
Un psychanalyste dans les étoiles…
Note & Verdict d’entrée
James Gray délaisse le bitume new-yorkais pour le vide intersidéral, et miracle : ça fonctionne. Loin des superproductions décérébrées, il livre un poème visuel mélancolique, porté par un casting impérial. Découvrons à travers cette critique de Ad Astra (2019) comment le réalisateur a su transformer une odyssée spatiale en une thérapie familiale à 100 millions de dollars.
Note : 4/5 (★★★★☆)
Le Pitch
L’astronaute Roy McBride, réputé pour son flegme inébranlable, s’embarque pour une mission classée top secret aux confins du système solaire. Son objectif : retrouver son père, un pionnier de l’espace disparu depuis des décennies, dont les dangereuses expérimentations menacent désormais la survie de la Terre. Un périple au-delà du connu.
Notre avis sur AD ASTRA1
Donner un avis sur Ad Astra, c’est plonger dans la psyché torturée d’un homme écrasé par la figure paternelle. James Gray prend le contre-pied des blockbusters spatiaux habituels en nous offrant une introspection vertigineuse. Si le cinéma français récent nous noie trop souvent dans un nombrilisme bourgeois consternant dès qu’il s’agit d’aborder la famille, ici, l’intime prend une ampleur cosmique. L’immensité de l’espace n’est finalement que le miroir terrifiant de la solitude de son protagoniste.
Les atouts majeurs
Le tour de force du long-métrage réside dans sa capacité à marier un voyage visuellement époustouflant, magnifié par la photographie sublime de Hoyte van Hoytema, à une thématique profondément humaine : le lien insondable qui unit un parent et son enfant. James Gray filme le système solaire non pas comme un terrain de jeu pyrotechnique, mais comme un désert existentiel. L’ambition est folle, l’exécution visuelle l’est tout autant. La séquence sur la Lune, sorte de Far West post-apocalyptique et absurde où l’humanité a simplement exporté ses pires travers capitalistes, est d’une maestria absolue.
Les faiblesses et limites
Néanmoins, l’œuvre n’est pas exempte de défauts, pour la plupart inhérents aux compromis hollywoodiens. Les voix off omniprésentes, imposées par la production pour sur-expliciter les états d’âme de Roy, alourdissent parfois le récit. On ressent cruellement que James Gray n’a pas eu le contrôle sur le montage final, une dépossession qu’il a d’ailleurs qualifiée publiquement de « chose aussi douloureuse que j’aie vécue en dehors de la mort d’un être cher ». C’est sans doute ce qui explique le rythme un peu bâtard du dernier tiers, et le désaveu d’un public pop-corn, entraînant des résultats décevants au box-office (à peine 135,2 millions de dollars de recettes pour un budget avoisinant les 100 millions).

La mise en scène / Le jeu
Malgré ces brutales interférences des studios, la mise en scène de James Gray reste souveraine, naviguant entre l’infiniment grand et l’infiniment petit avec une grâce redoutable. Et que dire de Brad Pitt ? Salué par des critiques généralement très positives, il livre ici l’une des performances les plus subtiles et minérales de sa carrière. Tout passe par son regard et ses silences. Face à lui, Tommy Lee Jones incarne avec une froideur terrifiante ce père dévoré par son hubris.
Le saviez-vous ?
L’immersion sensorielle de cette odyssée doit énormément au travail d’orfèvre des équipes techniques. Le film a d’ailleurs été nommé, à juste titre, dans la catégorie Meilleur mixage sonore lors de la 92e cérémonie des Oscars. De plus, c’est le maestro Max Richter qui a composé la bande originale envoûtante, enregistrée aux mythiques studios AIR de Londres. Un album magistral qui lui a valu une nomination aux Grammy Awards dans la catégorie Meilleure musique de film.
Conclusion et recommandation
En définitive, Ad Astra s’adresse aux cinéphiles qui cherchent autre chose que des explosions laser dans les étoiles. C’est un drame psychologique déguisé en film de SF, une œuvre ambitieuse, visuellement somptueuse et crépusculaire, qui ravira les amateurs de SF adulte et contemplative.
Pistes de réflexion
Faut-il nécessairement tuer le père pour trouver sa propre place dans l’univers ? Le film pose la question vertigineuse du sacrifice personnel au nom du progrès scientifique, et de l’héritage toxique que l’on lègue aux générations futures au nom d’un absolu illusoire.
À vous de juger
Et toi, t’es-tu laissé embarquer par cette mélancolie spatiale ou as-tu trouvé ce voyage trop languissant ? Laisse ton avis dans les commentaires, on en débat avec plaisir !

- N’oublie pas d’aller faire un tour sur notre récent DOSSIER : VIDE SPATIAL pour prolonger l’expérience sur l’isolement dans la SF ! ↩︎
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Un vrai coup de cœur à l’époque de sa sortie, un film de science-fiction très atypique, riche de réflexions ❤️
Publié par Vampilou fait son Cinéma | 19/03/2026, 20h36Ravi de voir qu’on est sur la même longueur d’onde, Vampilou ! C’est justement cette dimension atypique qui sauve le film de la banalité des blockbusters spatiaux habituels. Sous ses airs de voyage interstellaire, c’est une véritable autopsie de la solitude humaine. James Gray a réussi à rendre le vide spatial presque aussi oppressant qu’un repas de famille qui tourne mal… Dommage que les studios n’aient pas eu le courage de le laisser aller jusqu’au bout de sa vision sans lui imposer ces béquilles narratives (la voix off, on en parle ?). Un coup de cœur mérité, malgré ses cicatrices de production !
Publié par Olivier Demangeon | 20/03/2026, 10h19