Drame

TROP BELLE POUR TOI (1989) ★✮☆☆☆

Temps de lecture : 5 minutes
Affiche du film Trop belle pour toi montrant le visage de Josiane Balasko avec des dessins griffonnés.
Josiane Balasko, la seule lueur d’humanité dans ce jeu de massacre intellectuel.

Un pur délire de bourgeois…

Un exercice de style prétentieux qui confond audace formelle et vacuité émotionnelle. Bertrand Blier nous sert une fable bourgeoise indigeste sur l’adultère, sauvée du naufrage total uniquement par son trio d’acteurs. Découvrons à travers cette critique de Trop belle pour toi (1989) comment le cinéma français s’est auto-congratulé pour un concept qui tourne à vide.

Bernard (Gérard Depardieu), garagiste prospère, mène une vie idyllique avec sa femme, la sublime Florence (Carole Bouquet). Pourtant, il tombe éperdument amoureux de sa nouvelle secrétaire intérimaire, Colette (Josiane Balasko), une femme au physique des plus ordinaires. Entre fantasmes, réalité morcelée et musique de Schubert, Bernard s’enfonce dans une passion irrationnelle qui défie les conventions sociales et esthétiques de son milieu.

Notre avis sur TROP BELLE POUR TOI

Notre avis sur Trop belle pour toi est sans appel : c’est le prototype du film « Cannes-compatible » qui a horriblement mal vieilli. Bertrand Blier, autrefois provocateur génial (Les Valseuses), s’écoute ici parler. Il filme l’ennui des riches avec une distance glaciale, brisant le quatrième mur et mélangeant les temporalités sans autre but que de paraître malin. On nous vend une réflexion sur la beauté et le désir, mais on se retrouve devant un dispositif théâtral poussiéreux où chaque dialogue sonne faux, malgré le talent des interprètes.

Le seul intérêt du film réside dans son postulat de départ : pourquoi cet homme, qui possède « la perfection » (Carole Bouquet), choisit-il « la banalité » (Josiane Balasko) ? Le contraste est visuellement fort et Josiane Balasko, tout en retenue, apporte une humanité qui manque cruellement au reste du casting. La photographie de Philippe Rousselot est soignée, offrant quelques cadres élégants qui tentent de masquer le vide intersidéral du scénario. L’utilisation de Schubert apporte une mélancolie bienvenue, même si elle finit par devenir assommante à force d’être sursignifiée.

Gérard Depardieu et Josiane Balasko dans  Trop belle pour toi (1989)
Gérard Depardieu et Josiane Balasko dans Trop belle pour toi (1989)

Le problème, c’est que Bertrand Blier méprise ses personnages. Bernard est une brute épaisse sans relief, Florence une potiche magnifique et Colette une victime consentante de ce jeu de massacre. Le film est d’une misogynie latente, typique d’une certaine époque, où les femmes ne sont que des fonctions au service du « tourment » masculin. La structure narrative, qui multiplie les flash-forwards1 et les apartés, finit par lasser. On n’est jamais ému, jamais surpris, juste spectateur d’une masturbation intellectuelle de 1h40 qui se regarde filmer.

Gérard Depardieu fait du Depardieu : il impose sa carcasse, mais son personnage de garagiste mélomane est peu crédible. Carole Bouquet est réduite à son statut d’icône, tandis que Josiane Balasko tire son épingle du jeu par sa sobriété. La mise en scène de Bertrand Blier est volontairement déstructurée, cherchant à perdre le spectateur entre le rêve et la réalité. C’est une technique intéressante sur le papier, mais ici, elle ne sert qu’à masquer la pauvreté d’un récit qui n’a finalement rien à dire sur l’amour.

  • Triomphe trompeur : Le film a raflé 5 César en 1990 (Meilleur film, réalisateur, actrice, scénario, montage). Une preuve supplémentaire que l’Académie aime se regarder dans le miroir.
  • Musique omniprésente : Le choix de Franz Schubert n’est pas anodin ; Bertrand Blier voulait que la musique soit le « quatrième personnage » du film, dictant le rythme des émotions que la mise en scène n’arrivait pas à transmettre.

Trop belle pour toi est un film pour les nostalgiques d’un cinéma français verbeux et déconnecté. Si tu cherches un vrai thriller psychologique ou un drame poignant, passe ton chemin. C’est une œuvre qui appartient au passé, coincée dans son autosuffisance. Puisque nous parlons d’un film de 1989, n’oublie pas d’aller faire un tour sur notre dossier spécial 1989 : L’ANNÉE DE L’APOTHÉOSE, pour voir ce que le cinéma produisait de vraiment grand à cette époque.

Le film pose la question de la dictature de l’apparence, mais y répond de manière superficielle. Est-ce que l’amour peut réellement s’affranchir du regard des autres, ou n’est-il qu’une autre forme de consommation sociale ? Bertrand Blier semble suggérer que même dans la transgression, l’homme reste prisonnier de ses propres clichés.

Et toi, tu trouves que ce film mérite ses 5 César ou c’est juste un caprice de la critique parisienne ? Dis-le nous en commentaire !

  1. Un flashforward désigne en anglais une technique de narration consistant en un saut dans le futur (à l’opposé du flashback). ↩︎

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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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