
Du kung-fu chez les mafieux…
Note & Verdict d’entrée
Gabriele Mainetti tente le grand écart stylistique avec ce « Spaghetti Eastern » qui catapulte le cinéma d’arts martiaux pur jus dans l’Esquilino romain. Face à la léthargie habituelle des productions européennes, voir débarquer une telle décharge d’énergie cinétique fait l’effet d’un électrochoc salutaire. Bien que le film s’égare dans un ventre mou mélodramatique regrettable, l’audace formelle et la férocité des affrontements emportent largement la mise. Découvrons à travers cette critique du film « The Forbidden City » (2025) l’alchimie explosive entre mandales hongkongaises et polar urbain rital.
Note : 3.5/5 (★★★✮☆)
Le Pitch
Arrivée clandestine à Rome, Mei, redoutable combattante, cherche désespérément sa sœur aînée Yun. Ses recherches la mènent à Marcello, fils de restaurateur dont le père s’est également volatilisé. Unis par le destin, ils se retrouvent traqués au cœur d’une lutte sans merci opposant la pègre locale aux triades chinoises.
Notre avis sur THE FORBIDDEN CITY
Gabriele Mainetti confirme son statut d’artisan singulier au sein d’un cinéma européen trop souvent frileux. En effet, marier l’héritage du polar italien poisseux aux codes virevoltants du kung-fu des années 90 relevait du pari casse-gueule. Le cinéaste s’en sort avec les honneurs en créant un métissage viscéral, où les néons des ruelles de l’Esquilino se teintent d’une noirceur héritée des grands polars asiatiques. Notre avis sur The Forbidden City s’avère donc très positif sur le plan de la générosité formelle, même si le récit aurait gagné à sabrer dans ses digressions sentimentales pour préserver son souffle initial.
Les atouts majeurs
L’hybridation des genres constitue la grande force de cette proposition. La caméra de Paolo Carnera capture la friction entre deux mondes criminels avec une richesse de texture impressionnante. Les séquences martiales évitent le piège du découpage hystérique à l’américaine : chaque impact est lourd, net, magnifié par l’utilisation ingénieuse du décor urbain, transformant couteaux de boucher et ustensiles de cuisine en prolongements mortels du corps. L’énergie brute rappelle les heures de gloire du cinéma d’action de Hong Kong, enrichie par un soin maniaque apporté à la lumière et aux cadrages.
Les faiblesses et limites
Le film accuse toutefois le coup dans sa seconde moitié, miné par un ventre mou évident. À force de vouloir muer son thriller d’arts martiaux percutant en fresque mafieuse romantique, le réalisateur étire inutilement sa narration sur 138 minutes. L’ellipse entourant le dénouement de la sœur Yun paraît expédiée, tandis que la romance entre les deux protagonistes freine brutalement l’intensité dramatique au détriment de la vengeance pure. Par ailleurs, certains seconds rôles de la pègre romaine finissent réduits à des silhouettes archétypales sans réelle épaisseur.

La mise en scène / Le jeu
La révélation absolue du film reste Yaxi Liu. L’ancienne cascadeuse crève l’écran par son charisme physique et son regard magnétique, conférant à son personnage une intensité tragique qui évoque les plus grandes figures féminines du cinéma d’action sud-coréen. Gabriele Mainetti sait exactement où poser son objectif pour sublimer sa motricité sans tricher. Face à elle, Enrico Borello offre un contrepoint dramatique solide, et le vétéran Luca Zingaretti compose une figure mafieuse usée avec une belle justesse.
Le saviez-vous ?
- Yaxi Liu a été la doublure cascades officielle de Liu Yifei sur le blockbuster Mulan (2020) avant que Gabriele Mainetti ne lui confie ici son premier grand rôle principal dramatique.
- Pour concevoir les chorégraphies martiales, l’équipe a engagé des coordinateurs de cascades issus de l’école hongkongaise, exigeant que les scènes de combat dans la cuisine du restaurant soient exécutées sans câbles ni trucages numériques majeurs.
- Le quartier de la Piazza Vittorio Emanuele II et de l’Esquilino sert de décor naturel majeur, traduisant à l’écran la véritable mixité communautaire de la capitale italienne.
- Le compositeur Fabio Amurri a mixé des instruments traditionnels chinois (erhu, pipa) avec les sonorités rugueuses et crasseuses du synthétiseur analogique typique des polars italiens des années 70.
Conclusion et recommandation
Cette proposition réjouira les amateurs de bastons millimétrées et de polar métissé, prouvant que l’action européenne peut rivaliser d’inventivité technique sans singer bêtement Hollywood. Pour ne rien manquer de mes avis tranchés et analyses sans filtre, rejoins ma chaîne WhatsApp, c’est 100% gratuit, anonyme et livré directement sur ton smartphone. Dans un registre de polar urbain tout aussi violent et stylisé, replongez dans l’efficacité brute de The Chaser (2008) pour retrouver une traque sans concession.
Pistes de réflexion
Le mariage entre kung-fu hongro-chinois et polar méditerranéen peut-il ouvrir une brèche durable pour le cinéma de genre européen, ou restera-t-il une simple anomalie stylistique isolée face aux rouleaux compresseurs des franchises américaines ? La question de l’équilibre entre identité locale et cinéphilie importée mérite d’être posée face à ce résultat fascinant mais imparfait.
À vous de juger
Ce métissage italo-chinois t’a-t-il convaincu ou le coup de mou du deuxième acte a-t-il gâché ton plaisir ? Viens partager tes impressions en commentaire ci-dessous.

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