Action, Crime - Policier, Espionnage, Thriller

LICENCE TO KILL (1989) ★★✮☆☆

Temps de lecture : 5 minutes
Affiche du film Licence to Kill montrant Timothy Dalton tenant un pistolet sur fond de logo 007 bleu.
Le premier Bond tourné entièrement hors du Royaume-Uni pour sauver les finances.

Un James Bond qui se prend pour un épisode de Miami Vice sous stéroïdes, troquant l’élégance britannique contre une brutalité de série B américaine. Timothy Dalton s’acharne à jouer les écorchés vifs, mais il oublie qu’un smoking ne suffit pas à faire un espion. Découvrons à travers cette critique de ce Licence to Kill (1989) comment la saga a failli perdre son âme au Mexique.

Après l’agression sauvage de son ami Felix Leiter par le baron de la drogue Franz Sanchez, James Bond démissionne du MI6 pour mener une vendetta personnelle. Privé de son « permis de tuer » officiel, il s’infiltre dans l’organisation criminelle de Sanchez. Entre trahisons et explosions, 007 devient un agent renégat prêt à tout pour assouvir sa vengeance, quitte à bafouer les ordres de M.

Soyons directs : cet avis sur Licence to Kill ne sera pas tendre. Ce seizième opus de la franchise, produit par Eon Productions, marque une rupture brutale, peut-être trop. En voulant coller au réalisme violent des années 80, le film perd l’humour et le panache qui font le sel de 007. C’est le deuxième et dernier film avec Timothy Dalton, et franchement, on comprend pourquoi. Son interprétation, bien que fidèle au James Bond littéraire de Ian Fleming, manque cruellement de charisme. On se retrouve face à un polar d’action générique qui aurait pu être porté par n’importe quel cogneur de l’époque.

Malgré mes réserves sur l’acteur principal, le film propose des séquences d’action d’une efficacité redoutable. La poursuite finale impliquant des camions-citernes dans le désert est un morceau de bravoure technique impressionnant, réalisé sans les béquilles numériques d’aujourd’hui. Robert Davi incarne un Franz Sanchez mémorable, l’un des méchants les plus crédibles et menaçants de la série, entouré d’un tout jeune Benicio del Toro en homme de main sadique qui vole la vedette à chaque apparition.

Le scénario de Richard Maibaum s’égare dans une quête de vengeance qui dénature la fonction même de l’agent secret. L’ambiance « cartel de la drogue » et l’esthétique générale font très téléfilm de luxe. On sent que le budget a été resserré, et le choix de délocaliser le tournage hors du Royaume-Uni se ressent à l’image : l’exotisme habituel de la saga est ici remplacé par une poussière mexicaine assez banale. Le film manque de ce « glamour » essentiel qui sépare James Bond du reste de la production hollywoodienne.

John Glen : L’artisan des sommets

Véritable gardien du temple Eon, John Glen détient le record absolu avec cinq James Bond consécutifs derrière la caméra dans les années 80. Ancien monteur de génie — on lui doit l’incroyable poursuite de On Her Majesty’s Secret Service — il a apporté une rigueur technique et un sens de la cascade physique inégalés avant l’ère du numérique. Si son style manque parfois de flamboyance visuelle, John Glen a su ancrer 007 dans une efficacité brute, culminant avec la noirceur de Licence to Kill. Un artisan solide qui a tenu la barre par gros temps, avant de passer la main.

John Glen, pour sa cinquième et dernière réalisation sur la licence, livre un travail artisanal solide mais sans génie. C’est carré, mais ça manque de souffle. Quant à Timothy Dalton, je persiste : il fait un mauvais James Bond. Trop austère, trop rigide, il semble constamment porter toute la misère du monde sur ses épaules. Carey Lowell et Talisa Soto font ce qu’elles peuvent dans des rôles de « Bond Girls » assez stéréotypés, tandis que Caroline Bliss en Miss Moneypenny ne parvient jamais à faire oublier l’emblématique Lois Maxwell.

  • Exil budgétaire : Pour des raisons de coûts, c’est le premier Bond entièrement tourné hors du Royaume-Uni. Les célèbres studios Pinewood ont été délaissés au profit des Estudios Churubusco au Mexique.
  • Fin d’une époque : C’est un film de « dernières ». Outre Timothy Dalton et John Glen, c’est l’ultime contribution du scénariste historique Richard Maibaum, du créateur de génériques Maurice Binder et du producteur mythique Albert R. Broccoli. Une page se tournait définitivement.
  • Titre modifié : Le film devait s’appeler Licence Revoked, mais les tests marketing ont montré que le public américain associait ce terme à un retrait de permis de conduire !

Licence to Kill s’adresse aux amateurs d’action brute et aux complétistes de la saga. S’il a rapporté 156 millions de dollars et reçu des critiques plutôt positives pour son audace sombre, il reste pour moi un opus bancal. C’est un chant du cygne pour une certaine manière de faire du Bond, avant le long hiatus qui mènera à l’ère Pierce Brosnan. Ce film s’inscrit dans une période charnière que j’ai analysée en détail dans mon dossier 1989 : L’ANNÉE DE L’APOTHÉOSE.

Bond peut-il exister sans le cadre institutionnel du MI6 ? Ce film préfigurait l’approche « brute » de Daniel Craig vingt ans plus tard, mais le public de 1989 n’était peut-être pas prêt à voir son héros saigner autant pour une simple vendetta personnelle.

Alors, Timothy Dalton : génie incompris ou erreur de casting ?
Donnez-moi votre avis dans les commentaires, je vous attends de pied ferme.


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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