraîne avec lui Alice Sutton, une avocate du ministère de la Justice qu’il observe en secret.

Notre avis sur CONSPIRACY THEORY

Si tu espères un thriller implacable de bout en bout, redescends sur terre tout de suite. Conspiracy Theory est le cas d’école du blockbuster schizophrène des années 90, terrifié à l’idée d’assumer sa propre noirceur. Notre avis sur la question est sans appel : Richard Donner tenait un concept en or massif, mais a préféré le noyer dans un sirop hollywoodien parfaitement indigeste. On démarre sur une tension paranoïaque fascinante, magnifiée par un Mel Gibson délicieusement cintré, pour finir dans un banal film de poursuite sous perfusion de bons sentiments. C’est profondément rageant. Au lieu de creuser la folie de son postulat de départ, le film lisse toutes ses aspérités pour ne surtout brusquer personne. Une belle promesse lâchement sacrifiée sur l’autel du divertissement formaté.

En effet le long-métrage de Richard Donner s’appuie sur une prémisse diablement efficace : et si le fou du village avait raison ? Le scénario de Brian Helgeland dialogue intelligemment avec les traumatismes et l’histoire souterraine américaine, louchant du côté du projet MK-Ultra ou du COINTELPRO. L’œuvre utilise brillamment la paranoïa non pas comme un simple gimmick narratif, mais comme une véritable grille de lecture du pouvoir institutionnel, instaurant un climat poisseux de suspicion généralisée durant toute sa première moitié.

Le bât blesse sévèrement lorsque l’intrigue amorce son virage tonal. Le glissement progressif d’une comédie excentrique et paranoïaque vers le thriller d’action standard déséquilibre fatalement le récit. Le troisième acte sacrifie l’originalité glaçante de son postulat pour enchaîner les séquences de poursuites balisées, affaiblissant la tension au profit de résolutions narratives expédiées et bien trop commodes.

Richard Donner maîtrise pourtant son cadre, imposant un rythme de thriller redoutable. Mel Gibson livre ici une performance monumentale, oscillant avec une justesse folle entre la vulnérabilité nerveuse absolue et une intensité dramatique féroce. C’est lui, le véritable pilier du projet. Par ailleurs Patrick Stewart s’amuse à camper un antagoniste clinique et glaçant, offrant un contrepoids parfait à la folie de Mel Gibson. Bien que Julia Roberts tente d’insuffler de l’énergie à Alice Sutton, son personnage demeure cruellement sous-développé, cantonné à un rôle purement réactif. Finalement la romance imposée aux forceps entre les deux protagonistes illustre les pires conventions hollywoodiennes de l’époque, parasitant le cynisme du propos.

Scène de nuit dans une voiture, Julia Roberts au volant regarde la route et discute avec Mel Gibson qui est caché à l'arrière entre les deux sièges.
La paranoïa s’invite à l’arrière : Jerry (Mel Gibson) se cache dans la voiture d’Alice (Julia Roberts).
  • Le réalisateur Richard Donner et Mel Gibson en étaient ici à leur cinquième collaboration, après les succès phénoménaux de la saga L’Arme Fatale et de Maverick.

  • La partition musicale de Carter Burwell intègre d’ingénieux motifs déstructurés pour refléter l’esprit fracturé et chaotique de Jerry Fletcher.

  • L’art équestre en coulisses : Toutes les scènes se déroulant au centre équestre ont été tournées à la Lionshare Farm, située à Greenwich dans le Connecticut. Cette ferme appartient à Peter Leone, un membre de l’équipe équestre des États-Unis. C’est d’ailleurs lui en personne qui a coaché Julia Roberts pour la scène finale du film, où elle galope à travers un champ.

  • L’obsession littéraire : Le scénario intègre brillamment une référence récurrente au roman L’Attrape-cœurs (The Catcher in the Rye) de J.D. Salinger. Le personnage d’Alice finit par remarquer cette étrange obsession littéraire de Jerry, qui rappelle tristement les théories du complot autour de l’assassinat de John Lennon, dont le meurtrier possédait un exemplaire du livre sur lui.

Un thriller recommandable pour les inconditionnels de Mel Gibson et du cinéma d’action des années 90, à condition d’accepter une conclusion qui cède aux sirènes du blockbuster inoffensif. Ce métrage s’inscrit parfaitement dans la mouvance des œuvres de cette décennie charnière ; n’hésite pas à explorer notre dossier 1997 : L’ANNÉE DU SANS-LIMITES pour prolonger l’expérience. Pour rester dans la thématique des duos explosifs sous la caméra de Richard Donner, replonge dans notre critique de L’Arme Fatale.

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Faut-il voir dans cette œuvre une satire acerbe des agences gouvernementales américaines ou un simple produit de divertissement utilisant la subversion comme vitrine ? La frontière entre le cinéma de dénonciation et le cahier des charges hollywoodien a rarement été aussi poreuse.

Et toi, tu penses que la romance gâche le film ou qu’elle apporte un peu d’humanité à la folie de Jerry ?
Balance ton avis dans les commentaires, on en débat en bas !


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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