Drame, Science fiction, Thriller

SUPER 8 (2011) ★★★✮☆

Temps de lecture : 6 minutes
Affiche du film Super 8 avec deux enfants regardant une lumière aveuglante dans la nuit.
La nostalgie des années 80, entre émerveillement et frisson extra-terrestre.

Le syndrome de l’élève modèle…

J.J. Abrams signe avec Super 8 (2011) une lettre d’amour vibrante au Steven Spielberg des années 80, gorgée de nostalgie et portée par des gamins formidables. Mais à force de regarder dans le rétroviseur, le cinéaste oublie parfois de tracer sa propre route, s’embourbant dans les clichés d’un final boursouflé et prévisible. Découvrons à travers cette critique du film comment le merveilleux scientifique se heurte malheureusement aux limites créatives du blockbuster hollywoodien contemporain.

Note : 3.5/5 (★★★✮☆)

Été 1979, petite ville de l’Ohio. Un groupe d’adolescents passionnés de cinéma tourne un film amateur en Super 8 lorsqu’ils assistent au déraillement apocalyptique d’un train militaire. Peu après, des disparitions inexplicables frappent la communauté locale. En enquêtant avec leur caméra, les jeunes amis vont vite découvrir que la chose échappée du train n’a rien d’humain.

Notre avis sur SUPER 8

Poser un avis sur Super 8 (2011) revient inévitablement à disséquer son inséparable ADN spielbergien. J.J. Abrams a manifestement potassé ses classiques, de E.T. (1982) aux Goonies (1985), et le résultat visuel est indéniablement séduisant. Dès les premières séquences, on est happé par cette esthétique rétro magnifiquement léchée, cette banlieue pavillonnaire brumeuse et ce filtre d’innocence qui flatte notre nostalgie collective. L’intelligence du récit est de masquer son thriller fantastique derrière un drame intime particulièrement tendre. C’est brillant et très immersif, mais le cinéphile exigeant ne pourra s’empêcher de trouver l’exercice de style parfois trop scolaire. Le réalisateur semble si obsédé par son devoir de révérence qu’il peine à s’affranchir de son modèle pour insuffler une véritable singularité à son propre mythe.

La plus grande force de l’œuvre réside indéniablement dans sa dimension émotionnelle viscérale et son regard infiniment respectueux sur le passage à l’âge adulte. En utilisant le tournage de ce petit film de zombies en Super 8 (2011) comme mise en abyme, J.J. Abrams capte une candeur rafraîchissante qui ancre le récit dans le réel. Le groupe d’amis est formidablement écrit, leurs dynamiques sonnent d’une justesse implacable, tissant des liens d’amitié auxquels on croit immédiatement. C’est cet ancrage dramatique, notamment l’exploration frontale et pudique du deuil à travers le personnage de Joe, qui élève le long-métrage bien au-dessus de la banale série B de monstres. La musique enveloppante de Michael Giacchino sublime ce tableau en calquant judicieusement les envolées symphoniques de John Williams, créant une atmosphère où le merveilleux côtoie la tension paranoïaque.

Hélas, la machinerie s’enraye cruellement lors du fameux troisième acte. Là où le mystère, le hors-champ et la suggestion faisaient des merveilles dans la première heure, la révélation de la créature et l’inévitable escalade pyrotechnique viennent diluer la finesse initiale. Le scénario bascule brutalement dans le spectacle de studio le plus conventionnel, empilant les clichés avec une facilité déconcertante. On assiste au défilé redouté des militaires caricaturaux et incompétents, aux destructions massives gratuites, pour aboutir à un monstre finalement beaucoup trop explicatif. Ce glissement vers le blockbuster stéréotypé vient saboter le rythme de l’intrigue, qui souffrait déjà d’un essoufflement dans son ventre mou. Pour ne rien arranger, les adultes du casting restent prisonniers d’archétypes purement fonctionnels, incapables de nuancer cette conclusion boursouflée.

Sur le plan de la mise en scène, J.J. Abrams confirme son indéniable maestria technique. Sa réalisation est d’une fluidité redoutable, maniant le lens flare avec son obsession habituelle pour sublimer l’obscurité poétique de cette banlieue ouvrière. La séquence du déraillement est un modèle absolu de découpage et de design sonore qui te cloue au siège. Mais le véritable tour de force demeure sa direction de casting. Ces gamins portent le film sur leurs frêles épaules avec un naturel désarmant. Joel Courtney crève l’écran par sa vulnérabilité silencieuse, tandis qu’Elle Fanning impose déjà un charisme magnétique fascinant. En revanche, les adultes comme Kyle Chandler sont malheureusement sacrifiés sur l’autel d’une écriture très (trop) binaire.

Six jeunes adolescents aux visages sales regardant un événement hors-champ avec stupeur dans la nuit.
L’innocence face au chaos : le jeune casting crève l’écran.

J.J. Abrams a façonné Super 8 (2011) en fusionnant deux de ses scripts inachevés : l’un centré sur des gamins faisant du cinéma amateur, l’autre sur un monstre extraterrestre dévastateur.
Par ailleurs, le fameux court-métrage « The Case« , tourné par les enfants tout au long de l’intrigue, n’est pas qu’un simple ressort narratif : il a été intégralement réalisé et diffusé pendant le générique de fin.

Enfin, dans la pure tradition du secret imposée par la production Bad Robot (comme pour Cloverfield), le design de la créature a été jalousement dissimulé jusqu’à la sortie en salles pour préserver l’effet de surprise intact.

Super 8 (2011) s’impose comme une œuvre hybride extrêmement attachante. Elle est calibrée tant pour les adolescents avides de grand spectacle que pour la génération nourrie aux productions Amblin. S’il échoue à réinventer la science-fiction à cause de ses compromis narratifs finaux, il n’en reste pas moins un formidable « feel-good movie » fantastique. Une madeleine de Proust imparfaite, mais diablement sincère.

Jusqu’à quel point la nostalgie cinéphilique peut-elle servir de moteur créatif avant de se transformer en camisole esthétique ? Face à ce type d’hommage, on est en droit de se demander si le cinéma hollywoodien n’est pas condamné à recycler sans fin la grammaire des années 80 pour rassurer un public effrayé par l’émergence de nouvelles mythologies originales.

Et toi, as-tu été emporté par cet hommage assumé à Steven Spielberg ou l’as-tu trouvé trop artificiel et copié-collé ? Le grand final explosif t’a-t-il convaincu ou as-tu ressenti la même déception face à ces clichés ? Balance ton point de vue en commentaire, on en débat tout de suite !


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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