Crime - Policier, Drame, Thriller

LA PISCINE (1969) ★★★★☆

Temps de lecture : 5 minutes
Affiche vintage d'Alain Delon et Romy Schneider enlacés pour La Piscine (1969).
Le magnétisme tragique d’un duo mythique sous le soleil de la Riviera.

Le soleil brûle les illusions…

La Piscine (1969) de Jacques Deray s’impose comme un huis clos moite et vénéneux où le vernis bourgeois s’écaille sous le soleil cuisant de la Côte d’Azur. Loin des mièvreries habituelles, ce thriller distille une tension suffocante, sublimée par des monstres sacrés au sommet de leur charisme. Découvrons à travers cette critique du film comment le farniente estival bascule inexorablement vers le drame psychologique absolu.

Note : 4/5 (★★★★☆)

Jean-Paul et Marianne coulent des jours paisibles dans une somptueuse villa de Saint-Tropez. Leur retraite sensuelle et idyllique est brutalement interrompue par l’arrivée impromptue de Harry, l’ancien amant de Marianne, accompagné de sa fille Pénélope. Rapidement, la chaleur accablante exacerbe les rancœurs enfouies, installant un dangereux jeu de séduction et de jalousie.

Notre avis sur LA PISCINE

Formuler un avis sur La Piscine nécessite de plonger dans les eaux troubles de l’âme humaine. Ce film n’est pas qu’une simple carte postale estivale, c’est une autopsie cruelle des relations de couple, servie par une esthétique solaire trompeuse.

L’un des coups de maître de Jacques Deray réside dans le contraste saisissant entre le décor paradisiaque et la tension dramatique qui irrigue le récit. Le réalisateur utilise la luminosité écrasante et la langueur apparente de la Côte d’Azur pour mieux souligner l’étouffement psychologique de ses protagonistes. L’alchimie méta-cinématographique du casting apporte une épaisseur vertigineuse à l’ensemble. L’histoire réelle entre Alain Delon et Romy Schneider, couplée à la présence de Maurice Ronet, insuffle une authenticité viscérale aux cruels jeux de séduction qui se trament au bord de l’eau, transformant la villa en une véritable poudrière.

Bien que l’ambiance soit proche de la perfection, le long-métrage n’est pas exempt de défauts. Le scénario peine parfois à s’affranchir des codes du mélodrame classique. Si le réalisme psychologique est palpable dans les regards, certaines motivations, notamment la jalousie obsessionnelle et presque théâtrale de Jean-Paul, paraissent forcées. Le dénouement, lui aussi, repose sur des ressorts narratifs faciles qui fragilisent la crédibilité globale de l’intrigue face au naturalisme froid des images. Il faut également admettre que le personnage de Jane Birkin, tout en étant intriguant, manque de profondeur narrative pour exister pleinement face au trio de tête.

Par ailleurs, la mise en scène de Jacques Deray capte chaque regard, chaque frémissement et chaque non-dit avec une précision d’orfèvre, enfermant littéralement ses personnages dans un cadre pourtant ouvert sur l’horizon. Le duo Alain Delon et Romy Schneider crève l’écran par sa beauté insolente et son magnétisme tragique. Face à eux, Maurice Ronet excelle dans le registre de l’hédoniste cynique et insupportable. Leur joute silencieuse, tout en œillades fuyantes et sourires carnassiers, est un modèle absolu d’interprétation sous tension.

Alain Delon dans l'eau d'une piscine et Romy Schneider en maillot noir allongée sur le rebord en pierre.
La complicité magnétique d’Alain Delon et Romy Schneider au bord du bassin ensoleillé.
  • Jacques Deray a tourné le film en deux versions simultanées : l’une en français et l’autre en anglais, obligeant les acteurs à rejouer chaque scène dans la langue de Shakespeare.
  • Romy Schneider traversait alors une période creuse dans sa carrière. C’est Alain Delon lui-même qui l’a imposée à la production, allant à l’encontre de l’avis des financiers de l’époque.
  • La partition musicale de Michel Legrand, à la fois jazzy et mélancolique, joue un rôle fondamental pour accentuer le décalage entre la légèreté des vacances et le drame qui se noue.

Finalement, La Piscine (1969) demeure une œuvre fascinante où la force de la forme et de l’atmosphère l’emporte largement sur les quelques facilités de l’intrigue. Un classique du cinéma français (pour une fois qu’on ne tire pas à boulets rouges dessus) à redécouvrir d’urgence. C’est d’ailleurs le métrage idéal pour prolonger la chaleur moite de notre grand dossier sur les ÉTÉS ÉTERNELS. Je le recommande vivement aux amateurs de thrillers lents, intenses et charnels.

Le cinéma contemporain, souvent obnubilé par l’action frénétique et l’explicite absolu, est-il encore capable de produire un tel niveau de tension uniquement basé sur des silences, une démarche ou la chaleur d’un décor ?

Que penses-tu du final ? As-tu été convaincu par la bascule meurtrière de Jean-Paul ou trouves-tu l’issue trop théâtrale pour être honnête ?
J’attends ton avis dans les commentaires !


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

Discussion

4 réflexions sur “LA PISCINE (1969) ★★★★☆”

  1. Avatar de Cinéma d'antan : la mémoire du 7ème Art

    Salut ! Superbe chronique sur ce chef-d’œuvre. Tu as tellement raison, le contraste entre ce cadre idyllique très solaire et la tension qui grimpe de minute en minute est incroyable. Et que dire du trio Delon, Schneider et Ronet… d’un charisme fou ! Merci pour ce bel article qui donne envie de replonger dedans. À très vite !

    Publié par Cinéma d'antan : la mémoire du 7ème Art | 16/07/2026, 17h52
    • Avatar de Olivier Demangeon

      Un grand merci pour ton retour. C’est tout à fait ça : ce soleil de plomb qui écrase les corps et exacerbe les tensions, c’est de la mise en scène pure. Quant au trio Delon-Schneider-Ronet, leur charisme crève littéralement l’écran et donne tout son magnétisme au film. Ravi que la chronique t’ait donné envie de replonger dans ce bassin vénéneux. À très vite sur le blog !

      Publié par Olivier Demangeon | 17/07/2026, 14h54
  2. Avatar de princecranoir

    Un film mémorable en effet, mais pas exempt de défauts comme tu le rappelles. L’intrigue est assez basique (mais parfois il n’en faut pas trop non plus), mais surtout ressemble à un décalque grossier de « Plein soleil » que je trouve meilleur personnellement. Deray n’est pas un grand réalisateur selon moi, mais il peut compter sur une somme d’ingrédients à sa disposition pour faire grimper la température : Delon, Romy, Jane (Gainsbourg était d’ailleurs flippé que Delon la lui vole), Ronet, Legrand, la villa, la piscine, le soleil. Le cocktail avait forcément du goût.
    Encore un bel article à savourer sous le parasol et dans lequel on plonge avec délice ! 🏖️

    Publié par princecranoir | 18/07/2026, 7h05
    • Avatar de Olivier Demangeon

      Salut Florent ! Merci pour ton retour. Tu pointes exactement du doigt le cœur du sujet : La Piscine vaut bien plus pour son cocktail d’ambiance et ses monstres sacrés que pour la rigueur de son scénario, qui flirte d’ailleurs un peu trop avec les clichés. Difficile en effet de ne pas penser à Plein Soleil, qui pousse le vice psychologique encore un cran au-dessus. Quant à l’anecdote sur Serge Gainsbourg, elle résume à elle seule l’aura carnassière qu’avait Alain Delon à cette époque ! Content que l’article t’ait plu sous le parasol. À bientôt pour la suite !

      Publié par Olivier Demangeon | 18/07/2026, 16h25

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