Ciné-Asia, Comédie, Fantastique, Japon, Science fiction, Time Loop

RIVER (2023) ★★★✮☆

Temps de lecture : 5 minutes
Affiche du film River. Des personnages en kimono montent les marches d'un sanctuaire japonais sous la neige.
Une course contre le temps au cœur d’un sanctuaire enneigé : l’affiche intrigante de « River« .

Le temps s’écoule, mais stagne…

Junta Yamaguchi nous livre une fresque aquatique où le temps refuse de suivre son cours normal, préférant s’enrouler sur lui-même dans un murmure mélancolique. C’est une œuvre qui demande de poser son cerveau d’Occidental pressé pour accepter une dérive sensorielle parfois frustrante, mais indéniablement habitée. En effet, découvrons à travers cette critique de River (2023) une exploration métaphysique de la mémoire qui coule entre les doigts du spectateur.

Note : 3.5/5 (★★★✮☆)

Dans l’atmosphère feutrée d’une auberge centenaire à Kibune, le personnel et les clients se retrouvent piégés dans une boucle temporelle de deux minutes. Tandis que l’eau de la rivière voisine continue de couler imperturbablement, les protagonistes tentent de comprendre l’origine de ce phénomène paranormal qui les force à revivre sans cesse les mêmes instants, révélant des regrets enfouis.

Notre avis sur RIVER

Notre avis sur River (2023) est celui d’une fascination polie pour un exercice de style qui frise l’épure absolue. Junta Yamaguchi, déjà remarqué pour son ingéniosité avec Beyond the Infinite Two Minutes, change ici de braquet esthétique. Bien que l’idée de la boucle temporelle soit un trope usé jusqu’à la corde par Hollywood, le cinéaste japonais l’utilise ici comme un scalpel pour disséquer le deuil et la stagnation émotionnelle. Le film ne cherche pas l’efficacité du thriller, mais la vibration d’un poème visuel.

La maîtrise atmosphérique est, par ailleurs, le véritable tour de force du film. Junta Yamaguchi transforme le cours d’eau en un personnage à part entière, dont le clapotis dicte la cohérence philosophique de l’ensemble. La photographie épurée et la partition minimaliste de Koji Takimoto créent un écrin de sérénité trompeuse qui intensifie la tension psychologique. La fonction symbolique de l’eau, traitée comme une métaphore vibrante de la mémoire, permet au film de résonner bien au-delà de son concept initial. C’est un cinéma de la présence physique où chaque geste, chaque regard des acteurs, notamment la retenue de Riko Fujitani, pèse plus lourd que les mots.

On ne va pas se mentir : le scénario abuse parfois de l’ellipse, sacrifiant une lisibilité narrative pourtant nécessaire au profit d’une abstraction qui finit par déconcerter. Ce choix dramaturgique crée un obstacle réel à l’engagement émotionnel du spectateur. Finalement, le rythme volontairement lent, bien que cohérent avec la proposition esthétique, frôle la stagnation pure et simple. On a parfois l’impression de faire du surplace avec les personnages, et les figures secondaires manquent cruellement de relief pour ancrer véritablement le récit dans une réalité tangible.

Portrait de profil de Riko Fujitani en kimono noir et rose devant un muret de pierre moussue dans le film River.
Riko Fujitani, une présence magnétique qui tente de figer le temps dans le cadre enchanteur de Kibune.

Junta Yamaguchi orchestre ses boucles avec une précision de métronome, évitant l’écueil du répétitif assommant grâce à une science du cadre remarquable. Les comédiens, issus pour beaucoup de la troupe de théâtre Europe Kikaku, insufflent une énergie organique qui contrebalance la rigidité du concept de science-fiction. Riko Fujitani porte le film sur ses épaules avec une fragilité qui n’exclut jamais une forme de force tranquille, typique du jeu japonais contemporain que j’affectionne tant.

Le film a été tourné à Kibune, près de Kyoto, dans des conditions hivernales réelles. L’équipe a dû composer avec d’importantes chutes de neige qui n’étaient pas prévues au scénario initial, ce qui a forcé Junta Yamaguchi à réadapter certains plans pour intégrer ce manteau blanc, renforçant finalement l’aspect « hors du temps » de l’auberge.

River s’adresse aux amateurs de fantastique contemplatif et aux amoureux du cinéma nippon qui privilégie l’âme à l’action. On est loin de l’efficacité d’un polar de Hong Kong, mais plus proche d’une méditation zen sous acide. C’est une expérience sensorielle exigeante, mais profondément authentique.

Le choix de l’implicite renforce-t-il la portée poétique ou n’est-il qu’une pirouette pour masquer un manque de densité narrative ? On peut se demander si la lenteur n’est pas ici le seul moyen de nous faire ressentir l’inéluctabilité du passé qui nous hante.

N’hésitez pas à laisser un commentaire pour partager votre vision de ce conte temporel.


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

Discussion

2 réflexions sur “RIVER (2023) ★★★✮☆

  1. Avatar de princecranoir

    Très jolie critique qui fait bien plus que passer le temps. ⛩️

    Tout comme ce film d’ailleurs qui, par son dispositif étonnant et facétieux, nous invite à envisager tout un champ de possibles. Deux minutes, c’est très court, et évite à mon sens de trouver le temps long. Mais je peux comprendre que l’aspect répétitif puisse générer une lassitude.
    Néanmoins, il me semble que la mise en scène toute en plan-sequence permet d’échapper à cet écueil de l’enlisement, trouvant sans cesse une formule qui remotive le récit. Il y a un côté manga dans cette approche naïve et légère, qui ne fait pas que laisser couler l’eau sous le pont, mais se nourrit de sa fraîcheur.

    J’ai détaillé davantage dans mon article, et je te livre là mon ressenti à partir du souvenir que j’ai du film.
    Ta critique souligne d’ailleurs les belles qualités de ce petit moment rafraîchissant au pays du ⛅ levant. 👏

    Publié par princecranoir | 07/05/2026, 13h01
    • Avatar de Olivier Demangeon

      Salut Florent, ravi de te lire !

      Tu touches un point central : ce fameux dispositif du plan-séquence. Selon moi, c’est ce qui sauve le film d’un surplace qui aurait pu être fatal. Là où beaucoup y verraient une coquetterie technique, le réalisateur l’utilise comme un moteur de relance perpétuel. C’est ce « mouvement dans l’immobilité » qui donne au film cette fraîcheur dont tu parles.

      Bien que je sois un peu plus réservé que toi sur l’aspect « naïf et léger » — mon côté cynique y voit parfois une ellipse un peu trop commode pour masquer certains manques de densité, cela dit, je te rejoins sur cette énergie très « manga » dans le découpage et l’esprit.

      Merci pour ce retour éclairé, je vais immédiatement jeter un œil à ton article pour voir comment nos souvenirs divergent (ou se rejoignent) sur le final !

      Publié par Olivier Demangeon | 07/05/2026, 18h08

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