
Le mythe fondateur à l’épreuve…
Note & Verdict d’entrée
Tsui Hark frappe un grand coup et redéfinit le film d’arts martiaux avec une ampleur folle, à des années-lumière des petites comédies bourgeoises du cinéma français actuel qui nous donnent envie de nous arracher les yeux. C’est du cinéma brut, généreux, esthétiquement imparfait mais viscéralement épique. Découvrons à travers cette critique de Once Upon a Time in China (1991) comment le réalisateur a su forger une légende immortelle malgré un récit parfois chancelant.
Note : 4/5
Le Pitch
À la fin du XIXe siècle, la Chine subit l’impérialisme occidental de plein fouet. À Foshan, le célèbre maître d’arts martiaux et médecin Wong Fei-hung tente péniblement de maintenir la paix. Face aux trafics, à la corruption et à la violence croissante des gangs locaux manipulés par les forces étrangères, il va devoir libérer son kung-fu pour défendre l’honneur d’un peuple meurtri.
Notre avis sur ONCE UPON A TIME IN CHINA1
Soyons directs : notre avis sur Once Upon a Time in China est celui d’un spectateur fasciné par l’audace mais agacé par le bordel ambiant. Tsui Hark n’est pas là pour faire de la dentelle, il veut accoucher d’une épopée nationale et il y parvient par la force brute de sa mise en scène. Le film transpire une rage politique salvatrice, transformant chaque coup de pied en manifeste contre le colonialisme. C’est du grand spectacle qui ne s’excuse jamais d’être excessif, porté par un Jet Li qui trouve ici le rôle de sa vie, même si le scénario semble parfois avoir été écrit sur un coin de nappe entre deux prises.
Les atouts majeurs
L’immense force du film réside dans sa capacité à élever la baston au rang de philosophie politique. Tsui Hark, véritable « John Ford chinois« , ne se contente pas de filmer des types qui sautent partout ; il capture le crépuscule d’une civilisation. La dimension nationaliste n’est pas un simple décor, elle est le moteur d’une action chorégraphiée avec une inventivité visuelle qui laisse pantois. Le climax final sur les échelles est une leçon de géométrie spatiale et de montage frénétique : chaque barreau devient un enjeu, chaque chute une humiliation nationale. On est dans le domaine de l’art cinétique pur, où la réalisation parvient à transformer la contrainte physique en une poésie guerrière absolument unique.
Les faiblesses et limites
Là où le bât blesse, c’est que Tsui Hark ne sait pas s’arrêter. Le film est un monstre boursouflé qui veut tout traiter : le drame historique, la farce burlesque à la limite du débile profond et le pamphlet politique. Ce mélange de tons est une purge par moments, créant des ruptures de rythme qui cassent totalement l’immersion. Le scénario est un gruyère narratif où les personnages secondaires apparaissent et disparaissent selon le bon vouloir des cascades. On ne va pas se mentir, la perfection quasi divine de Wong Fei-hung finit par lasser : quand le héros est invincible dès la première minute, l’enjeu dramatique finit par s’évaporer dans les nuages de poussière du studio.

La mise en scène / Le jeu
Techniquement, c’est du brutal. La caméra de Tsui Hark est une arme de destruction massive qui découpe l’espace avec une frénésie qui frise parfois la confusion, mais qui dégage une énergie électrique. Jet Li, malgré son jeune âge à l’époque, impose une présence impériale, compensant son mutisme par une fluidité martiale époustouflante. Sa gestuelle est d’une précision chirurgicale. Face à lui, Rosamund Kwan apporte une touche de modernité bienvenue en « Treizième Tante« , même si elle est souvent réduite à jouer les utilités dans un récit qui reste profondément patriarcal. On regrettera juste ce doublage cantonais approximatif et certains éclairages de studio qui jurent avec l’ambition réaliste du propos.
Le saviez-vous ? (L’instant érudit)
- Jet Li s’est fracturé la cheville lors du tournage de la scène finale. Une grande partie des plans larges sur les échelles sont assurés par ses doublures, notamment Xiong Xin-xin, pendant que Li était plâtré.
- Le célèbre thème musical « A Man Should Better Himself » est devenu un véritable hymne patriotique en Chine et à Hong Kong, au point d’être repris dans quasiment toutes les suites de la saga.
Conclusion et recommandation
C’est un film charnière pour tout amateur de Ciné-Asia qui se respecte. Ce n’est pas parfait, c’est parfois bruyant et bordélique, mais c’est une pièce d’histoire. À voir absolument pour comprendre comment Hong Kong a mis KO le reste du monde dans les années 90. Et puisqu’on parle de grands crus, n’oublie pas de consulter notre dossier 1991 : L’ANNÉE DE L’ONDE DE CHOC pour bien resituer ce choc thermique dans l’Histoire du cinéma.
Pistes de réflexion
Peut-on encore filmer un héros national sans tomber dans le nationalisme de comptoir ? La virtuosité technique suffit-elle à masquer les carences d’un script décousu ?
À vous de juger
Alors, ce Wong Fei-hung version Jet Li, c’est le maître absolu ou juste un gymnaste de génie dans un film trop long ?
On en débat en bas, et restez polis sinon je sors les échelles.

- Pour une autre dose de Jet Li au sommet, file voir ma critique de Le Maître d’Armes (2006). ↩︎
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