Action, Ciné-Asia, Crime - Policier, Drame, Hong-Kong

A BETTER TOMORROW (1986) ★★★★✬

Temps de lecture : 5 minutes
Chow Yun-fat, allumette aux lèvres et lunettes noires, tenant deux pistolets dans le film A Better Tomorrow.
Le look culte de Mark a vidé les stocks de trench-coats à Hong Kong.

Le sang, les larmes, l’icône…

Loin des purges tièdes et consensuelles du cinéma policier français de la même époque, John Woo posait ici les fondations d’un mythe absolu. Une claque fondatrice, stylisée et tragique, qui a redonné ses lettres de noblesse à la violence chorégraphiée. Découvrons à travers cette critique de A Better Tomorrow (1986) comment le cinéma hongkongais s’est arrogé pour de bon le trône mondial du cinéma d’action.
Note : 4.5/5 (★★★★✬)

À Hong Kong, Ho, membre respecté des triades, tente de quitter la pègre pour se réconcilier avec son jeune frère Kit, un policier idéaliste. Trahi lors d’une transaction, Ho finit en prison. À sa sortie, il découvre que son ami de toujours, Mark, est devenu un paria. Ensemble, ils devront affronter leur passé dans un bain de sang expiatoire et tragique.

Notre avis sur A BETTER TOMORROW1

Si tu pensais avoir tout vu en matière de fusillades urbaines, replonge-toi d’urgence dans cet héritage spirituel de Chang Cheh. A Better Tomorrow (1986) transpose avec brio les codes de la chevalerie et du film de sabre traditionnel (le wuxia) dans la jungle poisseuse de Hong Kong. C’est l’acte de naissance incontestable du « Heroic Bloodshed », ce sous-genre qui a littéralement codifié l’action mondiale en mélangeant une violence opératique à des idéaux d’honneur et de loyauté indéfectibles. La dynamique au cœur de cette tragédie fonctionne grâce à une alchimie parfaite : le jeu sobre et presque théâtral de Ti Lung s’oppose à la flamboyance incandescente de Chow Yun-fat. Ce dernier transforme ici un simple second rôle en icône absolue de la pop culture, allumette aux lèvres et doubles Berettas au poing.

Ne sois pas aveuglé par le culte pour autant, l’œuvre conserve quelques scories de son époque. La tension entre le drame familial et l’action violente s’aventure parfois dangereusement sur le terrain larmoyant. Ce mélodrame est notamment plombé par un Leslie Cheung souvent trop excessif, voire passablement geignard dans sa posture de flic meurtri. L’intrigue elle-même te semblera peut-être balisée, tant elle a été pillée depuis. Quant à l’action, bien que matricielle, elle affiche encore une certaine rigidité si on la compare aux futures envolées balistiques du réalisateur. Enfin, la romantisation outrancière des triades a pu prêter à de justes controverses, glorifiant esthétiquement un milieu criminel sous couvert d’une fraternité tragique.

Chow Yun-fat dans A Better Tomorrow (1986)
Chow Yun-fat dans A Better Tomorrow (1986)

Mais la virtuosité de la mise en scène balaie ces réserves. John Woo orchestre une hybridation fascinante entre le désespoir intime et le carnage chorégraphié. Le montage fluide, couplé à une utilisation naissante mais déjà magistrale du ralenti, donne à chaque affrontement une dimension quasi religieuse. Chow Yun-fat bouffe littéralement la pellicule à chaque apparition, tandis que Ti Lung apporte la gravité indispensable à ce récit de rédemption. C’est du cinéma viscéral, qui tape fort et juste.

  • Le look iconique de Mark Gor (Chow Yun-fat), avec son long manteau sombre et ses lunettes noires, a provoqué une véritable rupture de stock de trench-coats dans les boutiques de Hong Kong à la sortie du film.

  • Le tournage a été marqué par une grande part d’improvisation, John Woo réécrivant de nombreuses scènes au jour le jour pour adapter le script à l’alchimie inattendue de ses acteurs.

  • La bande-son de Joseph Koo, au romantisme très appuyé, a durablement influencé la pop asiatique et souligne le décalage assumé entre la violence crue et le drame sentimental.

A Better Tomorrow (1986) est une œuvre séminale, indispensable pour tout cinéphile exigeant. Si tu veux comprendre d’où viennent les fulgurances d’un Quentin Tarantino, la source est ici. C’est le sommet du polar d’action des années 80, à des années-lumière des comédies policières hexagonales de l’époque. (Tu peux d’ailleurs retrouver ce film et bien d’autres monuments dans notre dossier thématique 1986 : L’ANNÉE DU FRISSON).

Est-il possible de dissocier la maestria formelle d’un film de sa portée morale ? En sublimant les codes d’honneur du crime organisé, John Woo n’a-t-il pas créé une esthétique de la violence qui anesthésie notre jugement éthique au profit du pur frisson visuel ?

Et toi, es-tu prêt à recharger tes armes ?
Partage ton avis dans les commentaires et dis-moi si ce monument tient toujours la route face au cinéma d’action pré-mâché d’aujourd’hui.

  1. Notre avis sur A Better Tomorrow confirme son statut de matrice du cinéma d’action moderne. Si tu as aimé cette thématique poisseuse de la vengeance, plonge dans l’univers de Oldboy (2003). ↩︎

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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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