Dossier, Serial Killers

DOSSIER : SERIAL KILLERS

Temps de lecture : 9 minutes
Vue en portrait vertical d'une couverture de dossier exclusif pour le blog CritiKs MoviZ. Une pile de vieux dossiers en carton est estampillée "DOSSIER : SERIAL KILLER". Le dossier principal est ouvert, révélant des pellicules de film noir et blanc de suspects et de scènes de crime. Le logo complet de CritiKs MoviZ est apposé sur la couverture du dossier principal. Ambiance de bureau de détective néo-noir avec une lampe et un téléphone vintage.
Dossier Exclusif CritiKs MoviZ : Quand le cinéma autopsie le monstre. Une enquête transcontinentale.

Trois regards sur le crime : la psychopathologie à l’écran…

Le tueur en série au cinéma n’est pas qu’un simple moteur de suspense ; c’est un miroir déformant tendu à nos névroses collectives. Si Hollywood a industrialisé le profilage pour en faire un duel intellectuel, l’Asie a répondu par une fureur viscérale qui renvoie les experts du FBI à leurs chères études. Pour ce dossier, on oublie la tiédeur des productions hexagonales — incapables de filmer le Mal sans tomber dans le pathos ou le téléfilm policier — pour se concentrer sur le triangle d’or de la traque : USA, Corée du Sud et Hong Kong.

Le genre ne se filme pas de la même manière à Séoul qu’à Los Angeles ou Kowloon. En effet, chaque culture infuse ses propres démons dans la mise en scène du crime. Alors que l’Occident cherche à rationaliser le monstre par la science, l’Orient le traite souvent comme un symptôme d’une société en pleine décomposition.

1/. États-Unis : La clinique du crime et l’illusion du contrôle

Aux USA, le Mal est une équation. Le cinéma américain a transformé le tueur en puzzle intellectuel, une approche qui a culminé dans les années 90.

  • L’approche documentaire et radicale : Avant que le genre ne devienne une formule, il y a eu HENRY: PORTRAIT OF A SERIAL KILLER (1986). Issu de L’ANNÉE DU FRISSON, le film de John McNaughton refuse toute stylisation. Pas de musique héroïque, pas de génie du mal à la Hannibal Lecter. Juste la banalité crasseuse d’un prédateur. C’est un film qui ne cherche pas à plaire, mais à témoigner de la vacuité du Mal.

  • La traque cérébrale : Avec BONE COLLECTOR (1999), on entre dans l’ère du profilage grand public. Le tueur est un défi logistique. On retrouve cette dynamique dans MINDHUNTERS (2004), où Renny Harlin s’amuse avec les codes de la psychologie criminelle pour livrer un huis clos nerveux.

  • L’échec de la formule : Bien que les codes soient établis, le manque de vision mène au naufrage. HANGMAN (2017) en est le triste exemple : un script paresseux qui croit que citer des classiques suffit à en devenir un.

2/. Corée du Sud : La fureur des invisibles et le trauma national

Si vous lisez régulièrement CritiKs MoviZ, vous savez que pour nous, le trône appartient à Séoul. Le cinéma coréen a réinventé le genre en y injectant une dose massive de nihilisme et de critique sociale.

  • Le chef-d’œuvre de la démesure : J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE (2010). Kim Jee-woon ne filme pas une enquête, il filme une perte d’humanité. Ici, la vengeance est un poison qui transforme le héros en monstre. La mise en scène est d’une beauté terrifiante, chaque plan est une leçon de cinéma.

  • L’impuissance et la sueur : Dans THE CHASER (2008), Na Hong-jin dépeint une police sclérosée. Le rythme est implacable, c’est une course contre la montre où la bêtise humaine est aussi dangereuse que le tueur.

  • La mémoire qui flanche : MEMOIR OF A MURDERER (2017) est sans doute l’un des scénarios les plus brillants de la décennie. Utiliser l’Alzheimer pour brouiller les pistes dans un duel de tueurs est un coup de génie narratif.

  • L’hybridation totale : Du suspense sensoriel de BLIND (2011) ★★★★☆ au choc des titans dans THE GANGSTER, THE COP, THE DEVIL (2019) ★★★★☆, la Corée ne se repose jamais sur ses lauriers.

3/. Hong Kong et Chine : L’esthétique du néon et du désespoir

À Hong Kong, le tueur en série est souvent une figure de l’ombre, noyée dans une ville qui ne dort jamais.

  • La mélancolie urbaine : UNE PLUIE SANS FIN (2018) illustre cette approche où le climat et la ville deviennent des personnages étouffants. Le tueur n’est qu’un symptôme de la grisaille industrielle.

  • Le traumatisme passé : Des œuvres comme FATAL INTUITION (2015) ou MAN OF VENDETTA (2010) explorent le lien entre le crime et le deuil, souvent avec une touche de mysticisme typiquement asiatique.

Pour comprendre l’impact de ces films, il faut analyser les outils que les réalisateurs utilisent pour nous manipuler.

L’espace comme personnage

Dans le cinéma américain, l’espace est souvent clinique (les sous-sols de Se7en, les bureaux vitrés de Manhunter). En Corée, l’espace est organique et hostile. La boue de MEMORIES OF MURDER (2003) (notre dossier 1990 et suite) ou les ruelles bondées de Séoul dans The Chaser créent un sentiment de claustrophobie en plein air.

L’ambiguïté morale

C’est ici que le cinéma asiatique l’emporte. Par ailleurs, là où Hollywood a souvent besoin d’un héros vertueux pour rassurer le spectateur, la Corée nous livre des personnages borderline. Dans V.I.P. (2017), le tueur est protégé par la diplomatie, rendant la quête de justice presque absurde.

Voici une sélection de films qui traitent directement ou indirectement des serial killers, et dont l’analyse complète est disponible sur le blog.

  1. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE (2010) ★★★★★ :
    Le chef-d’œuvre de Kim Jee-woon. Une traque qui se transforme en autopsie de la haine.
  2. MEMOIR OF A MURDERER (2017) ★★★★★ :
    Une réflexion bouleversante sur l’identité et le crime.
  3. THE CHASER (2008) ★★★★☆ :
    Un rythme qui ne vous laisse aucun répit.
  4. HENRY: PORTRAIT OF A SERIAL KILLER (1986) ★★★★☆ :
    Le réalisme à l’état pur.
  5. V.I.P. (2017) ★★★★☆ :
    Noir, violent et politique.

Les curiosités à redécouvrir

  • THE CALL (2020) ★★★★☆ :
    Quand le serial killer s’immisce dans le passé via un téléphone.
  • THE FIVE (2013) ★★★★☆ :
    Une traque chorale d’une grande efficacité.

Finalement, le cinéma de serial killer nous fascine car il explore la part d’ombre que nous refusons de voir. Qu’il s’agisse de la précision chirurgicale de David Fincher ou de la rage désespérée de Bong Joon-ho, ces films nous interrogent sur notre propre capacité à la violence. Les échecs comme THE FUNHOUSE MASSACRE (2015) nous rappellent que sans une vision d’auteur, l’horreur n’est qu’un vain spectacle.

Affiche de style film noir avec un détective coréen fatigué devant un mur d'indices reliés par des fils rouges. Un grand dossier au premier plan porte le texte français "FOCUS : L'Ombre du Réel - Le True Crime comme moteur de la fureur coréenne". Une empreinte de pas dans la boue et un écran de télévision sont visibles en bas.
CritiKs MoviZ : Quand la réalité dépasse la fiction. L’empreinte de l’affaire Hwaseong marque le cinéma coréen.

Si le cinéma sud-coréen est aujourd’hui le maître incontesté du thriller de serial killer, c’est parce qu’il puise sa sève dans une réalité traumatique. Contrairement à une certaine forme de divertissement hollywoodien, le crime à Séoul est intrinsèquement lié à l’histoire politique et sociale du pays.

L’Affaire Hwaseong : Le traumatisme originel

On ne peut pas comprendre le thriller coréen sans évoquer l’affaire des meurtres en série de Hwaseong (1986-1991). Dix femmes retrouvées assassinées dans une zone rurale, une police totalement dépassée par manque de moyens techniques (à l’époque, la Corée n’avait même pas de laboratoire d’analyse ADN digne de ce nom) et un pays sous dictature militaire plus préoccupé par la répression politique que par la sécurité civile.

En effet, ce fait divers est le socle de MEMORIES OF MURDER (2003). Bong Joon-ho y filme moins le tueur que l’impuissance d’une nation. Le film a longtemps servi de catharsis collective, d’autant plus que le véritable coupable n’a été identifié qu’en 2019 grâce aux progrès de la science. Cette résolution tardive prouve que la réalité dépasse souvent la fiction : le monstre était déjà en prison pour un autre crime, caché à la vue de tous pendant des décennies.

L’influence sur la structure narrative

Le True Crime coréen a imposé des codes qui tranchent avec le classicisme occidental :

  • La faillite systémique : Le coupable n’est jamais seul responsable ; c’est souvent l’incompétence de l’administration ou la corruption qui permet au Mal de prospérer. On le voit dans THE CHASER (2008), inspiré du tueur Yoo Young-chul, qui a pu commettre ses crimes car les autorités ne prenaient pas au sérieux la disparition de prostituées.

  • L’absence de « Happy End » : Dans la réalité, le Mal ne finit pas toujours derrière les barreaux après une course-poursuite héroïque. Le cinéma coréen respecte cette amertume. La fin est souvent ouverte, injuste ou moralement grise.

  • Le mélange des tons : Passer du rire (souvent aux dépens de flics maladroits) au pur effroi est une signature héritée de ces faits divers où le grotesque côtoyait l’horreur absolue.

Bien que le public soit de plus en plus friand de séries documentaires sur Netflix, le cinéma coréen reste le meilleur support pour analyser la psyché d’un pays qui n’a jamais fini de régler ses comptes avec ses propres démons. Finalement, le True Crime n’est pas qu’une mode là-bas, c’est une forme d’exorcisme par l’image.

Le cinéma de genre ne s’arrête jamais, et nous non plus. En effet, pour ne manquer aucune de nos critiques acerbes, nos dossiers exclusifs ou nos analyses de fond sur le cinéma coréen et les thrillers du monde entier, nous vous invitons à rejoindre la communauté CritiKs MoviZ directement sur votre smartphone.

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Vue large en format paysage d'un bureau d'enquêteur. Au centre, Olivier, un homme chauve à barbichette grise, ferme un dossier cartonné marqué "AFFAIRE CLOSE". À sa gauche, un collègue asiatique en costume gris consulte un rapport. Derrière eux, un grand mur de liège est couvert de photos de scènes de crime reliées par des fils rouges. Une lampe de bureau allumée et un téléphone vintage complètent l'ambiance néo-noir. Une plaque métallique au mur indique "VERDICT : L'Affaire est Close".
Fin de mission pour CritiKs MoviZ : l’expertise croisée entre Occident et Orient pour refermer le dossier des tueurs en série.

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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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