Drame, Fantastique, Romance

CITY OF ANGELS (1998) ★★★☆☆

Temps de lecture : 6 minutes
Texte alternatif (Alt) : Affiche du film City of Angels montrant Nicolas Cage et Meg Ryan au-dessus de silhouettes d'anges face au soleil couchant.
L’affiche officielle de City of Angels (1998), romance fantastique portée par Nicolas Cage et Meg Ryan.

L’éternité troquée contre du sentiment…

Repasser derrière le chef-d’œuvre absolu de Wim Wenders sans se brûler les ailes relevait de la mission suicide. Brad Silberling signe pourtant un mélodrame fantastique élégant, sublimé par la photographie de John Seale mais bridé par les poncifs sentimentaux hollywoodiens. Découvrons à travers cette critique du film City of Angels (1998) comment cette transposition californienne sacrifie la méditation poétique sur l’autel de la romance lacrymale.

Note : 3/5 (★★★☆☆)

À Los Angeles, des êtres célestes invisibles accompagnent silencieusement les mourants. Seth, un ange fasciné par les vivants, croise la route de Maggie Rice, une chirurgienne cardiaque dévastée par la perte d’un patient. Bouleversé par sa détresse et son humanité, il décide de se rendre visible. Face à cet amour impossible, Seth doit choisir : conserver son immortalité ou chuter sur Terre pour ressentir enfin la chair et la douleur.

Notre avis sur CITY OF ANGELS

Adapter Les Ailes du désir (1987) au cœur du Los Angeles de la fin des années 90 impliquait nécessairement une mutation culturelle radicale. Là où l’œuvre matricielle de Wim Wenders auscultait les plaies historiques et la mélancolie d’un Berlin encore hanté par ses fractures, Brad Silberling resserre son récit autour d’une romance métaphysique taillée pour le grand public américain. Ce glissement gomme la portée politique originelle pour transformer une errance existentielle en un drame intime sur la finitude. Malgré cette simplification structurelle, le long-métrage conserve une sincérité désarmante dans sa manière de capter la solitude urbaine, portée par la partition feutrée de Gabriel Yared et l’énergie brute des morceaux d’Alanis Morissette ou Sarah McLachlan. Notre avis sur ce film reste partagé entre l’admiration pour sa beauté plastique et la frustration devant ses facilités d’écriture.

Les atouts majeurs résident incontestablement dans l’ambition visuelle insufflée par le chef opérateur John Seale. La caméra capture une City of Angels nimbée de reflets ambrés et de crépuscules somptueux, offrant aux spectateurs des compositions de plans vertigineuses. Voir ces silhouettes vêtues de noir veiller sur les mortels depuis le sommet des échangeurs d’autoroutes ou les rayonnages d’une bibliothèque monumentale confère au long-métrage une grâce plastique indéniable. Meg Ryan livre par ailleurs une prestation habitée, insufflant une vulnérabilité fiévreuse à cette chirurgienne rationnelle confrontée à l’inexplicable. Enfin, la thématique du sacrifice existentiel — renoncer à l’absolu pour goûter à l’éphémère — confère à l’ensemble une réelle gravité émotionnelle qui dépasse le simple mélo de studio.

Les faiblesses et limites sautent toutefois aux yeux dès lors que le scénario de Dana Stevens cherche à matérialiser les enjeux philosophiques par des dialogues explicatifs redondants. Là où l’épure et le silence suffisaient chez Wim Wenders, Brad Silberling cède trop vite aux codes du mélodrame lacrymal calibré. Le rythme s’affaisse dans un ventre mou narratif où la sensualité promise peine à jaillir de la mise en scène. Pire encore, le dénouement tragique, bien qu’efficace pour tirer les larmes, ressemble à un artifice scénaristique grossier pour précipiter la trajectoire morale du héros sans assumer jusqu’au bout la réalité quotidienne d’une existence mortelle.

Du côté de la mise en scène, Brad Silberling adopte une esthétique soignée mais trop sage, qui échoue partiellement à traduire le choc sensoriel de l’incarnation. Le montage et le travail sonore restent trop timorés pour faire ressentir la découpe d’une poire, le souffle du vent ou la morsure du froid. Devant l’objectif, Nicolas Cage propose un jeu lunaire, fait de regards écarquillés et d’une posture quasi catatonique. Bien que sa démarche convienne à la nature spectrale de son rôle au début, son jeu manque cruellement de jubilation organique une fois devenu mortel. Face à lui, Meg Ryan porte véritablement le film sur ses épaules, bien épaulée par Dennis Franz, parfait en ex-ange truculent qui embrasse les plaisirs terrestres sans retenue.

Nicolas Cage en ange veille sur Meg Ryan sous sa douche dans une scène intime du film City of Angels.
Seth (Nicolas Cage) observant silencieusement Maggie (Meg Ryan), témoin invisible de son intimité.
  • L’hommage à Wim Wenders et Derek Jarman : Le film est dédié à la mémoire de la productrice Dawn Steel, mais il intègre également de nombreuses références visuelles directes aux Ailes du désir, notamment la scène emblématique où les anges se regroupent sur la plage à l’aube pour écouter le chant de l’océan.

  • Le vertige des hauteurs : Pour les séquences où Seth contemple la ville depuis les corniches des gratte-ciels, Nicolas Cage a insisté pour tourner lui-même sans doublure au bord du vide sur un bâtiment de Los Angeles, sécurisé uniquement par de fins câbles effacés en post-production.

  • Une bande originale culte : L’album de la bande originale, orchestré par Gabriel Yared avec des titres phares écrits spécifiquement pour le film comme Iris des Goo Goo Dolls et Uninvited d’Alanis Morissette, a rencontré un succès planétaire supérieur à celui du film au box-office, s’écoulant à plus de huit millions d’exemplaires.

City of Angels (1998) s’adresse aux amateurs de grands mélodrames fantastiques des années 90 et aux spectateurs sensibles aux romances crépusculaires qui préfèrent l’émotion frontale à la rigueur d’auteur. Pour prolonger vos découvertes et retrouver nos analyses en temps réel, rejoignez dès maintenant la communauté sur ma chaîne WhatsApp, c’est entièrement gratuit, anonyme et accessible directement sur votre smartphone. Cette œuvre singulière s’inscrit pleinement dans le paysage cinématographique dense de son époque, à redécouvrir dans notre dossier rétrospectif 1998 : L’ANNÉE DU CHOC VISCÉRAL.

Le sacrifice de Seth soulève une interrogation universelle : la plénitude de l’existence humaine ne tient-elle pas précisément à son caractère éphémère et douloureux, rendant l’immortalité stérile à force d’invulnérabilité ?

Ce remake américain trahit-il l’essence poétique du chef-d’œuvre de Wim Wenders ou réussit-il son pari émotionnel ?
Venez partager votre point de vue dans l’espace commentaires ci-dessous.


En savoir plus sur CritiKs MoviZ

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Avatar de Inconnu

À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Nombres de Visites

  • 582 787 visiteurs ont fréquenté ce blog. Merci à tous !

S'abonner au blog via e-mail

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Archives

En savoir plus sur CritiKs MoviZ

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture