Action, Aventure, Drame, Fantastique

EXCALIBUR (1981) ★★★★☆

Temps de lecture : 7 minutes
Affiche du film Excalibur de John Boorman montrant l'épée lumineuse, des chevaliers en armure et le visage de Merlin.
Affiche officielle d’Excalibur (1981), fresque arthurienne mythique et opératique réalisée par John Boorman.


En mémoire de Patrick Stewart (1940 – 2026)

Disparu le 28 octobre 2026, Patrick Stewart incarnait la noblesse et l’exigence du théâtre classique britannique portées au cinéma. Cette critique d’Excalibur (1981), où il prêtait sa voix d’airain et sa prestance shakespearienne au loyal Léodagan, lui est respectueusement dédiée. Salut à vous, Messire.

Le sang, l’acier et le mythe…

Oubliez les gentilles bondieuseries médiévales et la propreté clinique des reconstitutions numériques actuelles : ici, le mythe arthurien se forge dans la boue, le sperme, le sang et le fracas des armures rutilantes. John Boorman signe une fresque opératique démente, hallucinée et barbare, où le souffle païen écrase sans pitié les conventions du divertissement familial. Une immersion viscérale qui rappelle à quel point le cinéma des années 80 osait la démesure sans s’excuser. Découvrons à travers cette critique du film « Excalibur » (1981) comment le cinéaste a transcendé la légende pour livrer un opéra barbare d’une puissance plastique foudroyante.

Note : 4/5 (★★★★☆)

Dans une Angleterre médiévale ravagée par la guerre, le sorcier Merlin orchestre la destinée d’Arthur Pendragon, seul capable d’extraire la légendaire lame Excalibur de son socle de pierre. Devenu roi, Arthur fonde l’utopie de Camelot et réunit la Table Ronde pour pacifier le royaume. Mais la passion charnelle maudite unissant la reine Guenièvre au chevalier Lancelot, conjuguée aux maléfices de sa demi-sœur Morgane, précipite l’idéal arthurien vers un crépuscule d’une violence inéluctable.

Notre avis sur EXCALIBUR

Poser un regard contemporain et livrer un avis sur Excalibur (1981), c’est accepter de se confronter à une œuvre monstrueuse, radicale et sans équivalent dans le paysage cinématographique moderne. Loin des bluettes policées ou des productions aseptisées qui inondent nos écrans, John Boorman conçoit son long-métrage comme un poème tellurique. Le cinéaste britannique ne cherche pas la vérité historique des manuels scolaires, mais la vérité primordiale des archétypes celtiques et jungiens. En effet, chaque plan suinte une sauvagerie primitive où la nature respire au même rythme que les tourments des protagonistes. C’est du cinéma viscéral, abrasif, qui prend le spectateur à la gorge par sa démesure formelle et son refus catégorique du compromis.

L’atout maître du film réside dans son statut d’expérience sensorielle totale, où l’esthétique visuelle et sonore devient le véritable vecteur du sacré. La photographie sidérante d’Alex Thomson — éclairée par d’audacieux filtres verts et des faisceaux néon émeraude dissimulés dans les sous-bois irlandais — donne l’illusion constante que la forêt elle-même est un organisme vivant saturé d’énergie magique. Cette texture chromatique féerique dialogue à merveille avec les choix musicaux monumentaux : le Carmina Burana de Carl Orff et les envolées du Crépuscule des dieux de Richard Wagner ne servent pas de simples béquilles illustratives, mais catapultent les charges de cavalerie dans une dimension tragique et cosmique.

Par ailleurs, la réussite du métrage repose sur son traitement philosophique de la fin d’un monde. John Boorman orchestre avec une mélancolie déchirante la transition entre l’âge de la magie ancestrale et le règne des hommes. Merlin et Morgane assistent, impuissants, au recul de l’ancien culte draconique face à l’avènement du christianisme et de la mortalité désenchantée. Enfin, la puissance dramatique explose dans cette collision brutale entre l’idéalisme chevaleresque et la fatalité de la chair : la trahison passionnelle de Guenièvre et Lancelot n’est pas une simple romance contrariée, mais une faille tellurique qui pourrit la terre d’Arthur de l’intérieur, ancrant l’épopée dans une tragédie viscéralement humaine.

Toutefois, cette ambition titanique traîne inévitablement quelques scories. Vouloir compresser la colossale somme de Thomas Malory en deux heures et vingt minutes force le récit à de violentes ellipses temporelles qui nuisent parfois à l’attachement émotionnel immédiat. Certains arcs narratifs filent à bride abattue, réduisant des dilemmes complexes à des tableaux symboliques successifs. Bien que le charme artisanal demeure indéniable, certains trucages optiques accusent le poids des années 80, tandis que l’aspect trop étincelant des armures de plate intégrales peut frôler une surcharge kitsch pour les regards habitués au réalisme terreux contemporain.

Nigel Terry en armure et Cherie Lunghi en robe de mariée étincelante dans Excalibur de John Boorman.
Le mariage royal d’Arthur (Nigel Terry) et Guenièvre (Cherie Lunghi) dans Excalibur (1981).

Sur le plan de la mise en scène, John Boorman réalise un coup d’éclat magistral en traitant le cadre comme un retable médiéval en mouvement perpétuel. Sa caméra capte la sauvagerie des combats sans fard, refusant le montage haché moderne au profit de plans larges où le fer heurte véritablement le fer. Quant à l’interprétation, elle assume une déclamation volontairement shakespearienne et théâtrale. Si Nigel Terry compose un Arthur vulnérable, vieilli et brisé par sa charge avec une intensité bouleversante, c’est le duel au sommet entre Nicol Williamson et Helen Mirren qui foudroie l’écran. Nicol Williamson campe un Merlin cabotin, ironique, décharné et infiniment las, tandis qu’Helen Mirren insuffle à Morgane une sensualité venimeuse d’une modernité insolente. N’oublions pas les apparitions fulgurantes d’un casting alors débutant : Gabriel Byrne en Uther habité par la pulsion animale, et un jeune Liam Neeson brut de décoffrage en Gauvain. On retiendra également la présence impériale d’un tout jeune Patrick Stewart dans la peau de Léodagan (Leodegrance), qui injecte à ce seigneur loyal une autorité théâtrale et une intensité shakespearienne indéniables, bien avant de conquérir Hollywood.

  • Pour obtenir ces reflets verts surnaturels baignant les forêts et les armures métalliques, John Boorman et son chef opérateur Alex Thomson ont utilisé un système complexe de projecteurs émeraude et de miroirs réflecteurs camouflés dans les sous-bois du comté de Wicklow en Irlande.

  • Les armures complètes fabriquées sur mesure par Terry English étaient si lourdes et étouffantes que les acteurs ne pouvaient s’asseoir entre les prises : l’équipe technique devait concevoir des chevalets en bois pour les maintenir debout sans qu’ils s’effondrent d’épuisement.

  • Le tournage fut une pépinière de légendes : c’est sur ce plateau que Liam Neeson et Helen Mirren se sont rencontrés et ont entamé une relation passionnée de plusieurs années, tandis que John Boorman faisait tourner sa propre fille Katrine dans le rôle d’Ygraine.

  • Nicol Williamson (Merlin) et Helen Mirren (Morgane) se détestaient cordialement dans la vie après une collaboration orageuse au théâtre sur Macbeth ; John Boorman a délibérément exploité cette inimitié réelle pour décupler l’électricité toxique de leurs scènes communes.

Excalibur (1981) s’adresse aux amoureux de fantasy adulte, brute, opératique, ainsi qu’aux cinéphiles exigeants lassés par les algorithmes sans âme d’Hollywood. C’est un jalon fondamental qui a posé les bases esthétiques de tout le genre au cinéma. Pour prolonger ces échanges cinématographiques sans intermédiaire, rejoins dès maintenant ma chaîne WhatsApp : c’est direct sur ton smartphone, gratuit, anonyme et garanti sans langue de bois cinéphile.

Quarante ans après sa sortie, la vision panthéiste et sans concession de John Boorman résonne-t-elle davantage que les fresques médiévales contemporaines ? La stylisation théâtrale et baroque est-elle l’unique moyen d’adapter convenablement les mythes fondateurs, ou constitue-t-elle un frein pour l’immersion du public d’aujourd’hui ?

Et toi, que penses-tu du choc esthétique infligé par ce monument de 1981 ? La théâtralité de Merlin et la fureur wagnérienne t’ont-elles conquis ou laissé sur le bord du chemin ? Viens poser ton avis en commentaire !


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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