
Quand le son devient cauchemar…
Note & Verdict d’entrée
Ian Tuason signe une proposition sensorielle déroutante qui évite avec brio les jump scares faciles pour mieux vriller le système nerveux. Si la démarche expérimentale frôle parfois l’austérité contemplative, l’audace formelle impose le respect. Découvrons à travers cette critique du film comment le travail sur les fréquences sonores transforme un drame du deuil en authentique descente aux enfers psychologique.
Note : 3.5/5 (★★★✮☆)
Le Pitch
Elias, restaurateur de bandes audio méthodique, découvre une fréquence anormale dissimulée dans les archives d’un compositeur mystérieusement disparu. En isolant ce signal obsédant, ses perceptions vacillent. La frontière entre traumatismes enfouis, défaillances de la mémoire et menace sonore s’effondre dans une paranoïa asphyxiante.
Notre avis sur UNDERTONE
Pour qui cherche une trouille prémâchée à grand renfort de violons stridents, l’expérience risque d’être rude. Notre avis sur Undertone (2025) penche résolument du côté des œuvres hybrides qui font confiance à l’intelligence et aux sens du spectateur. Ian Tuason ne cherche pas à séduire la galerie avec des recettes éculées, mais bâtit un thriller acoustique rigoureux où le hors-champ audio dicte en permanence le malaise visuel. Une œuvre exigeante, parfois rêche, mais habitée d’une vraie vision de metteur en scène.
Les atouts majeurs
La réussite du long-métrage repose sur une maîtrise stupéfiante du design sonore1, pensé non comme un simple habillage d’ambiance, mais comme le moteur dramaturgique absolu. Shanika Lewis-Waddell et Ian Tuason sculptent les infrabasses, les silences pesants et les micro-fréquences pour manipuler directement l’état physiologique du public. Cette agression feutrée des tympans trouve son écho dans une photographie aux clairs-obscurs oppressants. En effet, les cadrages se resserrent et se fragmentent à mesure que la mémoire d’Elias se délite, traduisant visuellement la faillibilité des souvenirs et le poids du non-dit avec une élégance clinique remarquable.
Les faiblesses et limites
Le film trébuche cependant sur la gestion de son tempo. Le deuxième acte étire sa contemplation jusqu’à flirter avec une léthargie excessive qui met la patience à rude épreuve sans toujours apporter de grain à moudre thématique. Par ailleurs, la trajectoire narrative fait le choix d’un dénouement délibérément cryptique et ouvert qui laissera sur le carreau les amateurs de résolutions nettes. Enfin, les figures secondaires (portées par Nina Kiri, Michèle Duquet ou Keana Lyn Bastidas) peinent à exister en dehors de leur fonction mécanique de révélateurs du trouble du protagoniste.
La mise en scène / Le jeu
Ian Tuason fait preuve d’une belle précision chirurgicale derrière la caméra. Sa mise en scène privilégie les plans fixes géométriques et les décadrages anxiogènes pour matérialiser la fissure psychologique. Dans le rôle principal, Adam DiMarco porte le métrage sur ses épaules avec un jeu tout en intériorité et en micro-tensions, évitant le piège de l’hystérie pour privilégier le regard halluciné de l’homme dévoré par son obsession.

Le saviez-vous ?
- Recherche acoustique : La compositrice Shanika Lewis-Waddell a intégré de véritables battements binauraux et des fréquences proches de l’infrason (autour de 19 Hz) pour susciter un sentiment inconscient de malaise et d’anxiété chez l’auditeur.
- Tournage en immersion : Le studio de mixage servant de décor principal a été conçu comme une boîte insonorisée étouffante afin de contraindre physiquement les acteurs et de refléter l’isolement autarcique du personnage.
- Textures analogiques : Pour renforcer l’authenticité des bandes magnétiques restaurées, l’équipe son a réenregistré certains fragments musicaux sur d’authentiques magnétophones à bande des années 1970 avant de les réinjecter dans le master numérique.
Conclusion et recommandation
Undertone s’adresse avant tout aux amateurs d’épouvante psychologique cérébrale et aux passionnés d’expériences sonores radicales dans la lignée de Berberian Sound Studio (2013). Pour ne rien rater des prochaines sorties et échanger sans filtre sur le cinéma de genre, rejoins ma chaîne WhatsApp, c’est gratuit, totalement anonyme et accessible directement sur ton smartphone.
Pistes de réflexion
Le son enregistré est-il plus fiable que la mémoire humaine ? En confrontant les traumatismes refoulés à la matérialité d’une bande audio, le film interroge la capacité de notre cerveau à réécrire nos souvenirs pour survivre au réel.
À vous de juger
Et vous, êtes-vous sensibles à cette horreur acoustique ou ce minimalisme vous a-t-il laissés de marbre ?
Venez en débattre dans les commentaires !

- Dans le langage cinématographique, le sound design — ou conception sonore — regroupe l’ensemble des procédés acoustiques utilisés pour façonner l’ambiance et dicter l’impact psychologique d’une scène. ↩︎
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