
Le blockbuster européen sans complexe…
Note & Verdict d’entrée
Avec Le 5ème élément, Luc Besson signe ici l’un des très rares blockbusters européens capables de regarder Hollywood droit dans les yeux, en substituant l’exubérance pop aux codes austères du space opera américain. Derrière cette débauche sidérante de décors et de créativité visuelle, le fond narratif peine toutefois à masquer une réelle naïveté psychologique. Découvrons à travers cette critique de The Fifth Element (1997) comment le vertige esthétique et plastique parvient à compenser la fragilité d’une écriture taillée comme une bande dessinée.
Note : 4/5 (★★★★☆)
Le Pitch
Au XXIIIe siècle, la survie de la Terre repose sur un mystérieux cinquième élément, seule entité capable de repousser l’invasion du Mal absolu. Incarné par Leeloo, un être parfait et désorienté, cet espoir tombe littéralement dans le taxi volant de Korben Dallas, un chauffeur blasé. Ensemble, ils s’engagent dans une course contre la montre stellaire pour réunir quatre pierres élémentaires vitales.
Notre avis sur THE FIFTH ELEMENT
Formuler un avis équitable sur l’œuvre monumentale de Luc Besson impose de mesurer la portée de son pari industriel pour l’époque. En effet, porter à l’écran un univers de science-fiction d’une telle ampleur, produit en Europe par Gaumont avec un budget record, tenait presque de l’inconscience face au monopole des studios américains. Le cinéaste s’affranchit du naturalisme ambiant pour offrir une fable rutilante, survitaminée et visuellement orgiaque qui refuse catégoriquement la noirceur dystopique. Par ailleurs, cette proposition radicale ne cherche jamais à s’excuser de ses références bédéesques, assumant un mélange détonant entre opéra baroque, polar futuriste et comédie burlesque.
Les atouts majeurs
La grande force de l’œuvre réside dans sa direction artistique, qui dépasse de loin le simple habillage décoratif pour s’imposer comme le véritable moteur narratif du film. Au lieu d’alourdir le récit par d’interminables tunnels d’exposition scénaristique, Luc Besson s’appuie sur le design pour raconter son univers. Les gratte-ciels infinis de New York, les taxis volants et les créatures extraterrestres portent la marque indélébile des dessinateurs Jean-Claude Mézières et Moebius, fondateurs d’une esthétique européenne unique. Les costumes signés Jean-Paul Gaultier renforcent cette identité visuelle extravagante, chaque tenue définissant instantanément la fonction sociale, la décadence ou la folie d’un personnage.
Cette exubérance formelle permet au métrage de se distinguer des productions hollywoodiennes contemporaines, souvent plus strictes et formatées. La célèbre séquence de la Diva Plavalaguna condense à elle seule cette ambition totale : l’opéra lyrique fusionne avec le montage alterné d’une scène d’action viscérale, portée par la partition atypique d’Éric Serra. En faisant de son visuel un langage universel et immersif, le réalisateur prouve la viabilité technique et artistique d’un blockbuster de science-fiction européen à vocation mondiale.
Les faiblesses et limites
Bien que l’enveloppe plastique force l’admiration, le film souffre d’un déséquilibre flagrant entre son gigantisme scénique et l’écriture rudimentaire de ses protagonistes. L’inventivité visuelle ne trouve pas de répondant dans la finesse psychologique d’un scénario souvent à la peine. Leeloo se retrouve trop rapidement cantonnée à un archétype d’ingénue salvatrice à découvrir, tandis que le passé de Korben Dallas manque de chair pour conférer à sa trajectoire une dimension dramatique marquante.
Le principal point de bascule réside dans le traitement des antagonistes et du dénouement. Le machiavélique Zorg, incarné par un Gary Oldman en roue libre, vire régulièrement à la caricature grotesque sans véritablement insuffler de menace tangible. La romance centrale entre Korben et Leeloo s’appuie sur des ressorts convenus, jusqu’à une résolution simpliste où la morale de l’amour sauvant l’univers vient réduire la portée thématique du récit. Les ruptures tonales agressives provoquées par l’humour slapstick de Ruby Rhod (Chris Tucker) viennent parfois diluer la tension au lieu de la nourrir.
La mise en scène / Le jeu
La réalisation de Luc Besson impressionne par sa nervosité, sa fluidité et son sens du cadre en mouvement perpétuel. Sa caméra épouse le dynamisme de la ville verticale comme l’urgence des fusillades à bord du Fhloston Paradise, maintenant un rythme soutenu qui ne laisse aucun temps mort au spectateur. Bruce Willis apporte son charisme indéniable et sa nonchalance attachante, rejouant avec efficacité la partition du héros populaire et récalcitrant qui a fait sa gloire.
Face à lui, Milla Jovovich impose une présence physique sidérante. Elle compose une Leeloo à la fois féline, vulnérable et athlétique, offrant au cinéma de science-fiction l’une de ses figures féminines les plus emblématiques des années 1990. Gary Oldman et Chris Tucker optent pour un surjeu outrancier qui divise : si leur énergie s’intègre au carnavalesque de l’entreprise, elle peut également épuiser par son excès de vociférations. Finalement, c’est cette alchimie de contrastes qui confère à l’ensemble sa personnalité singulière et inimitable.

Le saviez-vous ?
- Le langage divin : La langue parlée par Leeloo a été inventée par Luc Besson lui-même et enrichie par Milla Jovovich pendant le tournage. Elle compte près de 400 mots, et l’actrice comme le réalisateur s’envoyaient des lettres rédigées dans ce dialecte pour en maîtriser la syntaxe.
- Un défilé de haute couture : Le styliste Jean-Paul Gaultier n’a pas fait les choses à moitié : il a conçu personnellement pas moins de 1 000 costumes pour le film, allant des tenues principales jusqu’aux uniformes des figurants en arrière-plan, en ajustant chaque vêtement sur le plateau.
- La note impossible : L’air d’opéra chanté par la Diva Plavalaguna (interprété par la soprano albanaise Inva Mula) contient un enchaînement de notes si rapide et espacé que le compositeur Éric Serra pensait qu’aucune voix humaine ne pourrait le chanter. Il a fallu assembler individuellement certaines notes au montage numérique pour obtenir cet effet surhumain.
Conclusion et recommandation
The Fifth Element (1997) reste une œuvre jalon : une anomalie grandiose qui prouve que le cinéma de genre européen peut rivaliser en ambition et en éclat avec l’Oncle Sam, pour peu qu’il assume sa propre folie visuelle. S’il s’adresse en priorité aux amateurs de science-fiction colorée, d’action trépidante et d’univers pop à la Métal Hurlant, il saura aussi séduire ceux qui recherchent un divertissement d’action généreux et sans cynisme.
Une aventure stellaire emblématique à replacer impérativement dans le cadre de l’article 1997 : L’ANNÉE DU SANS-LIMITES pour comprendre sa folie des grandeurs dans une décennie de transformations techniques. Si tu aimes les univers de science-fiction nerveuse mettant en scène un héros désabusé confronté à une réalité dystopique, nous te recommandons de relire notre critique de TOTAL RECALL (1990) ou de plonger dans l’esthétique cyberpunk de JOHNNY MNEMONIC (1995). Rejoins dès maintenant la chaîne WhatsApp officielle de CritiKs MoviZ pour recevoir toutes nos critiques sans filtre en direct sur ton smartphone, de manière 100 % gratuite et totalement anonyme !
Pistes de réflexion
L’esthétique outrancière et le recours au pastiche de bande dessinée renforcent-ils la singularité d’un blockbuster ou finissent-ils par l’enfermer dans un exercice de style daté ? Le film aurait-il conservé son statut culte avec un traitement narratif plus sombre et moins burlesque ?
À vous de juger
Et toi, considères-tu la prestation de Chris Tucker comme un coup de génie comique ou comme une faute de goût insupportable ?
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Ah, là, là, tu sais que c’est mon film préféré de tous les temps ?! Je le regarde tous les ans et je parviens encore à pleurer devant ❤️
Publié par Vampilou fait son Cinéma | 03/08/2026, 20h16