
UN POISSON NOMMÉ WANDA (1988) : Le casse du siècle…
Verdict d’entrée
Une mécanique de précision horlogère où l’absurde des Monty Python rencontre l’efficacité du film de casse hollywoodien. C’est cruel, sexy, hystérique et diablement intelligent : la preuve par l’image qu’on peut faire rire sans prendre le spectateur pour un imbécile. Découvrons à travers cette critique de A Fish Called Wanda (1988) (ou Un poisson nommé Wanda pour les inconditionels de la VF) comment le choc des cultures anglo-saxonnes a accouché d’un chef-d’œuvre indémodable.
Note : 4.5/5
Le pitch
Quatre malfrats aux profils incompatibles — une femme fatale, un tueur d’animaux bègue, un intellectuel bas du front et un cerveau maniaque — dévalisent une bijouterie à Londres. Mais le vrai sport commence après le vol : entre trahisons, séductions d’un avocat coincé et crises de jalousie féroces, chacun tente de doubler les autres pour récupérer le butin caché.
Notre avis sur A Fish Called Wanda
Dire que ce film est une réussite est un euphémisme ; c’est une leçon d’écriture. Mon avis sur A Fish Called Wanda est qu’il représente l’équilibre parfait entre l’humour noir britannique, porté par un John Cleese au sommet de sa vulnérabilité, et l’exubérance américaine incarnée par un Kevin Kline en roue libre totale. Le scénario ne se contente pas d’enchaîner les gags, il construit une tension réelle liée au genre « policier » pour mieux la désamorcer par l’absurde, faisant de chaque scène un duel d’ego savoureux.
Les atouts majeurs
L’écriture de John Cleese est un bijou de construction. Le film brille par sa capacité à faire évoluer ses personnages dans un chaos organisé. La réalisation de Charles Crichton, vétéran des studios Ealing, apporte cette élégance classique qui rend le contraste avec la vulgarité magnifique d’Otto (Kevin Kline) encore plus percutant. On savoure l’alchimie entre la manipulation froide et le pur burlesque, notamment dans les scènes de torture à base de frites ou les tentatives de meurtre ratées sur une vieille dame et ses chiens. La thématique du refoulement britannique face à l’arrogance américaine est traitée avec une ironie mordante qui n’a pas pris une ride.

Les faiblesses et limites
Si l’on cherche la petite bête, certains gags visuels liés à Ken et son bégaiement pourraient paraître un brin datés ou répétitifs pour les spectateurs les plus allergiques au slapstick1 pur. De même, la sous-intrigue familiale de l’avocat Archie Leach accuse parfois de légères baisses de rythme par rapport à la frénésie du trio Wanda/Otto/Ken.
La mise en scène / Le jeu
Charles Crichton filme avec une fluidité exemplaire, laissant respirer les acteurs. Et quels acteurs ! Jamie Lee Curtis est d’une sensualité manipulatrice redoutable, mais c’est Kevin Kline qui vole chaque scène : son Oscar est amplement mérité pour sa composition d’un abruti qui se croit génie. Michael Palin, en amoureux des poissons transi de peur, complète ce quatuor avec une précision millimétrée.
Le box-office et la reconnaissance
Il faut bien comprendre qu’à sa sortie, le film fut un véritable raz-de-marée en salles. Avec plus de 188 millions de dollars de recettes mondiales, il s’est imposé comme le septième plus gros succès de l’année 1988. Une performance colossale pour une comédie de ce calibre. Outre ses nominations aux Oscars pour la mise en scène et le script original, le film est entré dans les annales grâce à la victoire de Kevin Kline, reparti avec la statuette du Meilleur acteur dans un second rôle.
D’ailleurs, si tu veux comprendre pourquoi cette période était si faste pour le septième art, je t’invite à consulter mon dossier complet : 1988 : L’ANNÉE DE LA DÉFLAGRATION. Tu y verras que Wanda n’était pas la seule bombe à exploser sur les écrans cette année-là.
Le saviez-vous ?
- Le nom du personnage de John Cleese, Archie Leach, est en réalité le véritable nom de naissance de Cary Grant.
- Un spectateur danois est littéralement mort de rire pendant une séance en 1989 ; son cœur n’a pas survécu à la scène où Ken se retrouve avec des frites dans le nez.
Conclusion et recommandation
C’est la comédie totale. Elle s’adresse aussi bien aux amateurs de polars qu’aux fans d’humour absurde. Elle trône au sommet du genre, là où l’intelligence du script ne sacrifie jamais l’efficacité comique.
Pistes de réflexion
Le film interroge subtilement notre rapport à l’identité nationale : le besoin de l’Anglais de s’émanciper de sa rigidité sociale et l’obsession de l’Américain pour une culture qu’il ne possède pas. Est-on toujours le « pigeon » d’un plus cynique que soi ?
À vous de juger
Et vous, Otto vous a-t-il aussi donné envie de réviser votre italien ?
On attend vos répliques cultes en commentaires !

- Le Slapstick : Littéralement « coup de bâton », ce genre comique repose sur l’humour physique, la maladresse et les gags visuels exagérés (chutes, tartes à la crème, courses-poursuites). Né au théâtre de rue et popularisé par le cinéma muet (Chaplin, Keaton), il est ici réinventé par la précision millimétrée des Monty Python. ↩︎
En savoir plus sur CritiKs MoviZ
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Discussion
Pas encore de commentaire.