Drame, Thriller

SLEEPING WITH THE ENEMY (1991) ★★✮☆☆

Temps de lecture : 5 minutes
Julia Roberts effrayée et cachée dans une cabine d'essayage, regardant vers la caméra dans le film Sleeping with the Enemy.
La tension des premières scènes reste le point fort du film.

Fuite en avant, frissons en pilote automatique…

Julia Roberts se donne à fond pour porter ce thriller domestique sur ses seules épaules, mais la mécanique s’essouffle vite face aux clichés du genre. Si l’angoisse initiale fonctionne, le reste s’embourbe dans des ficelles scénaristiques grosses comme des câbles de remorquage, loin, très loin de la maestria d’un bon polar coréen. Découvrons à travers cette critique de Sleeping with the Enemy (1991) comment l’obsession se transforme en une traque prévisible.
Note : 2.5/5 (★★✮☆☆)

Pour échapper à Martin, un mari perfectionniste, violent et dangereusement obsessionnel, Laura orchestre minutieusement sa propre noyade lors d’une tempête. Sous une nouvelle identité, elle s’installe dans une petite bourgade tranquille de l’Iowa pour tout recommencer. Mais l’illusion de sécurité vole en éclats lorsque son passé finit inévitablement par remonter à la surface pour la traquer.

Notre avis sur [TITRE DU FILM]

Si tu cherches la tension psychologique implacable d’un chef-d’œuvre du thriller, tu risques de rester sur ta faim. Les Nuits avec mon ennemi (pour lui donner son titre français) démarre pourtant avec une efficacité glaçante. La première demi-heure, huis clos étouffant dans cette maison de verre ultramoderne en bord de mer, capte parfaitement la terreur d’une femme prisonnière d’un monstre aux allures de gendre idéal. L’utilisation maniaque des serviettes parfaitement alignées ou des boîtes de conserve rangées au millimètre crée une atmosphère de contrôle absolu assez redoutable. C’est là que réside la force du récit : la matérialisation de l’emprise.

Mais passé le cap de l’évasion, le soufflé retombe lourdement. Le scénario, au lieu d’explorer les traumas psychologiques avec la noirceur qu’un tel sujet mérite, glisse lentement vers la romance à l’eau de rose avec le voisin au grand cœur (Kevin Anderson, transparent), avant de basculer dans le slasher balisé pour sa conclusion. Joseph Ruben emballe le tout sans grande imagination visuelle. C’est dommage, car Julia Roberts, fraîchement sortie du triomphe de Pretty Woman, prouve qu’elle a les épaules pour le registre dramatique. Face à elle, Patrick Bergin campe un sociopathe convaincant, bien qu’un peu caricatural sur les bords.

C’est un pur produit de studio des années 90, un thriller d’espionnage domestique qui a peu de chances de susciter de véritables obsessions chez les cinéphiles exigeants, mais qui reste curieusement hypnotique. D’ailleurs, le grand public ne s’y est pas trompé : sorti en salles le 8 février 1991 et distribué par la 20th Century Fox, le film a connu un succès commercial retentissant, rapportant 175 millions de dollars pour un budget modeste de 19 millions, et ce, malgré des critiques de la presse spécialisée généralement très négatives. Comme quoi, l’aura de Julia Roberts suffisait à remplir les salles, un phénomène qu’on chercherait en vain dans la production française actuelle.

Julia Roberts dans Sleeping with the Enemy (1991)
Julia Roberts dans Sleeping with the Enemy (1991)

Joseph Ruben livre un travail d’artisan appliqué mais sans génie. La mise en scène est fonctionnelle, s’appuyant lourdement sur la partition musicale dramatique de Jerry Goldsmith pour surligner les effets de surprise. Julia Roberts est le véritable moteur émotionnel du film, apportant une vulnérabilité et une force crédibles à Laura, tandis que Patrick Bergin fait le job dans le rôle du croquemitaine en costume trois pièces.

  • Le film est une adaptation fidèle du roman éponyme de l’autrice Nancy Price, publié en 1987.

  • Kim Basinger avait été initialement pressentie pour le rôle principal avant que Julia Roberts ne s’en empare.

  • La fameuse maison de plage, qui est un personnage à part entière au début du film, n’existait pas : c’est un décor construit spécifiquement pour le tournage en Caroline du Nord.

À réserver aux inconditionnels de Julia Roberts ou aux amateurs de thrillers domestiques vintage qui cherchent un divertissement du samedi soir sans trop de prise de tête. Si tu veux voir comment on traite la vengeance et l’obsession avec une vraie virtuosité formelle, tourne-toi plutôt vers nos dossiers sur le cinéma sud-coréen. D’ailleurs, pour replacer ce film dans son contexte et comprendre la dynamique cinématographique de cette époque charnière, je t’invite vivement à lire notre grand dossier 1991 : L’ANNÉE DE L’ONDE DE CHOC.

Le film aborde la question des violences conjugales sous l’angle du pur thriller hollywoodien. Penses-tu que ce traitement spectaculaire dessert le propos de fond, ou au contraire, qu’il permet de sensibiliser un public plus large à la mécanique de l’emprise psychologique ?

Et toi, comment trouves-tu ce classique des années 90 ?
Laisse ton avis dans les commentaires, on en débat (mais prépare tes arguments) !


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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