Crime - Policier, Drame, Horreur, Slasher, Thriller

THE HOUSE THAT JACK BUILT (2018) ★★★★☆

Temps de lecture : 5 minutes
Matt Dillon, le visage partiellement masqué derrière une vitre givrée, regarde fixement. Affiche de The House That Jack Built.
Jack (Matt Dillon), l’architecte du crime, vous observe.

L’art de tuer en beauté…

Lars von Trier livre ici son testament provocateur, une œuvre chirurgicale et narcissique qui transforme le meurtre en installation de musée. C’est brillant, insupportable et profondément misanthrope. Découvrons à travers cette critique de The House That Jack Built (2018) comment le cinéaste danois autopsie la création artistique par le prisme de la barbarie.
Note : 4/5 (★★★★☆)

Dans les années 70, aux États-Unis, nous suivons Jack, un ingénieur brillant mais psychopathe, sur une période de douze ans. À travers cinq « incidents » majeurs qu’il confesse au mystérieux Verge, Jack expose sa vision du crime comme une forme d’art ultime. Chaque meurtre devient une pierre à l’édifice de sa « maison », dans une quête de perfection esthétique qui le mènera aux portes de l’enfer.

Notre avis sur THE HOUSE THAT JACK BUILT

S’aventurer dans un film de Lars von Trier, c’est accepter de se faire bousculer dans ses certitudes morales. Notre avis sur The House That Jack Built est qu’il s’agit d’une œuvre somme, un miroir déformant où le réalisateur projette ses propres démons. En effet, le film ne se contente pas de raconter les méfaits d’un tueur en série ; il dresse un parallèle audacieux entre l’architecte et le destructeur, interrogeant la légitimité de l’art à se nourrir du chaos.

Le pilier central du film est sans conteste l’esthétisation de la violence. Lars Von Trier ne filme pas le sang pour le plaisir du gore gratuit (même si certains passages sont éprouvants), mais pour questionner la création. Jack ne voit pas des cadavres, il voit des matériaux, des compositions visuelles. Cette réflexion métaphysique est portée par une mise en scène d’une précision clinique, alternant entre réalisme cru et fulgurances oniriques. La photographie, tantôt terne tantôt saturée, souligne parfaitement cette dualité entre la grisaille du quotidien et la « grandeur » délirante des crimes de Jack.

Bien que fascinant, le film souffre d’une structure narrative fragmentée qui impose un rythme délibérément lent. Les digressions philosophiques et les inserts de stock-shots (allant de Glenn Gould à l’architecture nazie) frôlent parfois le didactisme pédant. Par ailleurs, la représentation des femmes est problématique : elles sont souvent réduites à des proies stupides ou des archétypes symboliques, ce qui peut donner l’impression d’une provocation facile, voire d’une misogynie latente que le film ne parvient pas toujours à justifier par son propos satirique.

Matt Dillon dans The House That Jack Built (2018)
Matt Dillon dans The House That Jack Built (2018)

Matt Dillon trouve ici le rôle de sa vie. Son interprétation de Jack est glaciale, habitée par un mélange de politesse banale et de démence absolue. Face à lui, la voix (et l’ombre) de Bruno Ganz apporte une sagesse mélancolique indispensable pour tempérer l’arrogance du protagoniste. La direction d’acteur est impeccable, rendant chaque confrontation psychologique aussi tendue qu’une scène de crime.

  • Le film a provoqué un exode massif lors de sa projection à Cannes en 2018, avec plus d’une centaine de spectateurs quittant la salle avant la fin.

  • La « maison » que Jack tente de construire est une métaphore directe de la filmographie de Lars von Trier, chaque incident représentant une étape de son évolution artistique.

  • La bande originale utilise de manière ironique « Fame » de David Bowie, soulignant le désir de reconnaissance et de célébrité de Jack à travers ses horreurs.

C’est un film pour les spectateurs qui aiment être mis au défi, loin des thrillers formatés. Il s’adresse à ceux qui acceptent que le cinéma soit un laboratoire d’idées sombres. Un slasher intellectuel qui ne laisse personne indemne. Si tu as aimé cette plongée dans la psyché d’un tueur, je te conseille de jeter un œil à notre dossier sur Henry: Portrait of a Serial Killer (1986).

La transgression peut-elle encore être un outil critique en 2018, ou n’est-elle plus que l’ultime refuge d’un cinéaste narcissique ? En nous forçant à regarder la beauté dans l’horreur, Lars von Trier nous rend complices de Jack. Sommes-nous, nous aussi, des architectes de ce chaos ?

Jack est-il un génie incompris ou juste un monstre pathétique ?
Dis-moi ce que tu en penses en commentaire.


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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