
Seul sur Mars, mais à deux…
Note & Verdict d’entrée
On ne va pas se faire de cadeaux, l’adaptation du dernier pavé d’Andy Weir était casse-gueule. Phil Lord et Christopher Miller tentent de rééditer l’exploit de la survie spatiale, mais se prennent un peu les pieds dans le vide intersidéral avec un rythme boiteux. Ryan Gosling sauve heureusement les meubles avec son charisme habituel, rappelant qu’un blockbuster américain moyen aura toujours infiniment plus d’envergure que la quasi-totalité de notre cinéma français nombriliste et neurasthénique actuel. Découvrons à travers cette critique de Project Hail Mary (2026) comment le duo de réalisateurs a transformé un thriller scientifique rigoureux en un buddy movie spatial un peu trop sirupeux.
Note : 3/5 (★★★)
Le Pitch
Ryland Grace se réveille amnésique à bord du vaisseau spatial Hail Mary. Seul survivant d’une mission désespérée, il doit comprendre sa présence et sauver la Terre d’un refroidissement mortel. Épaulé par Rocky, un allié extraterrestre inattendu, ce scientifique de génie va devoir repousser les limites de l’astrophysique pour espérer survivre.
Notre avis sur PROJECT HAIL MARY
Les atouts majeurs
S’il y a bien une chose que l’on ne peut pas enlever à cette superproduction, c’est l’immense talent de Ryan Gosling. Il porte le film sur ses épaules avec une aisance déconcertante. Son interprétation du Dr Grace, qui oscille brillamment entre un humour pince-sans-rire salvateur et une authentique vulnérabilité face au gouffre cosmique, maintient notre engagement d’un bout à l’autre. L’autre grande réussite réside dans la dynamique instaurée avec Rocky, l’extraterrestre. Ce duo constitue le véritable cœur battant de l’œuvre. Leur amitié transpire à l’écran, offrant une complicité unique qui donne au récit ses lettres de noblesse émotionnelles, le tout sublimé par des visuels IMAX absolument écrasants d’immersion. Sandra Hüller, bien que cantonnée à un rôle secondaire, impose une gravité dramatique indispensable qui contrebalance l’humour de Ryan Gosling.
Les faiblesses et limites
Pourtant, le scénario de Drew Goddard tire sérieusement à la ligne. Avec ses 2h36 au compteur, le métrage s’enlise dans des longueurs évitables et souffre d’un manque d’originalité flagrant, lorgnant de manière trop appuyée vers Seul sur Mars (2015) ou Interstellar (2014). Mais là où le bât blesse vraiment, c’est dans sa structure narrative. L’alternance systématique entre l’action spatiale au présent et les flashbacks terrestres vient constamment diluer la tension dramatique. Le spectateur est sans cesse coupé dans son élan, freiné par une intrigue parfois trop naïve, voire franchement enfantine dans sa résolution émotionnelle et manipulatrice.

La mise en scène / Le jeu
Derrière la caméra, la patte de Phil Lord et Christopher Miller (La Grande Aventure Lego, 21 Jump Street) se fait trop lourdement sentir. Leur propension à lorgner vers la comédie pure vient parasiter l’aspect hard science-fiction qu’exigeait l’héritage de l’auteur Andy Weir. Là où Ridley Scott avait su garder une rigueur clinique sur Seul sur Mars, le duo de réalisateurs en fait des caisses, simplifiant la vulgarisation scientifique à outrance pour forcer l’émotion facile. La direction artistique est époustouflante, certes, mais la mise en scène manque cruellement de la froideur mathématique qui aurait fait de ce film un grand thriller d’anticipation plutôt qu’un divertissement pop-corn consensuel.
Le saviez-vous ?
- Andy Weir, l’auteur du roman d’origine, s’était déjà fait un nom en or massif à Hollywood avec l’adaptation de son premier livre, Seul sur Mars, prouvant une fois de plus que la « hard sci-fi » est bankable.
- Le film a été pensé et tourné spécifiquement pour le format IMAX (comme l’indique fièrement l’affiche), un choix de Phil Lord et Christopher Miller pour restituer l’échelle vertigineuse du cosmos.
- Drew Goddard, au scénario, n’en est pas à son coup d’essai dans l’espace puisqu’il avait déjà signé l’adaptation… de The Martian (2015).
Conclusion et recommandation
En définitive, Project Hail Mary reste un divertissement de haute volée, visuellement bluffant, mais terriblement inégal. Il s’adresse avant tout aux amateurs de grands spectacles spatiaux grand public et aux fans inconditionnels de Ryan Gosling. Ceux qui cherchent la tension implacable d’un thriller de science-fiction pur et dur risquent de rester sur leur faim face à ce script convenu.
Pistes de réflexion
Cette adaptation soulève une vraie question sur le cinéma de genre actuel : faut-il systématiquement injecter de la comédie et de la candeur dans la science-fiction pour rentabiliser un budget colossal ? Le sacrifice de la rigueur scientifique sur l’autel du buddy movie est-il le nouveau passage obligé des blockbusters spatiaux ?
À vous de juger
Et toi, t’as pensé quoi de ce duo inattendu perdu dans l’espace ? La patte comique de Lord & Miller t’a sorti du film ou t’as marché à fond dans l’émotion ?
Balance ton avis dans les commentaires, on en débat !

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Nous voici prévenu. Merci pour cette revue très complète de ce film que j’observais avec circonspection.
Je ne suis pas très fan des Spiderverse, mais j’aime assez les choix de Ryan Gosling et ai été assez convaincu par les précédents travaux de Drew Goddard (j’avais dit grand bien de « Sale temps à l’hôtel El Royale » sur mon blog). Mon cœur balance à l’égard de ce projet qui ne m’attire finalement pas plus que cela. Peut-être encore un de ces projets trop ambitieux du colosse hollywoodien MGM, qui aujourd’hui n’est plus qu’une vitrine d’Amazon, et qui en sera une fois de plus pour son porte-monnaie. On verra si le public se laisse séduire par ce mix d’ET, d’Interstellar, de Silent Running et du mésestimé Sunshine.
Publié par princecranoir | 18/03/2026, 11h59Tu touches du doigt le vrai problème, Princecranoir : le syndrome de la vitrine dorée. Amazon/MGM nous vend du rêve spatial avec un budget illimité, mais oublie parfois qu’une bonne histoire de SF, c’est d’abord une âme et une tension, pas juste un chèque en blanc pour des effets IMAX.
Si tu as aimé l’audace de Sale temps à l’hôtel El Royale, tu risques de trouver ce Project Hail Mary un peu trop poli, un peu trop ‘lissé’. Drew Goddard fait le job, mais on sent que Lord & Miller ont un peu trop tiré la couverture vers le divertissement familial. On est loin de la noirceur métaphysique d’un Sunshine, c’est certain. Mais bon, ne boudons pas trop notre plaisir : voir Ryan Gosling avec ce niveau de production reste un spectacle infiniment plus stimulant que la morosité du cinéma français moyen qui squatte nos salles !
Publié par Olivier Demangeon | 18/03/2026, 12h03Je crois que la sf attendra, et me contenterai de la morosité du cinéma français en allant voir « Des rayons et des ombres ». 😉
Et depuis ce matin, je sens déjà revenir le goût de l’Epice pour la fin d’année…😁
Publié par princecranoir | 18/03/2026, 12h11Pour ma part, je vais aller voir « Whistle » (Le Sifflet) …
🙂
Publié par Olivier Demangeon | 18/03/2026, 12h25Avec un personnage du nom de Friedkin et un autre appelé Craven, on devine déjà dans quelle nuit se fera entendre ce Sifflet.
Bon film à toi 🎞️
Publié par princecranoir | 18/03/2026, 12h38Je pourrais en dire plus demain !
🙂
Publié par Olivier Demangeon | 18/03/2026, 18h32👍
Publié par princecranoir | 18/03/2026, 19h30