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THERE WILL BE BLOOD (2007) ★★★★★

Temps de lecture : 6 minutes
Affiche de There Will Be Blood montrant le profil de Daniel Day-Lewis découpé sur un derrick au coucher du soleil.
Daniel Day-Lewis impérial dans There Will Be Blood (2007) de Paul Thomas Anderson.

L’or noir dévore les âmes…

Monument de noirceur et chef-d’œuvre crépusculaire, le film de Paul Thomas Anderson dissèque avec une férocité inouïe la naissance sauvage d’un empire bâti sur le pétrole et le mensonge. Porté par une performance titanesque qui foudroie tout sur son passage, ce drame viscéral impose une vision sans concession de l’Amérique triomphante. Découvrons à travers cette critique du film There Will Be Blood (2007) l’affrontement sauvage entre l’avidité capitaliste et le fanatisme religieux.

Note : 5/5 (★★★★★)

Au début du XXe siècle en Californie, Daniel Plainview, prospecteur acharné et solitaire, découvre un gisement de pétrole colossal. Bâtissant un empire industriel grâce à une ambition dévorante et manipulatrice, il se heurte violemment à Eli Sunday, un jeune prédicateur local tout aussi avide de pouvoir spirituel. Leur rivalité implacable scelle une lente descente vers l’aliénation, la misère morale et la folie destructrice.

Notre avis sur THERE WILL BE BLOOD

Avec There Will Be Blood, Paul Thomas Anderson signe bien plus qu’une simple fresque d’époque : il livre une véritable autopsie du rêve américain. Notre avis sur ce There Will Be Blood (2007) est sans équivoque : il s’agit d’une œuvre majeure du cinéma contemporain, terrifiante de précision et magistrale d’intensité. Loin des bluettes académiques ou des drames frileux, le cinéaste plonge ses mains dans la boue, le sang et le pétrole pour bâtir une tragédie moderne d’une puissance biblique.

La grandeur de l’œuvre repose d’abord sur la collision brutale entre les deux piliers historiques du pouvoir américain : l’argent et la foi. L’antagonisme viscéral entre Daniel Plainview et le pasteur Eli Sunday ne fait aucun compromis. Paul Thomas Anderson démontre que le capitalisme sauvage et le prosélytisme évangélique sont les deux faces d’une même pièce d’exploitation humaine. L’évolution psychologique de Plainview est fascinante : d’abord forçat de travail résilient dans son trou boueux, il se métamorphose en ogre misanthrope, dévoré par une paranoïa morbide qui l’isole dans un palais vide. L’ambiance biblique et suffocante du film naît également d’un mariage esthétique parfait : les contrastes tranchants de la lumière capturent des paysages désertiques transformés en enfers terrestres, tandis que la partition angoissante et dissonante de Jonny Greenwood installe un malaise sonore permanent, conférant à chaque forage l’allure d’une profanation sacrilège.

Bien que l’œuvre frôle la perfection formelle, son tempo délibérément lent et contemplatif exige une attention totale, en particulier durant une ouverture quasi muette d’une rigueur austère. Par ailleurs, face à la complexité abyssale de Daniel Plainview, le personnage d’Eli Sunday peut parfois sembler plus théâtral, frôlant la caricature du dévot illuminé. Enfin, le dernier acte, volontairement grotesque et allégorique, rompt avec le naturalisme minéral des débuts, ce qui pourra dérouter les amateurs de récits linéaires.

Paul Thomas Anderson déploie une mise en scène d’une précision chirurgicale, alternant cadres larges majestueux et gros plans asphyxiants. La photographie somptueuse de Robert Elswit magnifie chaque goutte d’or noir jaillissant du sol, transformant les derricks en flammes en tableaux apocalyptiques inoubliables. Le montage rigoureux de Dylan Tichenor confère au récit une pulsation lente mais inexorable, étirant les silences pour faire exploser la violence psychologique. Devant la caméra, Daniel Day-Lewis offre une performance impériale, possédée et monstrueuse, dominant l’écran par sa voix caverneuse et son regard d’acier, tandis que Paul Dano lui oppose une duplicité visqueuse tout à fait saisissante.

Derrick pétrolier en contre-jour sous un ciel bleu nuageux dans There Will Be Blood (2007).
Le champ pétrolifère de Little Boston sous l’œil de Paul Thomas Anderson dans There Will Be Blood (2007).
  1. Une ouverture silencieuse : Les quatorze premières minutes du film ne comportent aucune ligne de dialogue, se concentrant uniquement sur les bruits métalliques, les râles et les gestes de Daniel Plainview extrayant l’argent puis le pétrole.
  2. La fumée de No Country for Old Men : Le tournage a eu lieu à Marfa, au Texas, au même moment et dans la même région que celui de No Country for Old Men des frères Coen. Une journée de tournage des frères Coen a même été interrompue à cause de l’épaisse fumée noire provoquée par l’incendie d’un derrick sur le plateau de Paul Thomas Anderson.
  3. Une partition non éligible aux Oscars : Bien qu’acclamée par la critique, la sublime bande originale composée par Jonny Greenwood (guitariste de Radiohead) a été disqualifiée pour l’Oscar de la meilleure musique en raison de l’utilisation d’extraits d’œuvres préexistantes de sa pièce Popcorn Superhet Receiver.
  4. Un chef opérateur récompensé : Le directeur de la photographie Robert Elswit a remporté l’Oscar de la meilleure photographie pour son travail virtuose sur le film, utilisant des optiques vintage des années 1910 pour recréer le grain et la lumière naturelle de l’époque.

There Will Be Blood (2007) s’impose comme un sommet incontestable du drame épique américain, destiné aux passionnés de cinéma exigeant, de grands duels psychologiques et de tragédies sans concession. Pour ne rien manquer de nos analyses sans filtre et de nos conseils cinéma au quotidien, rejoins dès maintenant notre chaîne WhatsApp CritiKs MoviZ sur WhatsApp : c’est gratuit, totalement anonyme et accessible directement sur ton smartphone ! Retrouve également notre avis sur No Country for Old Men pour prolonger cette exploration des ténèbres humaines et des paysages désertiques texans de 2007.

Le film nous interroge : la réussite absolue et l’accumulation matérielle condamnent-elles inévitablement l’être humain à la solitude et à la destruction de ses liens affectifs les plus intimes ?

Qu’avez-vous pensé de la confrontation finale entre Daniel Plainview et Eli Sunday ?
Daniel Day-Lewis livre-t-il ici sa meilleure interprétation ?
Venez partager vos réflexions et vos arguments en commentaire !


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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