Action, Crime - Policier, Thriller

PANAMA (2022) ★★✮☆☆

Temps de lecture : 6 minutes
Affiche du film Panama avec Cole Hauser armé et Mel Gibson sur fond d'explosions et d'hélicoptère.
Cole Hauser et Mel Gibson réunis sur l’affiche officielle du thriller d’action Panama (2022).

Trafic moite et chaos garanti…

Série B assumée jusqu’à la moelle, ce thriller politique carbure à l’adrénaline brute sans jamais s’embarrasser de dentelle narrative. Mel Gibson cabotine avec une autorité insolente au milieu d’un panier de crabes tropical shooté sous acide. Le spectacle remplit son cahier des charges régressif, mais le scénario s’évapore sous la chaleur accablante de l’isthme. Découvrons à travers cette critique du film « Panama » (2022) si la nervosité furieuse de Marc Neveldine suffit à sauver un deal d’armes en perdition.

Note : 2.5/5 (★★✮☆☆)

1989. En pleine tourmente géopolitique avant l’invasion américaine, James Becker, un ex-marine hanté par le deuil, est recruté par Stark, un agent trouble de la CIA. Sa mission secrète : infiltrer les bas-fonds de Panama City pour négocier l’achat d’un hélicoptère de combat soviétique auprès de militaires corrompus et de barons locaux. Pris dans un engrenage fatal où tout le monde trahit tout le monde, Becker découvre que sa survie dépend d’alliances toxiques.

Notre avis sur PANAMA

En effet, poser un regard critique sur ce long-métrage exige d’accepter d’emblée son statut de thriller pulpeux et sans vergogne. Marc Neveldine délaisse ici son acolyte Brian Taylor mais conserve son goût immodéré pour la caméra portée frénétique et les cadrages instables. Notre avis sur Panama (2022) balance constamment entre la jubilation coupable devant un cinéma d’exploitation musclé et l’agacement profond face à une narration qui part en lambeaux dès la première demi-heure. Le cinéaste injecte une tension physique permanente, capturant la déliquescence du régime de Noriega à travers le prisme d’une traque crasseuse où la morale est morte depuis longtemps.

L’identité plastique constitue le véritable poumon du projet. Marc Neveldine et son directeur de la photographie Pedro Juan Lopez enveloppent l’ensemble dans une atmosphère de film noir tropical d’une remarquable moiteur. Loin des éclairages froids habituels, les ruelles et les tripots s’embrasent d’une saturation de néons crépusculaires, baignés d’une sueur omniprésente qui confère à chaque séquence une consistance tactile et étouffante. Cette direction artistique soignée donne corps au cauchemar éveillé du protagoniste. Par ailleurs, les poussées d’action possèdent ce tranchant brut et viscéral propre au réalisateur de Hyper Tension (2006), dynamisées par la partition rock et fiévreuse signée Mick Fury qui colle parfaitement à cette virée décadente en enfer.

L’écriture représente en revanche le talon d’Achille indiscutable du long-métrage. Daniel Adams et William Barber s’empêtrent dans une gestion des rebondissements scénaristiques qui tourne vite à l’indigestion. En accumulant les doubles jeux, les faux-semblants et les coups tordus de manière mécanique, le récit noie ses enjeux dans un magma confus où la logique élémentaire finit par abdiquer. Bien que le rythme ne faiblisse jamais, cette frénésie constante empêche toute véritable empathie envers les personnages, réduisant les figures féminines à des silhouettes décoratives ou à de banals déclencheurs dramatiques.

L'acteur Cole Hauser, portant un t-shirt noir, vise avec une arme de poing sur une terrasse couverte et végétalisée.
Cole Hauser en action dans une scène du film « Panama » (2022).

L’intérêt dramatique repose presque intégralement sur le contraste des performances d’acting. Cole Hauser fait le job avec sa mâchoire carrée et son registre taiseux de vétéran brisé, mais son personnage manque cruellement de relief psychologique pour captiver sur la durée. En face, Mel Gibson vampirise littéralement chacune de ses apparitions. D’un simple rictus ou d’une intonation rauque, il apporte ce magnétisme carnassier et cette ironie dévastatrice qui élèvent instantanément le dialogue au-dessus de sa médiocrité littérale. Marc Neveldine orchestre le découpage avec le sens du chaos maîtrisé qu’on lui connaît, même si le montage de Christopher Cibelli s’avère parfois trop saccadé pour laisser respirer la dimension historique.

  • Le projet a longtemps traîné dans les cartons d’Hollywood : initialement, Daniel Adams devait lui-même réaliser le film dès 2014, avec Morgan Freeman envisagé dans le rôle de Stark, avant que la production ne soit totalement remaniée.

  • Bien que l’action se déroule intégralement au Panama à la fin des années 1980, le tournage a principalement eu lieu à Porto Rico pour des raisons de logistique et d’incitations fiscales, imposant un minutieux travail de reconstitution urbaine pour restituer l’ambiance des clubs et des faubourgs de l’époque.

  • Marc Neveldine a conservé son habitude légendaire d’opérer lui-même certaines caméras légères, parfois perché sur des rollers ou harnaché à des véhicules, pour insuffler ce rendu cinétique ultra-immersif lors des poursuites.

Finalement, Panama (2022) s’adresse avant tout aux amateurs de polars d’action carnassiers des années 90 et aux inconditionnels du charisme sauvage de Mel Gibson. Un divertissement brut, moite et visuellement stylisé, qui divertit sans peine si l’on consent à mettre son cerveau en veilleuse face aux trous d’air de l’intrigue. Pour ne rien rater des prochaines sorties et analyses musclées, rejoins directement ma chaîne WhatsApp, c’est 100 % gratuit, anonyme et livré sans fard sur ton smartphone ! Pour un autre plongeon musclé dans la violence brute et les opérations clandestines désespérées, jette un œil à notre analyse de Sicario (2015).

Le film interroge la zone grise des interventions clandestines de la CIA en Amérique latine avant la chute du bloc de l’Est. En transformant des conflits géopolitiques majeurs en foire d’empoigne mercantile, la fiction pose la question de la frontière poreuse entre patriotisme d’État et pur mercenariat criminel.

Marc Neveldine a-t-il réussi son pari de série B fiévreuse ou la confusion du scénario a-t-elle gâché votre plaisir ? Mel Gibson suffit-il à sauver le tableau ?
Venez vider votre sac et confronter vos arguments dans l’espace commentaires !


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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