Action, Crime - Policier, Drame, Thriller

THE DEVIL’S OWN (1997) ★★★☆☆

Temps de lecture : 6 minutes

Affiche officielle du film The Devil's Own (1997) avec Harrison Ford et Brad Pitt de profil.
Harrison Ford et Brad Pitt dans le dernier thriller d’Alan J. Pakula.

Le chant du cygne paranoïaque…

Derrière sa réputation sulfureuse de production chaotique rescapée des pires tourments hollywoodiens, le dernier métrage d’Derrière sa réputation sulfureuse de production chaotique rescapée des pires tourments hollywoodiens, le dernier métrage d’Alan J. Pakula s’impose comme un thriller moral d’une rare noblesse. Loin de la complaisance pyrotechnique qui pollue souvent le genre, le cinéaste signe une œuvre crépusculaire et tendue où l’intime devient le théâtre d’une guerre invisible. Découvrons à travers cette critique du film The Devil’s Own (1997), diffusé en France sous le titre de « Ennemis Rapprochés » comment Alan J. Pakula transforme un polar chaotique en drame moral crépusculaire.

Note : 3/5 (★★★☆☆)

Frank McGuire, un militant activiste de l’IRA traqué, trouve refuge à New York sous une fausse identité chez Tom O’Meara, un policier intègre qui ignore tout de son véritable passé. Accueilli chaleureusement au sein du foyer familial, le combattant clandestin voit sa loyauté politique se heurter à la droiture morale de son hôte lorsque la violence irlandaise rattrape le calme de Brooklyn.

Notre avis sur THE DEVIL’S OWN

Notre avis sur The Devil’s Own (1997) s’articule autour d’un paradoxe fascinant : comment un projet aussi dysfonctionnel sur le papier a-t-il pu aboutir à un drame psychologique aussi poignant ? L’œuvre bénéficie de la patte d’un grand maître du cinéma américain qui préfère l’étouffement lent aux explosions faciles.

En effet, la photographie sombre et feutrée de Gordon Willis, complice historique du réalisateur, confère à l’ensemble une atmosphère automnale quasi funèbre qui tranche habilement avec le tout-venant des blockbusters d’action de la fin des années 90. Par ailleurs, la partition mélancolique de James Horner sublime cette tragédie d’hommes enfermés dans leurs principes, renforçant le sentiment d’inéluctabilité qui plane sur le foyer des O’Meara, transformé en sanctuaire violé1.

Bien que le métrage porte par moments les cicatrices de sa production tourmentée, il conserve une tenue narrative remarquable dans ses deux premiers tiers. Le scénario, malmené par les passages successifs de David Aaron Cohen, Vincent Patrick, Kevin Jarre et Robert Mark Kamen, trahit néanmoins une accumulation de notes d’intentions contradictoires. Finalement, le troisième acte bascule dans une précipitation décevante, où la nuance psychologique cède trop rapidement le pas aux figures imposées du thriller d’action standard, laissant des seconds rôles talentueux comme Margaret Colin ou Rubén Blades sur le bord de la route.

Figure cardinale du paranoia thriller des années 70, Alan J. Pakula livre ici un véritable testament cinématographique en transposant ses obsessions institutionnelles dans l’arène domestique. La surveillance, l’invasion de l’espace privé et le soupçon ne proviennent plus d’un État tentaculaire, mais s’installent au cœur même de la maison familiale, symbole suprême d’une confiance trahie. Sa réalisation sobre et élégante scrute les visages et les silences, laissant la tension éclore du contraste entre l’hospitalité américaine et le cynisme terroriste.

Au centre du dispositif, la dynamique entre Harrison Ford et Brad Pitt fonctionne comme un miroir moral d’une intensité remarquable. Harrison Ford incarne avec une grande justesse ce flic new-yorkais droit dans ses bottes, pilier éthique qui refuse de plier face à la corruption ordinaire. Face à lui, Brad Pitt apporte une vulnérabilité et une mélancolie inattendues à son militant de l’IRA, évitant la caricature du fanatique. Leur affrontement dépasse le simple cadre manichéen pour poser une réflexion profonde sur la paternité symbolique, la loyauté idéologique et les limites de la violence légitime.

Harrison Ford et Brad Pitt jouant au billard dans une scène du film The Devil's Own (1997).
Harrison Ford et Brad Pitt lors d’une partie de billard complice avant que le doute et la violence ne s’installent.
  • Une genèse sous haute tension : Le tournage a débuté sans scénario achevé, provoquant des affrontements épiques sur le plateau. Harrison Ford et Brad Pitt disposaient chacun de versions réécrites favorisant leur propre personnage, amenant Brad Pitt à vouloir quitter le projet avant d’être retenu par ses obligations contractuelles.

  • L’adieu de deux géants : Ce film marque la ultime réalisation d’Alan J. Pakula, décédé tragiquement un an plus tard, ainsi que le tout dernier long-métrage éclairé par le mythique directeur de la photographie Gordon Willis.

  • Les accents de James Horner : Le compositeur James Horner a élaboré pour ce film des motifs celtiques et des arrangements vocaux qu’il perfectionnera quelques mois plus tard pour la bande originale de Titanic (1997).

Sans atteindre la perfection millimétrée des grands chefs-d’œuvre des années 70 du réalisateur, The Devil’s Own reste un polar adulte, humaniste et viscéralement attachant qui mérite amplement d’être réhabilité. Il s’impose comme un jalon représentatif de 1997 : L’ANNÉE DU SANS-LIMITES, à une époque où le cinéma d’action hollywoodien osait encore miser sur des dilemmes moraux complexes et des personnages fracturés.

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Dans quelle mesure la noblesse morale d’un personnage de policier traditionnel peut-elle encore survivre lorsqu’elle est confrontée aux réalités d’une lutte armée étrangère importée sur son propre sol ? Le film interroge la capacité de l’idéalisme américain à comprendre une tragédie historique qui le dépasse.

Avez-vous été convaincu par le face-à-face entre Harrison Ford et Brad Pitt, ou trouvez-vous que les coulisses chaotiques ont définitivement déséquilibré le film ?
Partagez votre avis dans les commentaires !

  1. Pour compléter cet avis sur The Devil’s Own (1997) et explorer d’autres traques policières magistrales portées par Harrison Ford dans les années 90, replongez dans notre analyse de The Fugitive (1993) ou découvrez notre critique de Patriot Games (1992) dans les archives du blog. ↩︎

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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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