Drame, Dystopie, Intelligence Artificielle, Science fiction

METROPOLIS (1927) ★★★★✭

Temps de lecture : 5 minutes
Affiche originale allemande du film Metropolis de Fritz Lang (1927), avec le robot Maria et la ville.
L’affiche iconique de Werner Graul, véritable manifeste visuel de l’expressionnisme.

La cathédrale du futur…

Une claque visuelle centenaire qui n’a pas pris une ride esthétique, même si son idéologie est aussi naïve qu’un premier rendez-vous. Fritz Lang signe ici le testament graphique du muet, un opéra de fer et de vapeur qui a littéralement inventé le futur. Découvrons à travers cette critique de Metropolis (1927) comment le génie formel de Lang parvient à masquer une écriture parfois simpliste.
Note : 4.5/5 (★★★★✭)

Dans une mégapole dystopique, l’humanité est scindée en deux : les nantis vivent dans des jardins suspendus alors que les ouvriers s’épuisent dans les entrailles de la terre. Freder, fils du dictateur de la ville, tombe amoureux de Maria, une figure christique prêchant la paix, avant qu’un savant fou ne crée un cyborg maléfique pour semer le chaos.

Notre avis sur METROPOLIS

L’avis sur Metropolis (1927) ne peut être que celui d’un respect immense mêlé d’une pointe d’agacement intellectuel. On est face à une œuvre-monstre, un pilier sur lequel repose tout le cinéma de science-fiction moderne, de Blade Runner (1982) à Star Wars. En effet, Fritz Lang ne se contente pas de filmer une histoire ; il bâtit une cosmogonie visuelle où chaque cadre est un tableau expressionniste. Bien que le scénario de Thea von Harbou manque parfois de finesse psychologique, la puissance de l’image est telle qu’elle balaie les réserves narratives. C’est un film qui se regarde comme on contemple une pyramide : avec l’humilité due au gigantisme.

Fritz Lang utilise l’espace comme personne. Ici, l’architecture n’est pas un simple fond vert avant l’heure, c’est le moteur même du drame. La verticalité de la ville de Metropolis expose physiquement la hiérarchie sociale : plus on descend, plus on s’enfonce dans l’aliénation. Les jeux de lumière et les effets spéciaux révolutionnaires, comme le procédé Schüfftan (utilisation de miroirs pour intégrer des acteurs dans des maquettes), créent une immersion totale. Par ailleurs, la séquence de transformation de l’IA reste l’une des plus belles prouesses techniques de l’histoire du cinéma, capturant une mystique de l’électricité qui fascine encore.

C’est ici que le bât blesse légèrement. Le film préfère l’allégorie à la chair. Les personnages sont des archétypes purs : le Père (la Loi), le Fils (le Cœur), Maria (la Foi) et Rotwang (la Science dévoyée). Ce manichéisme rend les interactions prévisibles et le jeu des acteurs, notamment celui de Gustav Fröhlich, peut paraître outrancier pour un spectateur moderne. Cependant, Brigitte Helm livre une performance mémorable dans son double rôle, incarnant avec une intensité terrifiante la Maria robotique, dont la danse lascive reste un sommet de malaise cinématographique.

Brigitte Helm dans Metropolis (1927)
Brigitte Helm dans Metropolis (1927)

Il faut garder en tête que nous avons longtemps vu une version amputée de ce chef-d’œuvre. La découverte des bobines perdues à Buenos Aires en 2008 a permis de restaurer une cohérence narrative, mais n’a pas effacé l’ambiguïté du message final. Le slogan « Le cœur doit être le médiateur entre le cerveau et les mains » est une résolution politique assez pauvre, voire dangereuse dans son refus de la lutte sociale réelle. Finalement, cette réconciliation factice entre le capital et le travail est le point faible d’un film qui, visuellement, réclamait une révolution bien plus radicale.

Brigitte Helm dans Metropolis (1927)
  • Costumes et sueurs : Brigitte Helm a dû porter une armure en bois-plastique pesant plusieurs kilos pour incarner le robot. Les projecteurs étaient si chauds sur le plateau qu’elle s’évanouissait régulièrement durant les prises.

  • Musique symphonique : Gottfried Huppertz a composé la partition en même temps que le tournage. C’est l’un des premiers exemples de musique de film « leitmotivique », où chaque personnage possède son propre thème identifiable.

Metropolis est indispensable pour tout cinéphile qui se respecte. Il s’adresse à ceux qui aiment voir d’où viennent les images qui peuplent nos rêves actuels. Malgré ses faiblesses dramatiques, il reste le sommet absolu de la Science-fiction muette. Si ce voyage dans le futur industriel t’a captivé, je te suggère de jeter un œil à notre dossier sur L’ANNÉE DE LA DÉFLAGRATION (1988) pour voir comment le cyberpunk a hérité de cet héritage.

Le film pose une question toujours actuelle : la technologie est-elle un outil de libération ou le nouveau visage de l’esclavage ? En nous montrant une IA utilisée pour manipuler les masses, Fritz Lang anticipait déjà nos angoisses numériques contemporaines.

Alors, Metropolis est-il pour toi un chef-d’œuvre intemporel ou une relique visuelle trop datée ?
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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

Discussion

Une réflexion sur “METROPOLIS (1927) ★★★★✭

  1. Avatar de Olivier Demangeon

    Pourquoi un 4,5 sur 5 (ou 9 sur 10) et pas un 5 sur 5 ?

    C’est la question qui fâche, mais elle est nécessaire. Pourquoi s’arrêter à la marche du génie sans atteindre le Panthéon du 5/5 ? La réponse tient en deux mots : Thea von Harbou.

    Bien que la mise en scène de Fritz Lang soit absolument intouchable, le scénario de sa compagne de l’époque traîne des boulets qui m’empêchent de crier à la perfection absolue :

      – Une résolution politique indigente : Ce fameux final où le capital et le travail se serrent la main grâce au « Cœur » est d’une naïveté confondante. Proposer une médiation sentimentale pour résoudre une lutte des classes aussi brutale que celle décrite pendant deux heures, c’est un aveu de faiblesse narrative. On sent que le film ne sait pas comment conclure son propre chaos.

      – Le manichéisme des personnages : Pour qu’un film décroche la note maximale chez moi, il faut une épaisseur psychologique qui dépasse la simple fonction symbolique. Ici, Freder est une tête à claques qui court partout en levant les bras au ciel, et Maria est soit une sainte, soit une démone. Ce manque de nuances rend l’identification humaine difficile ; on admire les structures, mais on vibre peu pour les individus.

      – Des longueurs mélodramatiques : Finalement, le jeu d’acteur, même pour du muet, sombre parfois dans un expressionnisme trop appuyé (surtout chez Freder) qui frise le ridicule aujourd’hui et casse le rythme d’une œuvre par ailleurs visionnaire.

    Pour le 5/5, il faut que le fond soit à la hauteur de la forme. Ici, l’écrin est un chef-d’œuvre, mais le bijou à l’intérieur est un peu terne.

    Et toi, est-ce que tu penses que l’impact historique du film devrait suffire à effacer ses faiblesses d’écriture ?

    Publié par Olivier Demangeon | 11/04/2026, 9h24

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