
L’adrénaline au bout du fil…
Note & Verdict d’entrée
Sorti dans les salles françaises sous le titre honteux et opportuniste de Le flic de San Francisco, ce polar nerveux de Thomas Carter tente d’arracher Eddie Murphy à sa zone de confort comique. Fini le cabotinage facile : le film mise sur une confrontation brutale et frontale avec un sociopathe d’anthologie. Découvrons à travers cette critique du film Metro (1997) comment ce thriller des années 90 tente de réinventer la figure du négociateur policier au cœur d’une mécanique hollywoodienne redoutablement calibrée.
Note : 3/5 (★★★☆☆)
Le Pitch
Scott Roper est le meilleur négociateur de la police de San Francisco, habitué à désamorcer les crises à coups de bagout et de sang-froid. Mais lorsqu’il croise la route de Greg Korda, un preneur d’otages psychopathe et méthodique, l’affrontement tourne à la vendetta personnelle. Flanqué d’un partenaire novice, Roper va devoir jouer sa vie dans un jeu de dupes mortel.
Notre avis sur METRO
Notre avis sur Metro (1997) repose sur un constat paradoxal : voilà une série B qui transcende sa propre routine scripturale grâce à un affrontement d’acteurs de haute volée. En effet, le cinéma policier de la fin du millénaire regorge de productions standardisées, mais le métrage de Thomas Carter réussit à capter une électricité rare dès que le récit s’enferme en huis clos. Là où la formule hollywoodienne aurait pu sombrer dans l’action décérébrée, le film choisit de valoriser la parole comme une arme à part entière. Par ailleurs, cette tension psychologique s’équilibre avec une brutalité sèche, caractéristique d’une décennie qui refusait encore d’aseptiser ses polars pour le grand public.
Les atouts majeurs
La véritable réussite du film réside dans sa maîtrise suffocante des scènes de négociation, qui constituent son identité profonde et le hissent bien au-dessus du simple buddy-cop. Lorsque Scott Roper se retrouve enfermé dans une banque face à un preneur d’otages survolté, la caméra de Thomas Carter privilégie l’espace confiné, la sueur et le montage ciselé pour installer une tension palpable. C’est dans ce duel psychologique que s’exprime la performance duale et mémorable entre Eddie Murphy et Michael Wincott. Murphy prouve qu’il peut porter un vrai rôle d’action sérieux sans perdre sa verve caractéristique, apportant une gravité inattendue aux moments clés. Face à lui, Michael Wincott élève un antagoniste sur le papier assez stéréotypé en un monstre d’intensité glaciale ; sa voix sépulcrale et son regard de prédateur font de Greg Korda un point d’ancrage terrifiant qui sauve le long-métrage de sa banalité structurelle.
Les faiblesses et limites
Bien que le duel central fonctionne à merveille, le scénario signé Randy Feldman souffre d’un respect paresseux et pesant des conventions du genre. Le film coche mécaniquement toutes les cases du thriller policier des années 90 : le partenaire novice parachuté pour faire valoir, l’arc de vengeance prévisible et un climax explosif qui recycle les clichés pyrotechniques de l’époque sans la moindre surprise. Le personnage de Kevin McCall, incarné par un Michael Rapaport sous-exploité, est relégué au rang de simple accessoire dramatique. De plus, le ton oscille parfois maladroitement entre légèreté comique et noirceur radicale, provoquant des ruptures de rythme qui desservent l’immersion dramatique.

La mise en scène / Le jeu
Thomas Carter emballe son affaire avec une efficacité redoutable, offrant notamment une course-poursuite spectaculaire avec un tramway dévalant les pentes de San Francisco, filmée à l’ancienne et sans artifice numérique envahissant. Derrière la caméra, sa direction technique privilégie la clarté et le dynamisme. Au casting, Eddie Murphy impressionne par sa retenue dramatique, tandis que Michael Wincott vole littéralement chaque scène où il apparaît par sa présence venimeuse. Carmen Ejogo et Michael Rapaport font le métier avec sérieux, même si l’écriture étriquée de leurs personnages limite nettement leur partition.

Michael Wincott a-t-il déjà joué un « gentil » au cinéma ?
Devant sa performance glaciale dans Metro (1997), une question légitime m’a traversé l’esprit : avons-nous déjà vu Michael Wincott incarner un personnage positif sur grand écran ? En effet, avec son regard de prédateur, sa gueule patibulaire et sa voix sépulcrale, Hollywood l’a presque systématiquement condamné à perpétuité au rayon des psychopathes et des crapules sadiques (The Crow, Robin des Bois, prince des voleurs, Les Trois Mousquetaires, 1492…).
Bien que les studios américains fassent rarement preuve d’audace pour l’employer à contre-emploi, l’acteur a tout de même réussi à s’évader de cette prison hollywoodienne à de très rares occasions pour défendre des personnages humains, décents et lumineux :
- Le chef opérateur intègre dans Nope (2022) : Sous la direction de Jordan Peele, il trouve son rôle positif le plus mémorable en incarnant Antlers Holst, un artiste passionné qui risque tout pour aider les héros à capturer le mystère sur pellicule IMAX.
- Le frère moral de Sean Penn dans The Assassination of Richard Nixon (2004) : Dans le rôle de Julius Bicke, il est l’élément stable et bienveillant du récit, tentant désespérément d’éviter le naufrage psychologique de son frère cadet.
- Le mentor artistique dans The Doors (1991) et Basquiat (1996) : Qu’il joue le producteur patient Paul A. Rothchild devant la caméra d’Oliver Stone ou le critique d’art René Ricard chez Julian Schnabel, il troque les armes à feu pour devenir un passeur de talent respecté.
Par ailleurs, même lorsqu’il flirte avec l’illégalité comme dans le western Forsaken : Retour à Fowler (2015), il lui arrive de camper un antagoniste gentleman doté d’un code d’honneur strict. Finalement, son charisme ténébreux et sa gravité naturelle fonctionnent avec la même intensité quand il se retrouve du bon côté du flingue, prouvant qu’il mérite bien mieux que les stéréotypes dans lesquels l’industrie l’a enfermé.
Le saviez-vous ?
- Une poursuite authentique : La fameuse scène du tramway en perdition sur les collines de San Francisco a exigé trois semaines de tournage en décors naturels. L’équipe a utilisé un véritable véhicule sur rails, modifié avec des freins hydrauliques spéciaux pour éviter une véritable catastrophe urbaine.
- Le choix d’Eddie Murphy : Soucieux de changer d’image après l’échec critique du Flic de Beverly Hills 3 (1994), Eddie Murphy a insisté pour que son personnage soit dénué de punchlines burlesques dans les situations extrêmes, s’inspirant de véritables négociateurs du S.F.P.D. rencontrés en pré-production.
- Une bande-son de rockeur : La partition musicale tendue et métallique a été composée par Steve Porcaro, membre fondateur du groupe de rock Toto, qui a cherché à marier percussions industrielles et sonorités urbaines classiques.
Conclusion et recommandation
Finalement, Metro (1996) s’impose comme un thriller d’action très solide, idéal pour les nostalgiques d’un cinéma policier brut et frontal où la tension dramatique reposait encore sur le charisme de ses interprètes. S’il ne réinvente aucun code, il s’inscrit dignement dans le paysage musclé de 1997 : L’ANNÉE DU SANS-LIMITES, marquant une transition fascinante dans la filmographie d’Eddie Murphy.
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Pistes de réflexion
Le cinéma policier américain des années 90 a souvent tenté de fusionner le divertissement grand public avec un portrait plus dur du travail des forces de l’ordre. On peut se demander si l’adhésion stricte aux tropes hollywoodiens de l’époque (le coéquipier, l’ex-petite amie en danger, le méchant insaisissable) ne bridait pas la puissance réaliste que des films comme Metro essayaient d’insuffler dans leurs scènes d’investigation et de négociation.
À vous de juger
Et toi, que penses-tu de cette incursion d’Eddie Murphy dans le polar musclé ?
As-tu été convaincu par son face-à-face glacial avec Michael Wincott ou juges-tu que le film reste prisonnier des clichés de son époque ?
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