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BACKROOMS (2026) ★★★✮☆

Temps de lecture : 5 minutes
Une femme terrifiée, les cheveux ébouriffés, plaque ses mains contre un mur texturé de couleur jaune pisseux.
Renate Reinsve face à l’immensité étouffante des espaces liminaux.

L’angoisse jaune pisse en long-métrage…

Le phénomène viral YouTube passe au format long sous la houlette d’A24, et le résultat souffle le chaud et le froid. Kane Parsons prouve qu’il a un œil visuel unique, mais le passage à une narration de deux heures dilue forcément le cauchemar initial. Découvrons à travers cette critique de Backrooms (2026) si cette incursion dans l’horreur liminale mérite votre déplacement en salles.

Note : 3.5/5 (★★★✮☆)

Perdus dans un labyrinthe infini de bureaux abandonnés aux murs tapissés de jaune pisseux et éclairés par des néons bourdonnants, un groupe de scientifiques et de survivants cherche désespérément une issue. En effet, ils doivent non seulement cartographier cet espace non euclidien qui défie la physique, mais aussi échapper à des entités squelettiques tapies dans l’ombre, prêtes à les traquer au moindre bruit.

Notre avis sur BACKROOMS

Transposer un concept de vidéos courtes basées sur l’angoisse pure du vide et de l’errance analogique était un pari particulièrement risqué pour Hollywood. Produit par Atomic Monster et distribué par le studio branché A24, cet avis sur Backrooms montre que le jeune réalisateur Kane Parsons possède un sens inné du cadre et de l’atmosphère, parvenant à étirer son univers sans sombrer immédiatement dans le ridicule. Bien que le film souffre des tares classiques de l’adaptation (vouloir trop expliquer là où le mystère régnait en maître), l’expérience globale reste une proposition de cinéma de genre hautement sensorielle et radicalement claustrophobe que l’on n’avait pas vue depuis longtemps.

La plus grande réussite du long-métrage réside sans conteste dans sa direction artistique et son design sonore hypnotique. Kane Parsons maîtrise l’esthétique analogique VHS sur le bout des doigts et parvient à transformer une simple moquette humide et des papiers peints délavés en un véritable enfer psychologique. La sensation d’oppression spatiale est totale : le film excelle à exploiter la paranoïa du spectateur face aux angles morts et aux perspectives fuyantes. Par ailleurs, l’utilisation d’effets pratiques pour matérialiser les entités cauchemardesques confère au film une texture organique et crasseuse qui tranche radicalement avec les bouillies numériques habituelles du cinéma d’horreur contemporain. Chaque craquement de sol, chaque baisse de tension des néons devient une agression auditive d’une efficacité redoutable.

Le bât blesse dès que le film tente de structurer une mythologie trop rigide. Vouloir expliciter le « lore » des Backrooms est une erreur scénaristique majeure qui désamorce la peur primitive de l’inconnu. Le deuxième acte s’avère particulièrement laborieux, s’embourbant dans des explications pseudo-scientifiques dispensables fournies par le script de Will Soodik. À force de vouloir donner des clés de compréhension sur l’origine des lieux et le comportement des monstres, le récit perd la simplicité terrifiante qui faisait la force des vidéos d’origine. Le mystère s’évapore au profit d’un déroulé plus balisé.

La caméra de Kane Parsons, feignant le found footage tout en s’autorisant des décrochages cinématographiques audacieux, se pose en véritable personnage. Elle capte l’immensité vide avec une géométrie clinique effrayante. Côté casting, les acteurs font ce qu’ils peuvent avec des rôles malheureusement réduits à des archétypes de survivants. Chiwetel Ejiofor apporte sa gravité habituelle et Renate Reinsve insuffle une bonne dose de détresse psychologique à son personnage. Finalement, la pauvreté du développement des protagonistes les transforme trop souvent en de simples faire-valoir sacrificiels destinés à alimenter la tension ambiante, empêchant une réelle connexion émotionnelle avec le spectateur.

Plan de dos d'un homme (Chiwetel Ejiofor) marchant dans un couloir infini, vide et jaune-vert des Backrooms, avec une silhouette indistincte au loin.
Le cauchemar liminal prend vie : Chiwetel Ejiofor s’enfonce dans le labyrinthe jaune.
  • Kane Parsons n’avait que 16 ans lorsqu’il a mis en ligne sa première vidéo virale The Backrooms (Found Footage) en 2022, créée entièrement sur le logiciel Blender.

  • Pour recréer le bourdonnement obsessionnel des néons, l’équipe du design sonore a mixé des bruits de transformateurs électriques réels avec d’anciennes bandes magnétiques audio dégradées.

  • La bande originale, co-composée par Edo Van Breemen et le réalisateur lui-même, utilise des instruments microtonaux pour accentuer le sentiment de malaise et de distorsion de la réalité.

Backrooms s’adresse avant tout aux amateurs d’expériences esthétiques fortes et de terreur architecturale. S’il n’évite pas les pièges de la sur-explication et du ventre mou narratif, il s’impose néanmoins comme une proposition formelle radicale. Ce n’est pas le chef-d’œuvre absolu espéré, mais un exercice de style mémorable. Rejoins la chaîne WhatsApp CritiKs MoviZ : c’est gratuit, 100 % anonyme et tu reçois mes derniers verdicts ciné direct sur ton smartphone ! Pour prolonger l’angoisse des structures architecturales folles et des huis clos paranoïaques, n’hésitez pas à relire notre critique de The Thing (1982).

Le film interroge brillamment notre rapport aux espaces modernes déshumanisés. En transformant des bureaux banals en labyrinthe éternel, il matérialise l’angoisse contemporaine de l’aliénation urbaine et de la perte de repères dans une société ultra-connectée mais profondément vide.

Qu’avez-vous pensé de cette plongée dans les espaces liminaux ? Le film a-t-il gâché le mystère de la websérie ou au contraire sublimé son concept ? On attend vos avis dans les commentaires !


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

Discussion

5 réflexions sur “BACKROOMS (2026) ★★★✮☆

  1. Avatar de princecranoir

    Bravo pour cette autopsie en règle des « Backrooms » de Kane Parsons qui prolongent en effet l’expérience énigmatique du web en exploration d’un dédale mental qui sombre dans l’abîme.

    Tu évoques une sur-explication du phénomène mais il me semble que le film n’est pas si aisé à décrypter. Il est d’abord gorgé de tout un univers référentiel certes très voyant (de Kubrick à Lynch) mais qui a le mérite d’inscrire ce film dans une généalogie prestigieuse sans toutefois se contenter d’être une pâle déclinaison. Kane puise évidemment dans le lore des « Backrooms » qui s’est construit sur la toile, mais évite l’impasse d’un film réservé aux seuls initiés. Il propose une issue à l’inquiétante étrangeté qui conduit vers la camisole. Sans être totalement original, cela m’a semblé plutôt astucieux et bien pensé.

    Il me semble que cette entrée dans la psychose d’une jeune femme (à la main qui s’enfonce dans le ciment frais au début répond celle des personnages qui traverse le mur du magasin) ouvre des perspectives qui dépassent la seule compréhension littérale des images. De nombreuses clefs semblent cachées dans le décor, et expliquent à mes yeux la superficialité des personnages qui ne pourraient être que des projections de l’esprit tourmenté de Mary.

    Pour moi, un des films d’angoisse les plus passionnants du moment.

    Publié par princecranoir | 26/06/2026, 16h15
    • Avatar de Olivier Demangeon

      Salut Princecranoir, et merci pour ton retour toujours aussi affûté !

      Tu marques un point précieux sur cette lecture purement psychiatrique. En effet, l’analogie entre la main qui s’enfonce au début et la traversée des cloisons est une excellente clé : si l’on considère le dédale jaune comme une projection littérale de la psychose de Mary, la vacuité des seconds rôles devient alors une intention plastique, de simples ectoplasmes nés de son esprit tourmenté. C’est une grille de lecture lynchienne tout à fait défendable.

      Bien que cette dimension psychologique apporte une vraie épaisseur, c’est justement là que le bât blesse à mes yeux : le film passe son temps à hésiter entre cette abstraction mentale fascinante et la nécessité hollywoodienne (merci le cahier des charges A24/Atomic Monster) de béquiller le récit avec des explications scientifiques et un lore trop balisé. À vouloir jouer sur les deux tableaux – le trip sensoriel cryptique à la Kubrick et le film de monstre plus carré –, Kane Parsons dilue un peu la pureté de son angoisse primitive.

      Mais je te rejoins totalement : face à la pauvreté du cinéma d’horreur actuel, cette proposition reste hautement stimulante et au-dessus de la mêlée. Au plaisir de croiser le fer sur le prochain métrage !

      Publié par Olivier Demangeon | 30/06/2026, 8h24
  2. Avatar de Vampilou fait son Cinéma

    Je vais avoir l’occasion de le voir fin juillet et j’ai tellement hâte 😍

    Publié par Vampilou fait son Cinéma | 26/06/2026, 22h50
  3. Avatar de Rick

    Je rejoins l’avis de Florent pour le coup, il est vrai que le film donne des explications, des éléments venant rationnaliser le concept, mais il n’en explique pas toujours les contours, préservant une part de mystère et surtout n’étant pas si simple à analyser pour ceux qui resteraient à la surface des choses.
    J’ai passé perso un excellent moment, et le film rejoins les films de genre de cette année qui osent des choses en posant une ambiance et sans avoir recours aux éternels jumpscares du cinéma US. Ca fait du bien.

    Publié par Rick | 02/08/2026, 12h50

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