
La tôle froissée pour masquer le vide intégral…
Verdict d’entrée
Sous couvert d’un artisanat « à l’ancienne » sans CGI, Balle perdue (2020) n’est qu’un énième polar hexagonal qui confond mutisme et charisme. On nous promet de l’adrénaline, on récolte un court-métrage étiré jusqu’à l’ennui où la seule chose qui vrombit vraiment, c’est l’impatience du spectateur. Découvrons à travers cette critique du film Balle perdue (2020) comment le cinéma d’action français s’embourbe dans ses propres limites budgétaires et narratives.
Synopsis
Lino, génie de la mécanique capable de blinder une Clio pour défoncer des bijouteries, finit en taule. Recruté par la police pour « booster » leurs caisses, il assiste au meurtre de son mentor par des flics ripoux. Accusé à tort, il doit retrouver la seule preuve de son innocence : une balle logée dans une bagnole disparue. Une chasse à l’homme pied au plancher… ou presque.
Les atouts majeurs
Soyons honnêtes, le seul intérêt réside dans la tôle froissée. Le refus des effets numériques offre une texture organique aux carambolages qui rappelle le cinéma de genre des années 70-80. La bagarre dans le commissariat, bien que brouillonne, possède une rugosité physique qui tranche avec les chorégraphies trop léchées de Marvel. C’est du « fait main« , et ça, c’est le seul point qui sauve le film du naufrage total.
Les faiblesses et limites
C’est ici que ça coince. L’intrigue est un catalogue de clichés usés jusqu’à la corde : le héros injustement accusé, les flics corrompus, la course contre la montre… Tout est prévisible. Le rythme est catastrophique ; entre deux accélérations, le film fait du surplace. Lino passe son temps à trottiner d’un point A à un point B alors que sa vie est en jeu. On s’ennuie ferme entre deux coups de pare-chocs, la faute à une écriture indigente qui ne parvient jamais à installer une tension réelle.
La mise en scène / Le jeu
Guillaume Pierret filme ses voitures avec amour, mais ses acteurs comme des meubles. Alban Lenoir est monolithique, confondant présence physique et absence d’expression. On attend un héros, on a un bloc de béton taciturne. Face à lui, Nicolas Duvauchelle fait du Duvauchelle, en roue libre dans le rôle du méchant électrique, mais cela ne suffit pas à compenser le vide abyssal du reste du casting. La réalisation manque cruellement de punch dès que les moteurs s’éteignent.
Le saviez-vous ?
- Zéro CGI : Guillaume Pierret a insisté pour que toutes les cascades soient réelles, détruisant des dizaines de véhicules pour obtenir ce rendu « métallique ».
- Héritage familial : Le coordinateur des cascades, Jean-Claude Lagniez, est une légende du milieu ayant travaillé sur des classiques comme Ronin ou The Bourne Identity.
- Budget serré : Le film a été tourné en grande partie à Sète pour optimiser les coûts, ce qui explique l’aspect parfois un peu « étriqué » des décors.
Conclusion et recommandation
Balle perdue plaira aux nostalgiques des cascades de Rémy Julienne et aux amateurs de mécanique, mais il laissera les cinéphiles exigeants sur le bord de la route. C’est un film qui a le moteur d’une Mustang mais la carrosserie d’une Twingo. À réserver à un dimanche soir pluvieux si Netflix ne propose rien d’autre.
Pistes de réflexion
Le cinéma d’action français peut-il exister sans singer les Américains ou se vautrer dans le réalisme social ? En choisissant le premier degré absolu après une scène d’ouverture quasi burlesque, le film rate l’occasion d’embrasser un genre plus décomplexé et ludique.
À vous de juger
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