Action, Comédie, Crime - Policier, Drame, Thriller

AFTER HOURS (1985) ★★★★✭

Temps de lecture : 6 minutes
Affiche du film After Hours de Martin Scorsese avec la tête de Griffin Dunne coincée sur une horloge géante.
Quand le temps devient ton pire ennemi : l’affiche culte d’After Hours (1985).

Le cauchemar a du génie…

Martin Scorsese troque les flingues de la mafia pour la paranoïa d’une nuit blanche new-yorkaise, et le résultat est un chef-d’œuvre de comédie noire. En effet, ce voyage au bout de l’enfer urbain transforme les angoisses d’un col blanc anonyme en une course-poursuite kafkaïenne absolument jubilatoire. Découvrons à travers cette critique de After Hours (1985) comment le cinéaste a transformé le quartier de SoHo en un labyrinthe sadique et fascinant.

Note : 4.5/5 (★★★★✭)

Paul Hackett, un informaticien sans histoire au quotidien d’un ennui mortel, rencontre la mystérieuse Marcy dans un café. Séduit, il décide de la rejoindre plus tard dans la soirée dans son appartement de SoHo. Mais après avoir perdu son unique billet de 20 dollars par la fenêtre d’un taxi fou, Paul se retrouve piégé dans un quartier devenu hostile, où chaque rencontre fortuite se transforme en un piège absurde et inextricable.

Notre avis sur AFTER HOURS

After Hours (1985) occupe une place à part, presque miraculeuse, dans la filmographie de Martin Scorsese. Réalisé après le coup d’arrêt de son projet La Dernière Tentation du Christ par la Paramount, ce long-métrage s’apparente à une thérapie par le chaos. Notre avis sur After Hours est sans appel : libéré des contraintes des gros studios, le réalisateur accouche d’un thriller onirique et burlesque d’une efficacité redoutable, qui capture mieux que quiconque l’aliénation moderne des années 80.

Le film excelle avant tout dans son esthétique de la paranoïa urbaine. Martin Scorsese utilise le cadre de SoHo – qui à l’époque n’était pas encore le repaire ultra-gentrifié pour milliardaires qu’il est devenu, mais un dédale d’ateliers d’artistes sombres et d’entrepôts menaçants – pour concevoir un enfer à ciel ouvert. La lumière expressionniste, magnifiée par la photographie contrastée de Michael Ballhaus, isole constamment le protagoniste au milieu de décors disproportionnés et d’ombres projetées. Le montage haletant et ultra-nerveux de Thelma Schoonmaker accentue ce sentiment d’asphyxie : chaque coupe est un couperet, chaque mouvement de caméra brusque mime les sursauts d’un Paul Hackett pris au piège. Par ailleurs, la fonction narrative du hasard et des coïncidences est ici exploitée de manière structurelle et brillante. Le scénario de Joseph Minion transforme l’absurde en une fatalité mythologique. Le billet perdu, les clés qui tombent du ciel, l’artifice des sculptures en plâtre : tout s’imbrique pour dessiner une prison invisible où la métropole moderne punit l’audace de l’homme ordinaire qui a osé sortir de sa routine.

Si la mécanique narrative s’avère d’une précision d’horloger, elle impose en contrepartie un compromis évident entre l’efficacité du burlesque et la profondeur psychologique des personnages. Paul Hackett n’est qu’un archétype, une marionnette désarticulée ballottée par les événements, ce qui empêche une réelle introspection. De plus, les figures secondaires féminines (Marcy, Kiki, June, Teri) ou les cambrioleurs loufoques frôlent parfois la caricature outrancière. Les coïncidences narratives, bien que délibérément absurdes pour appuyer le propos sur la perte de contrôle, pourront agacer ceux qui cherchent une logique réaliste stricte. Le rythme effréné, bien que virtuose, ne s’arrête jamais et laisse finalement très peu de place à la respiration du spectateur.

Griffin Dunne est tout simplement prodigieux en Yuppie dépassé. Son visage, qui passe de l’assurance tranquille à la terreur pure, maintient le film sur le fil du rasoir entre la comédie et l’effroi. Face à lui, la distribution féminine est incandescente : Rosanna Arquette insuffle une mélancolie vaporeuse et dérangeante, tandis que Linda Fiorentino incarne une dominatrice artistique mémorable. Derrière la caméra, Martin Scorsese fait preuve d’une virtuosité technique ludique. Il filme les objets du quotidien (un presse-papiers, des clés, des tasses à café) avec des angles aberrants et des gros plans agressifs, leur conférant une aura maléfique.

Gros plan sur le visage transpirant et affolé de Griffin Dunne les yeux écarquillés dans After Hours.
Le regard de la pure paranoïa urbaine : Griffin Dunne au bout du rouleau.

Un projet chipé à Tim Burton : À l’origine, c’est le jeune Tim Burton qui devait réaliser le film. Quand Martin Scorsese, alors en pleine dépression artistique, a manifesté son intérêt pour le script, Tim Burton s’est élégamment retiré par respect pour le maître.

  • L’art et la bande-son : Les décors du loft de Kiki sont truffés de véritables œuvres d’art contemporaines de l’époque. Quant à la musique signée Howard Shore, elle utilise des sonorités synthétiques mélangées à des bruits d’horloge pour matérialiser le temps qui s’écoule et qui oppresse Paul.

  • La scène du taxi : Pour la scène vertigineuse où le taxi roule à tombeau ouvert dans les rues désertes, Michael Ballhaus a utilisé des techniques de caméra embarquée novatrices pour donner une sensation de vitesse irréelle, traduisant visuellement le basculement immédiat du héros dans une autre dimension.

After Hours (1985) est indispensable pour tout cinéphile qui souhaite comprendre la transition esthétique des années 80. C’est un voyage cauchemardesque à savourer pour son humour noir féroce et sa mise en scène au cordeau. Bien que moins cité que Taxi Driver (1976) ou Les Affranchis (1990), il reste l’une des propositions les plus subversives et réjouissantes de son auteur sur la faune new-yorkaise. Un indispensable de cette décennie de cinéma. Rejoins la chaîne WhatsApp CritiKs MoviZ : c’est gratuit, 100 % anonyme et tu reçois mes derniers verdicts ciné direct sur ton smartphone ! Pour mesurer à quel point cette œuvre s’inscrit dans une période charnière et foisonnante du cinéma mondial, va jeter un œil à notre dossier spécial sur 1985 : L’ANNÉE TURBO.

Le film peut se lire comme une critique féroce du puritanisme américain et des angoisses de castrations de l’homme moderne face à des femmes qui refusent d’entrer dans des cases rassurantes. Paul cherche une aventure sexuelle facile et codifiée, et la ville lui renvoie ses propres névroses sous la forme d’un châtiment absurde. Ne sommes-nous pas tous des Paul Hackett, esclaves d’un confort moderne qu’un simple incident de transport peut faire voler en éclats ?

Et toi, as-tu déjà vécu une nuit où absolument tout a déraillé ?
After Hours (1985) te donne-t-il la même angoisse que le métro parisien ou les ruelles sombres ?
Laisse ton commentaire ci-dessous, on en débat !


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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