Drame, Guerre, Romance

GONE WITH THE WIND (1939) ★★★★☆

Temps de lecture : 6 minutes
Vivien Leigh dans le rôle de Scarlett O'Hara et Clark Gable en Rhett Butler dans le film Gone with the Wind de 1939.
Clark Gable et Vivien Leigh : le duo toxique le plus célèbre de l’âge d’or hollywoodien.

Splendeur visuelle, mirage sudiste toxique…

Monument absolu du vieil Hollywood ou plaidoyer embarrassant pour un monde esclavagiste idéalisé ? La fresque de Victor Fleming et David O. Selznick refuse de choisir, écrasant le spectateur sous son luxe formel tout en lui vendant le poison du mythe de la « Cause perdue ». Une démonstration de force plastique indéniable, portée par un duo d’anthologie, mais qui exige aujourd’hui une lucidité chirurgicale. Découvrons à travers cette critique du film « Gone with the Wind » (1939), distribué en France sous le célèbre titre de « Autant en emporte le vent« , comment le plus grand triomphe populaire de 1939 oscille entre le génie pur du mélodrame et le révisionnisme historique le plus toxique.

Note : 4/5 (★★★★☆)

Fille gâtée d’un grand planteur de Géorgie, Scarlett O’Hara refuse d’accepter le mariage d’Ashley Wilkes. Lorsque la guerre de Sécession anéantit le Sud esclavagiste et son opulence, la jeune femme lutte avec férocité pour préserver son domaine de Tara. Elle croise alors l’ombrageux Rhett Butler.

Notre avis sur GONE WITH THE WIND

Approcher cette fresque exige de dissocier la sidération rétinienne de l’écœurement moral. Émettre un avis sur Gone with the Wind (1939) sans évoquer son impardonnable complaisance politique relèverait de l’aveuglement pur. Le long-métrage demeure une machine de guerre narrative d’une efficacité redoutable, un prototype flamboyant du grand spectacle hollywoodien où chaque centime injecté par David O. Selznick transpire à l’écran. Pourtant, le vernis nostalgique appliqué sur l’esclavage glace le sang : derrière la romance tempétueuse et les crinolines écarlates, le film célèbre l’agonie d’une société féodale fondée sur l’oppression humaine, travestie ici en paradis pastoral injustement déchu.

L’œuvre tire sa puissance d’un gigantisme visuel qui n’a rien perdu de sa superbe. L’usage pionnier du Technicolor trichrome par Ernest Haller dynamite chaque plan : les couchers de soleil enflammés sur la terre rouge de Tara, la fameuse séquence d’Atlanta en flammes ou encore ce plan-grue vertigineux révélant des milliers de soldats confédérés agonisants établissent les bases du blockbuster moderne. La partition orchestrale de Max Steiner, d’un lyrisme incandescent, imprime la rétine et martèle la mémoire auditive. En effet, tout concourt à emporter le spectateur dans un tourbillon sensoriel que très peu de productions contemporaines parviennent à égaler en termes d’ambition scénographique et de rigueur formelle.

Le bât blesse lourdement dès que l’on scrute le substrat idéologique. Le long-métrage propage sans vergogne les poncifs sudistes, réécrivant la guerre de Sécession sous l’angle larmoyant de la « Cause perdue ». Les personnages afro-américains sont relégués à des archétypes réducteurs de serviteurs dévoués, heureux de leur servitude et dociles jusqu’à la caricature, ce qui désamorce toute vérité historique. Par ailleurs, la durée frôlant les quatre heures finit par peser dans un dernier tiers encombré de facilités mélodramatiques et de péripéties domestiques répétitives, où le cynisme salvateur des débuts cède la place à un dolorisme parfois pesant.

Clark Gable dans le rôle de Rhett Butler, souriant en costume élégant dans Gone with the Wind de 1939.
Clark Gable impose le charme narquois et l’ironie mordante de Rhett Butler dans Gone with the Wind (1939).

La réussite dramatique repose avant tout sur l’écriture de Scarlett O’Hara et l’incroyable composition de Vivien Leigh. Scarlett n’a rien d’une héroïne conventionnelle : menteuse, arriviste, opportuniste et manipulatrice, elle s’affranchit des carcans de la bienséance pour devenir une survivante acharnée. Face à elle, Clark Gable campe un Rhett Butler parfait de nonchalance virile et d’arrogance blessée. Bien que prisonnière d’une écriture paternaliste, Hattie McDaniel apporte une présence et une humanité bouleversantes dans le rôle de Mammy, décrochant un Oscar historique dans des conditions d’apartheid notoires. La réalisation de Victor Fleming, bien que pragmatique et dictée par la poigne de David O. Selznick, orchestre ce maelström humain avec une précision d’horloger.

  • Le tournage de l’incendie de l’entrepôt militaire d’Atlanta a nécessité de brûler d’anciens décors des studios RKO, notamment les gigantesques portes en bois du King Kong original de 1933, afin de libérer de la place pour bâtir les décors de Tara.
  • Hattie McDaniel n’a pas eu le droit d’assister à l’avant-première du film à Atlanta en raison des lois ségrégationnistes Jim Crow en vigueur, et a dû s’asseoir à une table séparée au fond de la salle lors de la cérémonie des Oscars où elle a été sacrée.
  • Pas moins de trois réalisateurs se sont succédé sur le tournage : George Cukor (remercié après quelques semaines sous la pression de Clark Gable), Victor Fleming (qui fit une dépression nerveuse durant la production) et Sam Wood, venu assurer l’intérim sans être crédité au générique final.
  • Vivien Leigh a passé plus de 125 jours de tournage et essayé près de 30 tenues conçues par le chef costumier Walter Plunkett, dont la légendaire robe verte taillée dans des rideaux en velours pour symboliser la misère et la ruse de Scarlett.

Fresque colossale et fleuron du cinéma classique, le film s’adresse aux passionnés d’histoire du cinéma capables d’affronter l’héritage trouble d’un chef-d’œuvre formellement magistral mais idéologiquement faussé. Pour des alertes critiques sans filtre, des sélections de polars et des analyses directes sur votre smartphone, rejoignez gratuitement et anonymement ma chaîne WhatsApp. Pour approfondir votre avis sur Gone with the Wind (1939) et analyser un autre sommet hollywoodien auscultant l’effondrement moral américain, découvrez notre analyse de The Godfather (1972).

Ce mastodonte hollywoodien prouve qu’un spectacle techniquement parfait peut véhiculer un révisionnisme historique flagrant. Faut-il isoler le génie du Technicolor de son apologétique confédérée, ou juger l’œuvre inséparable de son venin idéologique ? Le rôle du cinéphile moderne consiste précisément à démonter ces mécanismes de fascination sans fermer les yeux sur leur forfaiture morale.

Alors, chef-d’œuvre impérissable ou relique toxique ? Le charisme de Scarlett et Rhett excuse-t-il les mensonges sur le Sud esclavagiste ? Partagez vos arguments en commentaire.


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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