
L’invention d’un métier
Si le terme « Sound Designer » est aujourd’hui monnaie courante, on le doit à Walter Murch sur APOCALYPSE NOW (1979). Pour la première fois, le son n’est plus un simple accompagnement, mais une force narrative à part entière. Walter Murch ne se contente pas de reproduire les bruits de la guerre ; il crée une architecture sonore qui nous plonge directement dans le psychisme du Capitaine Willard (incarné par Martin Sheen). Pour quiconque possède une installation Home Cinéma sérieuse, ce film est le test ultime de spatialisation et de dynamique.
L’ouverture : Une symphonie mentale
D’abord, il y a cette ouverture mythique qui reste une leçon de montage. Le vrombissement des pales d’hélicoptères se transforme progressivement en celui d’un ventilateur de plafond. Ce fondu sonore est génial car il brouille immédiatement la frontière entre la réalité de la jungle et le traumatisme de Willard dans sa chambre d’hôtel. Ensuite, les nappes sonores des Doors avec « The End » viennent envelopper le tout, créant une atmosphère onirique et funèbre. Ainsi, avant même la première réplique, le spectateur sait qu’il n’assiste pas à un film de guerre classique, mais à une descente aux enfers sensorielle.
Wagner et l’exaltation de l’horreur
De plus, l’utilisation de la musique est magistrale. La « Chevauchée des Walkyries » de Wagner, diffusée par les haut-parleurs des hélicoptères de Kilgore, est l’exemple parfait de l’utilisation du son comme arme psychologique. Le contraste entre la majesté de la musique classique et la violence des explosions crée une sensation de puissance folle, presque dérangeante. Néanmoins, c’est dans le mixage des sons d’ambiance de la jungle que Walter Murch brille le plus. Chaque cri d’oiseau, chaque clapotis de l’eau sur le fleuve Nung est travaillé pour renforcer l’oppression. Par conséquent, le son devient 50% de l’expérience : il nous fait « ressentir » l’humidité et le danger bien avant que l’image ne nous les montre.
Un voyage multidimensionnel
En conclusion, APOCALYPSE NOW (1979) est une œuvre qui se regarde autant qu’elle s’écoute. Le travail de Walter Murch a prouvé que le son pouvait être aussi expressif que la photographie de Vittorio Storaro. C’est une expérience psychédélique où le design sonore devient le guide de notre propre voyage vers le cœur des ténèbres.
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